PLACE DE LA BOUASB
Or , il existait sous l'empire , et bien longtemps auparavant , un étroit passage situé aa coin de la rue des Fillefr-Saint-Thoiiias et qui était appelé passage Feydeau , parce qu'il aboutissait de cette même rue des Filies-Saint-Thomas à celle qui portait le nom Feydeau. Dans celte rue avait été bâti , en 1 790, le théâtre àt Monsieur. Il était destiné à une troupe venue d'Italie, sous la protection de Mojfsiscii, frère du roi Louis XYI , qui fut depuis Louis XYIII. La troupe italienne joua d'abord daz^ la salle du château des Tuileries , ensuite dans ia noavelle salle ; enfin elle disparcrt, et les comédiens italiens-français la renipfacèi^ent.
Ce passage était trisjte , noir , enâunë^ jamais HH rayon de soleil n'y pénétrait ; les inai^ands étaient obligés d'allumer leurs quinquets à midi en hiver , et à cinq heures du soir en été. Deux établissements publics y ont joui d'une certaine célébrité , le caïe Gliéron , et un restaurant appelé ^-^ «-«•— ant de la Mère Camus. Le café
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Cbér<m étail: t^ou par ime grosM dsmB , qnî avait été dan« sa j^uoie^se d'uae beautié r^niitr'*quable ; elle an i:onseiryait encens d'as«#z beiuif restes sous la restauration. C'était une bruia# piquante , à Tœil noir et bien fendu ,t anjcsom^ cils marqués , au;8: foimes pronpiHH^9i remplie de gaité, d'esprit, d'obligisance ^ comprenait pari'aiteuient l'homme de lettre» , ayant tour }ourB le mot pour rire , n^ s'effarouchant point d'une gaudriole i elle ra{^elait la chanson d^ Bëranger , Madame Grégoire ; on aurait dit que le poète l'avait eue devant les yeuaL quand U éeiivait ce couplet ;
Je croîs voir en cor Sen gros lire aUer Jusqu'aux larmes.
Le café Chéron était à l'Opéra-Comique ep ue le café Projcope avait été autrefois à la vieillis omédie^Française , ^ ce n'est que les jj^pim étaient changés. C'était U que se réunissait m^ grand nombre d'hommes de lettres : Mor^au, Gosse f Evariste Dumoulin* et U chanti'^ de /aconde, Nicolo Isoard. Un sayanjtliès regrettable, Cadet-Gassicourt , homme gai, ^spirituel, clie^ qui la science n'ôtsût rien à l'amabilité , .étajt aussi Tun 4es fervens du café iChéiou^
Quand le colosse impérial tpmb$i du han^4^ sa gloire^ eu iSiS, Le$ houmi^s Jde iettiçis ^ partagèrent en deipc: camps . aavpir , les ix>y.a- Ui^ et les bonajpkartistpjs. Eh bien , ^migw 1a
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jouer la pièce sonner , on riait et Ton ne se quittait pas sans 8*étre presse la main.
Le restaurant de la Mère Camus était le rendez-TOUS des jeunes commis-marcliands, des bons boutiquiers; les employés surtout y affluaient ; j'en ai connu plusieurs , pour ma part, qui , pendant dix ans , n'ont jamais manqué d'y venir chaque jour et à la même heure, et ae se mettre à la même table; leur place y était marquée , nul n'aurait osé déranger leur couvert ; je crois même que , s'il est arrivé une fois que l'un d'eux ait manque de venir dîner, sa
fdace a dû demeurer vide...; et l'on remarquait 'absent , comme la statue de Brutus , précisément quand il n'y était point. Beaucoup de littérateurs et de journalistes, pour se reposer de temps en temps de la cuisine succulente de Baleine ou de Véry , venaient y dîner modestement. La carte y était abondante , variée , Th^ tesse prévenante, gracieuse, le maître franc et rond , chaud partisan du vaudeville et des vaudevillistes , abonné à V Epicurien français , invité aux Soupers de Momus , sachant par cœur les chansons d'Armand GoufFé et de Casimir Ménestrier , ayant soin de faire soBner bien haut les noms qu'il affectionnait ou ceux qui flattaient le plus son amour-propre , criant
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iTec une sorte d'orgueil , au milieu des salons : «Potage pour M. Désaugiers !... mouton pour M. Antignac !... anguille pour M. Barré !..; compote pour M. de Piis ! »
A l'exception de ces deux spécialités , le passage Feydeau avait la même physionomie que beaucoup d'autres, deux boutiques de libraires 9 Marchand et Dentu , des marchands d'estampes , un débit de tabac , un mercier , des modistes , un magasin de briquets phosphonqaes , une bouquetière , madame Bernard , un marchand de marrons de Lyon , enfin un esta- DÛnet au premier qui occupait presque toute la W{!;ueur du passage.
