‹ Histoire des petits théâtres de ParisChapitre 26 sur 44 · DES THÉÂTRES DU VAUDEVILLE · texte numérisé non relu

DES THÉÂTRES DU VAUDEVILLE

Quand j'ai entrepris l'histoire du vaudeville par celle des théâtres qui ont constanmient joué ce genre, je savais quelle était ma tâche, je crois l'avoir remplie autant que possible.... Ea résumé, depuis la Comédie-Italienne et la foire Saint-Laurent en 17 10 jusqu'à nos théâtres eu i837> le vaudeville a chanté selon les temps et les circonstances. Il a^ comme on l'a vu, comtnencé par être niais , puis il s'est fait naïf, puis malin, puis satirique et méchant, et enfin hypocondriaque. Après avoir^té courtisan comme un ancien sénateur, il s'est fait indépendant comme un contrebandier. Il a donné successivement dans foutes les folies, il a brisé le leudemain l'idole qu'il encensait la veille ; et puis, quand il a été las, il est retombé, comme nous l'avons vu plusieurs fois, dans le marasme ou dans l'extravagance. Depuis six ans seidement,

le vaudeville, c'est à dire le couplet, s'est fait drame, moyen-âge, pamphlet, fashion, gamin ; il a porté de la poudre, des cheveux plats ; il a niis des mouches, famé le cigare ; il a chanté vm Henri If^! la Carmagnole^ Charmante Gahriellcj la Parisienne ; il a été légitimiste, républicain, juste-miliea ; il a célébré Napoléon et crié vJt^e la Libéria/ et porté des fleurs au pied de la Colonne ; on Ta vu s'asseoir dans le fauteuil royal ; il a chanté dans les rues, il a couiii aux Variétés, à la rue de Chartres, au Gymnase, au Palais-Royal, à la porte Saint-Martin, à l'Auibigu, à la Gailé, chez madame Saqui, chez Bobineau, au Petit-L^zary, dans les banlieues et dans les départements ; il a chanté sur la corde l'oide aux Funambules, et fait le saut du ruban chez Franconi; il a été talon rouge, bonnet rouge, cordon rouge ; il a porté l'habit du soldat, la soutane du curé, la veste du prolétaire, le rocbet d'un évêque ; il s'est ri de tout, moqué de tout, saturé de tout ; il est allé en enfer, en paradis ; il s'est raillé du ciel et de la terre, de Dieu« du diable et des hommes.

L'histoire de l'époque où nous sommes sera plus qu'aucune autre facile à retrouver dans les fastes du vaudeville; ce sera pour lui Hue espèce d'époque sans nom, comme l'a très bien caractérisée en littérature un spirituel écrivain (i). On verra facilement qu'en iSS*; on

(1) M. Biizin.

chantait partout, mais que le viritahU vtâiimlU n'était nulle part » hélas ! et j'ai bien peur qu'en écrivant son histoire je n'aie iait que sa nécrologie...»

Quelques pm^sonnes pouiTont me répcmdre:

Maïs vous avez dit que Ton riait au YaudeyiUe, aux Variétés, au Palais-Royal..; le vaudeville y est donc? — Non, je le répète, le vrai vaudeville est mort. On chante partout, mais des morceaux d'opéras, des aira de Rossini, de Meyerbeer. J'entends partout des roulades, des barcaroUes, des rondeaux , des duos, des noc* tûmes, des romances, et j'attends toujours des couplets... Le vaudeville est mort..., quanta

Eréseut du moins... Je proclame d'avance un omme fort celui qui le ressuscitera.

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