‹ Histoire des petits théâtres de ParisChapitre 28 sur 44 · THÉÂTRES BOURGEOIS · texte numérisé non relu

THÉÂTRES BOURGEOIS

Nous sommes le peuple chez qui le goût du spectacle s'est développé le plus vite, nous nous sommes émancipés de bonne heure ; à peine avons-nous eu implanté le théâtre en France, que nous avons été de progrès en progrès. En 1600, le théâtre était encore dans l'enfance, et en 1670 on jouait le Cidy HéracUus, Tartufe et Je Misanthrope.,, C'est marcher à pas de géant, si 1 on compare Iç théâtre étranger avec le nôtre.

Il faut que l'art du comédien soit bien ^uissaint, bien attractif, puisqu'il a tfoùvé et rfa'il trouve encore tant de gens pour s'y livret. C'est une passion qui a gagné toutes les classes de k société, les rois, les prihces, les grands seigneurs, les bourgeois, les marchands, les artisans et les ouvriers.

Louis XIT dansait dans les ballets, madame de Maintenon faisait jouer la comédie à Saint- Cyr, les grands seignem-s avaient, avant la révolution ^ des salles de spectacle dans leurs châteaux y ils aimaient à jouer devant leurs vassaux , choisissant de préférence les rôles inférieurs à leur condition, tant l'iiomme aime à se déplacer.

Vous verrez souvent les grands seigneurs jouer les rôles de valets, de paysans, d'hommes du peuple, lorsque les artisans, au contraire, seront fiers de représenter des rois, des empereurs et des gens du monde.

Voilà ce qfte dit Méttîer sût les théâtres bouTÉfeois datis son Tableau de Paru.

(t Amusement fort répaùdu qui tùttne la ni^ 1» tfïohre, développe le maintien, apprend à par- 1 1er, medble li tête de beicul vers, et qui «r suppose quelques études. »>

Je ne sefrai pas tôtijoûrs de tavîs de Mercier. Ck)fit2nnons :

k Ce ùasse-teïïïfjf rouxt mieux que la Iréquen-

• roisiyeté absolue.

» Oa pensQ bien que p99 acteiir9| qui repré- > sentent pour leur propiip divertissement, i^e

• sont pas assez foripes pour satisfaire Tbomme de goût ; mais en fait de plaisirs, qui raffii^e a tort. Pour moi, j'ai reinarqué que la pièce que je connaissais devenait toujours nouvelle lorsque les acteurs m'étaient pouveaux. Je ne sais rien de plus fastidieux que d'assister à une troisième et quatrième représeatation par les n^êmes comédiens.

» Je n'ignoreras qu'on y déchire sans miséricorde les cbefs-aœuvre des auteurs dramatiques, qu'on y estropie les airs des meilleurs compositeurs, que ces assemblées dppnent lieu à des scènes plus plaisantes que celles que Ton représente. £h! tant mieux! le spectateur s'amuse à la fois de la pièce et des personnages.

» On joue la comédie dans un certain monde, non par amour pour elle, mais en raisop de^ rapports que les rôles établissent, Quel amant a refusé de jouer Orosmane? et la beauté la plus craintive s'enhardit par le rôle de Na' mne,

» J'ai vu jouer la comédie à Chantilly par le prince de Copdé et par madame la/luchesse de Bourbon ; je leur ai trouvé une aisance, un goût, un naturel qui m'ont fait grand

M plaisir; vraiment, ils auraient pu être coméw diens s'ils ne fussent pas nés princes.

» Le duc d'Orléans, à Sainte-Assise, s'ac- » quitte aussi très bien de ses rôles av£C facililé » et rondeur. La reine de France; enfin, <a M joué la comédie à Versailles dans ses petits w appartements. N'ayant pas eu Thonneur de » la voir, je n'en puis rien dire.

