PB 1807 A
Il était écrit que la salle des Beaujolais, refaitel en 'i 790 par la célèbre Montansier, devait être témoin de beaucoup d'événements politiques et littéraires.
Après avoir été , comme je l'ai dit dans ma Chronique des Variétés , l'un des spectacles de Paris les plus suivis du temps où régnait Bru-' net, après avoir vu défiler dans son foyer la révolution de 1789, les réactions de 1798 et Ic^ premiers temps ae l'empire, la scène ou s'illus^ tra Jocrisse devait encore, après son départ, e^ 1807, subir beaucoup de vicissitudes. 1
La Comédie-Française ayant réussi h se dé»
tsàre de son voisin Brunet, et n'apportant plus d'obstacles à ce que la salle Montansier servit i . différents genres d'exploitations, un fameux danseur de corde nommé Forioiso ouvrit la mar« che 'r c'était un sauteur comme on en voit peu, ou, pour mieux dire, comme on en voit beau* coup depub trente ans, à cette différence près, que ceux-ci , au lieu de sauter pour nos plaisirs, ont sauté poui* des portefeuilles^ des prâfectures et des recettes générales.
Pendant que Forioso étonnait la capitale par des tours de force et d'agilité, deux concurrents, les frères Ravel, viennent lui porter un défi.
Forioso accepte, des paris sont engagés, et c'est dans la salle Montansier que la lutte a Ueu . le jour annoncé; mais le dirai*je? Forioso Tlta-. lien est vaincu ! Forioso demande une revanche, Forioso succombe une seconde fois, peu s'en fallut qu'un duel n'eût lieu...
Tant de fiel entre-t-il dans l*ame des danseurs! .
Hais les choses n'en vont pas là...... Enfin Fo«
rioso annonce que, pour se réhabiliter, il ira publiquement , le jour de la Saint-Napoléon , depuis le pont de la Concorde jusqu'au Pont- Royal, sur une corde tendue, à cet effet, par des moyens ingénieux, disait l'affiche.
Des circonstances imprévues empêchèrent Forioso de réaliser ce projet, qui mit alors tout Paris en émoi.
MadomflîaeUe McmUxmetf âgé» de ?8 «u»
éfMHiaay diWon, secrètement, le danseur Fon lioso, et, chose extraordinaire! éprûuvs pour lui une passion violente.
Lorsque Forioso et les deux frères Aave} en-» rent quitté Pai'is, mademoiselle Montaâsier ob? tint la permission de louer sa salle pour des ina^ rionnettes. Un spectacle s'ouvrit sous le nom de Jewc/orains, Le privilège accordait au directeur le droit de jouer de petites pièces en vaudevit* les 9 mais seulement avec àespuppi et deajfan" toeemii il pouvait aussi donuer des pantomimes à specfade, mais seulement avec deux aeteuis parlants. MartainviUe inaugura le théâtre de ses anciens succès par un prologue intitulé la RésuP' rectian de Brioché ^ personnage parfEÛtemeot conforme, comme on voit, à Tesprit du noa-* veau privilège.
Mais ne voilà-t-il pas que des acteurs vërita* blés attaquent les -pauxTes puppi\ et que Foa chante à la Gaîté, dans un vaudeville, iHoroS' eope des Cendrillons ( i) s
Les jeuK forains, ié le 'vqîS;,
S^ouyrcqt 60us a ueureux auspices ^
Tous les acteurs sont de bois.
On nV craint pas leurs malices;
T^ s^il- prend qu«lajie8 caprices
Aux directeurs mécontents,
Engagements, acteurs, actrices,
Tout ça s'casse (ter) en même temps.
(i) De MM. Dubois et Brazier.
PoUchinel Èe fâche tout rouçe... et le sSgnor
Wichinel est malin il réplique aux acteurs
e la Gàîtë, mais Taffaire est bientôt arrangée , t tant de tués que de blessés il n'y eut per- )nne de mort.
Les grandes marionnettes de Pempire firent >rt à celles dti Palais-Royal , et ce spectacle rma encore unç fois.
Aux pttppi succédèrent des acteurs à quatre ittes, c'est à dire des diiens. Ces animBràx uaieût leurs rôles aviec Une intelligence encore feez rare chez les bipèdes. La troupe était comlète: jeune-premier, comique, tyran, pèrc»- Me, frontin, soubrette, amoureuse, corps de *llet, etc. Ori arrangea pour ces artistes à qua- ^ pattes une espèce de mélodranre qui n'était 1ère plus mauvais que beaucoup d'auti^que û vus depuis.
