‹ Histoire des petits théâtres de ParisChapitre 25 sur 44 · II I · texte numérisé non relu

II I

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jours entre la vie et la mort. En 1829, MM. Bossange et Bohain, jeunes écrivains pkÎDs d^esprit, de sève, hommes actifs , entreprenants, essayèrent de donner une impulsion nouvelle à cette grande machine détraquée. Aux couplets de facturés, aaxflons-flons/outinierSyOn substitua de la musique nouvelle , sans pour cela abandonner tout à fait le vaudeville ; au contraire, nous avons vu apparaître sur cette scène le vaudc ville wor/aaire, le yaixdeYÏWe pulmoniquei le vaudeville boiteux, borgne , manchot , tout, jusqu'au vaudeville hydrophobe ! Madame Albert y a joué le rôle aune enragée , et dans T^alenùney ou la Chute des feuilles^ elle mourait sur le théâtre en avalant une tasse de bouillon dWargot.... Puis, pour balayer tous ces malades et toutes ces maladies,sont arrivées,en 1 832, Us Pilules dramatiques f ou h Choléra^MorbuSi revue spirituelle et piquante de toutes les maladies théâtrales.

Alors le moyen*4ge a^était défà infilu*é dans les ronuins , dans les drames. M. Bossange se dit : Pourquoi le vaudeville ne serait-il pas moyen-âge r il a bien été trumeau , régence et Pompadour !..... Ce qui fut dit fut fait. Henri YIII , ce défenseur de la foi qui changea la ibi en Angleterre , qui con^battit les réformistes et fit de la réfonnation, Henri YIII, ce roi lireton qui, voulant f«he passeï* un bill, dit en mettant (conune c'était Fusagie) la main sur h

tête du député qfû pArai$s&it douter que TimpÂt passât :

« Que demain ma volonté soit fiE^te) oïl d^ main cette tête est à bas ! m

Les subsides furent votés!.... De nos jours, point n'est besoin d'une pareille menace pour faire jiasser de gros budgets ! . . . .

Yolnys , acteur nouveau alors , fut désigné pour représenter ce singulier roi y cette espèce de Barbe-Bleue couronné qui jouait à la boule avec des têtes de femmes, Yolnys, dont la figure est grave , la pose tranquille , le geste impérieux, composa très bien ce rôle; dans lu troisième acte surtout , il se montra comédien habile.

Yirginie Déjazet était chaimante dans le rôle de la malheureuse Catherine Howard...., elle avait de la grâce, de la sensibilité.... On éprouvait un petit frisson lorsqu'elle disait à Henri , avec l'esprit que vous lui connaisses, au moment

où celui-ci lui passait la main sur le cou en signe

d» •^- / amitie :

« Finis donc, Henri, tu me chatouilles !.••.» Ce drame de MM. Paul Duport et Edouard Monnais ne manquait ni de force ni d'intérjêt ; MM. Adam et Casimir Gide en avaient composé la musique qui était très bien appropriée au sujet.

Ce théâtre fut témoin de l'un des premiers actes populaires de la révolution de i83o.

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Le 17 juillet, le corps de gaitte que Ton avait mis sur la place de la Bourse fut oiûlé, à neuf heures du soir, entre deux pièces.

A partir de cette époque, l'histoire du théâtre des Nouveautés ressemblera à celle des autres spectacles de Paris. Le 2 août , sur les débris fumants des barricades , on y représenta un impromptu patriotique de MM. Ferdinand de Villeneuve et Masson.

Bouffé, dans le rôle d*un manœuvre, le père Gâcheux , y faisait beaucoup rire ; c'était dans cette pièce qu'il disait :

N Dis donc , Mitoufflet, je me suis assis dans le trône ." — Vrai ?. ,. . y est-on bien ? — Oh ! si tu savais comme on s'enfonce là dedans!..- *

Le Voyage de la Liberté suivit de près Timpromptu patriotique. MM. Bohain et Bossange s'étant retirés au mois de février 1 83 1 , M. I^anglois reprit le timon des affaires.

Un ouvrage qui mérite une mention particulière , le Procès d*un Maréchal de France , souleva une grande question de propriété littéraii*e.. La censure n'existait plus , la CLaiie de i83o l'avait abolie , le pouvoir d'alors laissa monter, répéter, afficher, et le jour de la première représentation la pièce l'ut défendue!

Voici des détails qui seront curieux à conserver pour l'Jiistoire du théâtre.