>» Ce goût est répandu depuis les hautes clas- M ses jusqu'aux dernières; il peut contribuer M quelquefois à perfectionner l'éducation ou à H en réformer une mauvaise, parce qu'il cor- » rige tout à la fois l'accent, le maintien etTé- » locution. Mais cet amusement ne convient »» qu'aux grandes villes, parce qu'il suppose M déjà un certain luxe et des mœurs peu rigides. >» Gardez -vous toujours des représentatiooi» t» théâtrales, petites et sages républiques, crai- » gnez les spectacles, c'est un auteur draniati- » que qui vous le dit. »

On me permettra de ne pas être en tout point de l'avis de Mercier, malgré l'autorité de J.-I. Rousseau qu'il avait pour lui, lorsqu'il signale le théâtre comme un amusement dangereux. Les mauvais spectacles..., oui; les pièces immorales, d'accord ; mais de bons ouvrages et de bons acteurs n'offriront jamais de dangei*s pour le peuple. Je ne crois pas néanmoins que la comédie corrige les hommes, mais si elle ne l« rend pas meilleurs^ elle ne les rendra pas pins

mauvais. Je ne parle ici que des représentations.... C'est un auteur de vaudevilles qui le

dit

Lorsque Mercier faisait ces réflexions, il n'avait vu que de bons spectacles bourgeois ; s'il avait assisté aux saturnales dont nous avons été témoins plus tard, il aurait parlé autrement.

Ëucore une fois, je ne pense paçque, comme le (lit Mercier, le goût de la comédie puisse donner des manières à ceux qui n'en ont pas, ou réformer l'éducation de certaines gens ; il faut, selon moi, que les personnes qui s'y livrent aient reçu une certaine éducation, qu'elles aient des hanières déjn faites ; autrement, elles auront beau se donner beaucoup de peine, elles ne leront jamais que ridicules, si elles ne sont ïires....

Parmi les anecdotes qu'il cite comme étant ri'ivées dans les petits théâtres bourgeois, en oici une assez comique et qui rentre dans mes lées.

u Un cordonnier, habile à chausser le pied mignon de to:ites nos beautés et renommé dans sa profession, chaussait le cothurne tous les dimanches. Il s'était brouillé avec le décorateur du théâtre. Celui-ci devait pourvoir la scène, au cinquième acte , d'un pot' gnard et le poser sur l'autel ; par une vengeance malicieuse, il y sul)slitua un tranchet. Le cordonnier-prince, dans la chaleur de la

» déclamation! ne s'en aperçut pas d'abord, et 1» voulant se donner la mort à la fin d^ la pièce, >» il empoigna, aux yeux des spectateurs, le » malheureux tranchet qui lui servait à gagner N sa vie. Qu'on juge des éclats de rire qu'excita M ce dénouement, qui ne parut pas tragique ! » Le cordonnier renonça à sa carrière d'acteur, n et fit bien. »

« Sous le règne de Louis XY, » dit Dulaure, u la cour de Paris était possédée par la manie des spectacles. On ne donnait point de fêtes sans y faire intervenir des décorations, des scènes théâtrales } la plupart des maisons royales étaient pourvues de théâtres où l'on appelait à volonté les comédiens de Paris. »

Les princes et les seigneurs imitèrent cet exemple ; ils en eurent dans leurs maisons d^ ville et de campagne. Le duc d'Orléans en avait un dans sa n^aison de Bagnolet, fameux parle^ pièces nouvelles et inême un peu licencieuses qu'on y donnait. En 1760, on y joua pour 1^ première fois, la Partie de chasse de Henri IT\ de Collé ; le duc d'Orléans y reipplissait le rôld de Michaud, et Grandval, acteur des Français^ celui de Henri IV. I

Le maréchal de I^ichelieu avait un théâtfi dans son hôte], où, en 1762, on joua pour U première fois AnneUe et Lubin, , 1

\i^ fameuse Clairon joua chez la duchesse w Villeroi plusieurs fois en 1767 ; et l'anne'esui*

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qui

hôtel de la Chaussée d'Antin ( i ), dont Fouvei turc se fît solennellement, au mois de décembre 1 7^2, par la Partie de Chasse de Henri ÏV^ qui était alors la pièce en vogue dans les théâtres de société. On devait jouer pour petite pièce k Vérité dans le vin^ comédie un peu gaillardej Mab Tarchevêqùe de Paris, s'étant donné beaui coup de mouvement, en empêcha la représen^ tation ; pour être en paix avec lui, on substitua à cette pièce une pantomime intitulée Pfgmalion (2).