Une jeune princesse russe était retenue cap- ^e dans un château-fort sous la garde d'un Tan; son amant voulait la délivrer, ce qui ïi'éssitait l'attaque du château.
n n'y avait rien de drôle comme de voir Pin* Jligetoce de ces bons chiens. On apercevait abord la princesse russe qui se promenait sur tour comme madame Marlborough ; c'était tte jolie chienne épagneule à longues soies, itraissait ensuite le prince son amant au pied e la tour, qui rôdait langoureusement; c'était ^ beau chien caniche, emblêtoe vivant et la
fidélité. Il allait et venait aJbojâai son amour. Le tyran était un boule-dogue qui avait le ne^ écrasé, vraie figure de Ëalinouk. Alors, à un signal donné, Tannée du malheureux amani venait se ranger sur le théâtre. C'étaient de^ barbets, des caniches, des lévriers^ des bassets celui qui était censé donner du cor avait la queui en trompette.
Les soldats du camp ennemi étaient des cla nods, des chiens anglais, des griffons, des carlins, des roquets ; on voyait de temps en temp passer des éclaireurs, de petits chiens qui te naient à la gueule un bâton ayant une lanterm à chaque bout. Au moment où les troupes s mettaient en mouvement, les assaillants escaladaient les murailles, les assiégés les repoussaient, la mêlée devenait générale, mais bientôt les ti-oupes de l'amant malheureux montaient à l'assaut, le fort était emporté, la princesse délivrée, et le tyran emmené prisonnier, avec tous les honneurs dus à son rang.
Beaucoup de particuliers conduisaient leur^ chiens à ce théâtre, comme maintenant à I barrière du Combat, pour servir de compa et de figurants. On ne saurait imaginer combie ce spectacle était drôle ; on entendait de toutesl parts, des baignoires au paradis : u Tiens, voiUi Médor!... tiens, voilà Turc!... Ah! c'est Azor| qui commande la patrouille ! » Un soir, un caniche était do faction au pied de la tour ; Ior$-
ue son maître entra à l'orchestre, le pauvre bien le reconnut, quitta son poste et déserta ans la salle avec armes et bagages... peu s'en illut qu'il n'entraînât une désertion générale.
Le spectacle terminé, on donnait un os à roner au général en chef , une pâtée à l'amou-* euse, et des boulettes à tous les aitistes.
Ce spectacle amusa tout Paris pendant quelque temps, mais bientôt la troupe canine fut nx abois. Du reste , ces chiens ont eu l'honneur ['être chansonnés par les notabiUtés du flonlon. Désaugiers disait, avec sa franche gaité que, )our attirer le monde, il aurait fallu que le diecteur du théâtre des chiens mit, comme disait !('icolet, un aboyeur à la porte de son spectacle, ^ntignac, en passant en revue les noms de tous es chiens célèbres, disait :
Du nom d^Cesar on nomme Un mâtin quand y s'bat bien:
Ce qui prouv* que ce grand nomme I>eTait être un fameux chien .
Après le départ des chiens savants, qui t'en lUèrent donner des représentations à l'étiani^; l^ salle Montansier fut métamorphosée en caCé, tes banquettes du parterre furent enleva eC ^mplacees par des tables et des tabooreto, ki scène fermée par un rideau à demeore, et dépense fut faite d'y jouer aucune pièce* Pea à P^» cependant, rautorité fit def
eUe permit d'd)Qrd de lever la toîleetâed»iH ter des ariettes de qaart d'heure en quart d'heure , puis elle toléra quelques scènes detachéeS) et enfin elle accorda de petits vaudevilles à deux et trois acteurs. Tel était l'état des choses quand yint la première restauration. Le café Montansier <^)dnt bientôt une célébrité orageuse, pendant les cent jours et après ; les létes fdlles des partis d'alors le prirent plus d'une fois fjour leur diamp de bataille» « En- » fin , dit l'auteur de l'article des Cent et un (i)^ » il hit fermé à la suite d'une équipée foil riw diGuie^ oà quelques jeunes gens, aniinés par » la fbmée du punch> allèrent venger sar des » ^ces inoffiensives du foyer les sottises qu'on » atait Todféiées trois mois dans la salle. «
L'établissement fut rouvert quelque temps après par un nommé Yalin, qui continua traaquillement d'y faii^ représenter de petites pièces à couplets, mais à deux pei^onnages seulement. C'était une chose assez originale que ce ^ectacle qui durait depuis six heures jusqu'à minait sans désemparer. Les acteurs jouaient trois ou qmtre fois les mèootes scènes dans la mêmesoir^ devant un public toujours nombreux.