C'est encore à une querelle entre deux directeurs que nous devons l'existence du théâtre de la Bourse. J'ai dit, dans ma Chronique du Vau'^ devillcy que Désaugiers étant rentré directeur à la rue de Chartres par une. volonté royale , le «îinistre de l'intérieur, M. Corbière , pour dédommager M. Bérard signa , en sa faveur, le privilège d'un nouveau spectacle , avec l'autonsation de bâtir là où il voudrait.
M. Langlois, riche capitaliste, qui possédait une partie des bâtiments du passage Feydëau, entra dans la spéculation. Une société en commandite se constitua, des actions Turent créées , et au bout d'un an , là où avait existé, pendant un demi-siècle, un des plus vilains passages de Paris, on vit s'élever
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«se joUe flâUe de spectade, flancpiéei à droit et à gaucbe, de fort belles maisons avec des b( tiques élégantes... La salle et ses dépendanc ont coûté trois millions quatre cent souant sept mille francs... Le tout a été revendu , 18339 ^^^ ^^^ mille francs.
Ce fut M. Langloîs qui donna les terrains fit les premiers fonds... Le théâtre prit le ne de théâtre des Nouveautés^ titre qui fit attendu que, dans les premiers temps, on y joua beaucoup d'anciens ouvrages. L'ouvert de la nouvelle salle eut lieu, le i*" mars 18271! par Quinze et vingt ansy ou les Femmes ^ vaudeville en deux actes , et ie Coureur de vea» ffesy fMèce en trois actes imitée de l'espagnol. La troupe de M. Bérard, formée à la hâte , laissa beaucoup à désirer sous le rapport de l'ensemUe, bien que l'on y comptât qudques artistes estimaUes, Joly, Gossard, Derval, Armand ^ Rogy , Préval, Albert , Gasaneuve, et Jausseraiid , qui avait eu jadis de la réputation comme chanteur à l'Opéra-Gomique. Les actrices ,' mesdames Génot , Glorinde , Beaupré , Florval (i), Anaïs, Miller, Adèle, Prévost, une fort jolie personne du nom de Balthazar, enfin une damé Fradelle , qui s'était fait distinguer en province, et dont la place devrait être â Paris. Une acti'ice venue des départements, ma-
(1) Elle vient de mourir.
cbme Albert , qixe l'on avait Tue précëdemmeiit à rOdéon, montra dès lors un talent qui d^iûs D*a pas cessé de s'accroître.
Bn 1826, on sait que les terrains étateni encore d'an prix exorbitant ; on fut donc obligé âe faire de grands sacrifices pour renvoyer des locataires dont les baux ne devaient finir qu'à ^ époqaes |dus ou moins reculées ; la résiliation des baux coûta {^0,000 francs, un seul locataire, M. le baron Trouvé, toucha, pour se ^placer, i<j5,ooo francs (i). On fut six mois \ bùtir la salle. M. Bérard , malgré son intelligence et son activité soutenue, rencontrant ^< grands obstacles , ne tarda pas à se fctiguer d'une entreprise qui lui avait coûtée tant de P^es à fonder, et^ au bout d'un an, il se retira ^^ec une pension annuelle qu'il devait toudier j^isqu'en 1 840 , terme fix^ pour l'expiration de son privilège.