Le samedi 2?. novembre i83r ,àmidi, li

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pièce intitulée le Procès d'un Maréchal de France (i8i 5) étant afiichée, l'autorité fit défense (le la représenter. Le directeur, M. Langlols , protesta contre cette mesure, déclarant que son intention était de passer outre et de jouer la pièce. A cinq heures du soir , des bandes sont posées sur les affiches. Alors MM. Fontan et Dupeuty interviennent en déclarant vouloir aussi protester en leurs noms , et que si leur ouvrage n'était point joué , ils prendraient des réserves contœ l'administration , non dans des vues d'intérêt , mais seulement pour défendre le principe* A neuf heures trois quarts du soir, AT. Langlois déclare qu'il va fermer son spec* tacle.

Le lendemain dimanche aS, à cinq heures du soir, la pièce est réaffichée, mais de nouvelles bandes sont mises avec ces mots : Par ordre de l^aulorîléf défenses ont été faites de jouer la pièce ayant pour titre : le Procès d'un Maréchal de France { i8i5). Cependant des groupes s'étant ibnnés sur la place de la Bourse et aux abords du théâtre, un détachement de garde municipale y fut envoyé pour empêcher le public de pénétrer de vive force dans la salle. Au bas de l'affiche on annonça, à la place de l'ouvrage défendu : Une Nuit de Marion Delorme , le Pasteur et le Voyage de la Liberté^ titre qui, ce jour-là, avait Tair d'une ]daisanterie. Les auteurs citèrent le directeur au tribunal , pour qu'il eût à jouer

leur drame, demandant , en cas de refus , des indemnités; mais, comme je l'ai dit, rintention formelle de MM. Fontan et Dupeuty n'était point de les recevoir^ mais bien de défendre uq principe.

Je ne discuterai point ici s'il était convenable ou non de permettre que Ton mît sur la scène le Maréchal Ney; mais je dirai seulement que Ton agissait trop cavalièrement vis à vis des gens de lettres et des entrepreneurs de spectacles. Oq laissait les premiers élaborer^ un sujet annoncé d'avance dans les journaux, on laissait les autres répéter, faire des dépenses, des frais de mise en scèae, et la veille , ou le jour de la représentation, un garde municipal arrivait avec défense de laisser jouer l'ouvrage.

Un pareil ordre de choses ne pouvait pas durer; on a rétabli la censure^ subissons-la.

Toute censure est chose triste, mais elle Tant mieux que l'arbitraire. Un auteur est prévenu de ne pas aller trop loin , il connaît les dangers qu'il peut courir, les écueils qu'il doit éviter. Quaud des couvreurs travaillent sur un toit, j'aime assez qu'il y ait en bas quelqu'un pour me crier quand je passe : Gare là dessous!....

Après les ouvrages déjà cités , ceux qui ont obtenu le plus de succès sont x le Mariage impossible^ Faust, Gillette de ^arbonnej la Fiancée dufleui'ey la Morte^ de MM. Ancelot et LéonBuq\xetyle$ Sybarites àeM. Laffitte, acteurdelaCo-

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mëdie-Française; les Jumeaux delaRéole^ dratne de MM., de Rougemont et Alexis Gombrousse.

M. Langlois, qui a' englouti dans cette grande entreprise une fortune de onze cent mille francs, n'a pu relever celle du thëâtr» qui fut fermé le i5 février i832; au mois de septembre de la même année, M. Paul Dutreck, ancien acteur et sociétaire de Feydeau, y rouvrit rOpéra-Comique, qui avait déserté la belle salie Yentadour. A M. Paul a succédé en i834 M. Crosnier, qui depuis dirige ce théâtre avec zèle et bonheur.

Aujourd'hui, là où Potier ;. Bouffé, Philippe, Lafont , chantaient les couplets spirituels de MM. Garmouche , Desforges , Brisset , Lewen, Dartois, Wanderbuck, Duvert, Varin, Lausanne, Desvergers, Paul de Kock , Rocbefort , Sainti- Georges, Frédéric de Gourcy, les frères Cogniard et autres, GhoUet, Henry, Thénard (i),Inchindi nous font entendre les morceaux savants des Hérold , des Boyeldieu , des Gomis, des Aubert, des Garaffa , des Halcvy; là ou Déjazet entonnait des refrains grivois, où madame Albert chantait le vaudeville nerveux > mesdames Damoreau ,; Casimu* , Prévôt , Jenny Golon nous impres* sionnent avec les romances d'Adam 9 les airs variés de Maupeou et les suaves chansonnettes de la jeune Lolsa Pugct*

(1) Il vient de mourir en Hollande.

CiiaDgeinents de genre » de pièces ^ d^actears , d^actrices, mais toujours du zèle , de l'esprit, du cbanue et des talents.

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