On y i^trpuvait quelquefois de vieux comédiens qui avaient joui ^n province de tpsbp^
(t) «. ^ketU»
'éptttâiioii, mai» qu« le besioin ferçrit de jouer lu café Montansier... cela était triste!
L'année i83o devait faire subir à cette salle les Beaujolais une dernière transforniation.
MM. Dormeuii et Charles Poirson (1) 8oUici-> èrent et obtinrent la permission de rendre à cet itablissement sa première destination. Un pri-i ilége leur fut accordé sous le ministère de i. de Montalivet; cent vingt actions de trois nille francs chacune formèrent le capital ; elles ot rapporté déjà d'énormes bénéfices.
La sfldle fut reconstruite enti^ment sur les itans de Tarchiteete Guerchy ; une troupe fut brmée à l'impromptu. M. Goupart , homme de ettres et vaudevilliste lui-même, M. Goupart, [ui a rempli fort longtemps la place de chef de bureau des théâtres au ministère de l'intérieuri t dans laquelle il rendit souvent des services à 68 confrères, fut choisi par M. Dormeuii omme régisseur général. La nouvelle adminis^ ration ne pouvait faire un choix qui fut plus igréable aux auteurs.
Le 6 juin i83i , la salle s'ouvrit par un pro» ogueintitulé//^ n'ouvriront pas , de MUl^ Méles- Hie , Bayard et Brazier.
L'ombre de la Montansier dut tressaillir d<^ oie , car dans cette salle bâtie par elle , exploiée par elle , la Montansier avait reçu presque
(i) Frère de M. Potrsoo, directeur du Gymnase.
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tous \es personnages historiques de la révchition.
Ce fut peut-^tre dans sa loge , entre deux calembourgs de Binnet, que fut conçue la révolution du 18 brumaire.
La nouvelle troupe était composée de Lepeintre aîné, Philippe, Paul, Derval, mesdames Dormeuil, Zélie Paul, Toby, Etéonore , etc., etc. Puis sont venus , à la file, Alcide-Tousez, l'Odry II y acteur indéchiffrable, logogriphe vivant qu'il ne faut pas chercher à expliquer, maisqui feraitrire un quaker; Achard, chanteur et comédien agréable; Levassor, qui se fait remarquer par un jeu correct et plaisant, et qui joue les imbécilles en petit-maître; Leméoil, comédien doué de beaucoup de natui'el et de comique ; Sainville , qui fait des progrès sensibles , et montre de la rondeur et du naturel; Boutin , Germain et l'Héritier , complètent Tensemble, Plusieurs actrices piquantes s'y font remarquer agréablement : mesaames Leménilf qui a rapporté au Palais-Boyàl la gentillesse
Îu'elle montrait à la Gaîté ; Pernon , actrice ouée d'une grande intelligence; Dùpuis, pleine de gentillesse , mais un peu maniérée ; Êinuia ayant une jolie figure : tout cela bien placé, bien encadré, fait du théâtre du Palais-Royal un de ceux où Ton trouve le plus d'ensemble ; aussi jouit-il , depuis sept ans, d'une vogue soutenue. Une grande activité règne
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a théâtre An Palais-Royal ^ ce qui assure sa rospërité : oq y répète depuis dix heures du latin jusqu'à trois , on y joue depuis six h eues du soir jusqu'à onze. 11 faut bien qu'un areil zèle fructifie : aussi les actionnaires se rottent -ils les mains ouand ils entrent dans la aile, qui est toujours pleine.
Continuez votre œuvre , M. Dormeuil , coninuez de nous faire rire ; ce n'est pas chose faîle par le temps qui courte.
On va peut-être croire que j'ai oublié Virginie ^éjazet? point, mais je vous avoue qu'ayant 'puisé pour elle toutes les phrases laudatives , « me vois presque forcé de dire à cette charnante comédienne ce que Boileau disait au roi Louis XIV :
Grand roi, cesse de vaincre, ou je cesse d'^rire (i) !
(i) Parmi le grand nombre d'ouvrages qui ont obtenu beaucoup de. succès à ce théâtre, citons la Ferme tfc Bondy-f Frétillon, le Philtre champenois, la Fille '^ Dominique, F'ert-F'ert, les BaigneuseSy la Fille du (Cocher, les Chansons €le Béranger, celles de Désaupers, la Cheminée de 1748, Sophie ^rnouU, la Dan- ^use de Fenise, le Conseil de Jiémion , le Triolet ^fcu, Misante rai'arty etc., etc.
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THÉÂTRE DES NOUVEACTÉS,