Alors m. Langlois, celui qm avait mis le plus de fonds dans cette spéculatbn, fut dbargé ^ la direction des Nouveautés.
M. Langlois j sentant la nécessité de s'adl'oindre un homme qui connut toutes les rcs- ^rces, tous les bénins d'une administiadon ^âtrale , surtout la mise en scène , appeia M- Cresnier , homme actif et intelligent. Le ^l^âtre des Nomeautés était un mahd^ qui
(1) Je tiens ces détails de M. lAnglois .
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avail besoin d'une forte secousse pour sortir de l'état d'apathie dans lequel il était plongé depuis son ouverture.
Potier, racteui* encore à la mode , Potier voyageait alors ; on résolut de l'avoir à tout prix; on envoya des courriers extraordinaires sur les traces du Père Sournois , avec ordre de l'appréhender au corps, de lui courir sus partout où l'on pourrait le découvrir et de ne pas marchander avec lui. Potier revint au théâtre de la Bourse et y fit sensation : cela devait être. Daos la Maison du Rempart ^ pièce fort amusante , de M. Mélesville, il parut original ; dans Henri JF en ^anUlle , il montra un tact admirable. Potier, sous les traits de l'amant de Gabrielle, du vainqueur d'Ivry... : c'était chose hardie, surtout venant de jouer ïVerlher, Mais je l'ai dit, je n'ai pas connu d*acteur dont le talent fdc plus souple, plus varié que celui de Potier. Une création de lui, qui restera au théâtre comme modèle, c'est Antoine, ou les Trois générations^ de MM. Mélesville et Brazier. Potier a prouvé dans ce drame-vaudeville tout ce qu'un gi*and comédien pouvait faire ; dans lé premier acte, c'était Dazincourt avec sa gaîté goguenarde; dans le second , Trial avec sa bonhomie; dans le troisième , Monvel avec sa. voix cassée « faible , chevrotante , mais avec sa sensibilité exquise.
A côté de Potier qui chantait très mal, chan-
tait Philippe Jocialj Philippe le rieur, le couplet vivant. C'est au refus d'un rôle qu'il a dû de jouer son second Jom'aL MM. Scribe et Dupin, ayant donné un vaudeville à spectacle^ les Voyages du petit Jonas , et Philippe , refusant son rôle , fut condamné à payer à M. Langloii la somme de 100,000 francs. Le boute-en-train^ écrouc à Sainte-Pélagie, n'y demeura que vingtquatre heures, et déjà M. Théaulon (1) avait improvisé Jovial en prison , pour faire suite à Joi'ial ou rHuissier chansonnier, Lafont, dans le rôle de Jean qu'il créa aux Nouveautés , se montra très comique en rappelant Clozel daus Philibert le mauvais sujet. Bouffé , dans le Futur de la GrandCMaman^ le Marchand de la rue Saint-'Dcnis , Caleb et le Couvreur y semblait dire : Attendez! attendez!.... Virginie Déjazet avait quitté le théâtre de Madame pour venir en aide à celui des Nouveautés , qui avait l'air d'être placé devant le palais de la Bourse comme par dérision. Eh bien ! malgré ces noms brillants, ces artistes si aimés dupubhc, malgré des pièces agréables, les Nouveautés étaient itou-
( 0 tf • Théuuluii est le vaudevilliste te plus inyentif et le plus producteur entre tous ses confrères. Indëpeu' dam ment des pièces quHl a composées en socictc', 1! e$t auteur, seul, d'uoe fonle de jolis ouvrages. An Mère au bal et lu fille à. la maison, le Petit Clutpet'on houf'e , le Chiffonnier, et la comédie de Vytrii^to anUnîieux, sufilraient à la réputation d^un auteur.