C'est pour le théâtre de la Guimard que Collé composa les pièces contenues ds^ns sou théâtre de société. Laborde, premier valet de chambre du roi, se chargeait de diriger le spectacle.

Deux courtisanes célèbres, appelées les demoiselles Verrière, avaient deux salles de spec tade, Tune à la ville, Tautre à la campagne. Colardeau et La Hai*pe composèrent exprès quelques pièces pour ces théâtres, et tous les deux y jouèrent des rôles.

Un sieur de Magnan ville avait ai^ssi, dans

(1) Cet hôtel, situt^ ù Tentree de la me de la Chaussée irAntin , n. 9, et construit par rarchitecte Udoux, fui nommé le Temple de Terpsichore. Après h moi t de la demoiselle Guimard , il eut successivenifDf pour propriétaires MM. Ditmer, Perrégaux, Laffitte.di.

(a) Histoire de Paris, par Dulaure,

son château de Chevrette, un superbe théâtre où jouaient plusieurs daines de la cour. La congédie de Jean- Jacques Rousseau, l'Engagement téméraire y y fut représentée en 1748.

Le prince de Gonidé avait un théâtre à Chantilly, la dame Dupin à Chcnonceau.

Le village de Passy a joui de quelque cëlébrité pour ses théâtres de société; madame la duchesse de Yalentinois y donna des fêtes brillantes et souvent scandaleuses. Elle avait une salle de spectacle dans son parc, où l'on jouait souvent la comédie. Elle donna une fête à madame la comtesse de Provence, femme de Louis XYIJI, dont elle était la dame d'atours ; on représenta, ce jour-là. Rose et Colas; Clairval et mademoiselle Caroline y jouaient les principaux rôles. Dans l'hôtel Berlin , dit des parties cas u elles, madame Berlin donnait aussi ce spectacle, mais elle voulait que l'étiquette fût observée; son mari, moins rigide, se dédommageait de la pruderie de sa femme dans une johe maison qu'il avait achetée dans le voisinage, pour mademoiselle Contât. Là on jouait quelquefois la comédie bourgeoise , mais c'était derrière un paravent. Tout y était pêle-mêle, les grands seigneurs et les comédiens; la Guimard et le prince de Soubise, l'évêque d'Orléans (M. de Jarente) et mademoiselle Raucourt.

Dazaincourt, Préville, Dugazon, Trial, Lariiette, puis mesdames Vestris, Sauival, ^"^

dette. Joly, Olivier, qui cié^ le râle de Chérubin, a^ns Figaroy puis encore quelques auteurs; Marinontel, qui faisait des contes, Gailbava des comédies, ttemière des poèmes, et le marqms de Bi^vre, des calembourgs.

Collé, déjà un peu vieux, y faisait jouer sas

Seti^s pièces poIissonpe9. Certes, pe théâtre-li evait être fort amusant.

Le Ranelagh a eu aussi ses comédiens bourgeois. La Rotonde du bal se change en salle k spectacle, au moyen d'un théâtre poirtatif , doot Tavant-^cène se rapporte parfait^nent ayeck décor de la salle et forme un ensemble complet.

Des élèves de l'école de déclamation et do Conservatoire de musique venaient autrefois essayer leurs jeunes talents dans l'art dramaiH

Sue, $ur le théâtre du Banelagh, et se basai" aient ensuite sur de plus grandes scènes.

La célèbre Maillard , qui a si longtemps ^ si puissamment chanté les Clytemnestres au grand Qpéra, s'est d'abord fait entendre auRil nelagh sur ce théâtre.

On y a également vu de simples amateiii^i que le plaisir de jouer la comédie y réunissait.

Le spectacle était alors très varié ; tragédieSj comédies, opéras comiques, drames, vaudevit les, rien n'arrêtait les athlètes qui s'élançaiH dans l'arène ; mais il faut en convenir, il en ^

eu qui se soient montrés dignes de remportci èprix.

J'ai tiré une partie de ces détails dés Chrôni" ques de Passy^ ouvrage plein de reclierches curieuses et amusantes, publié {)ar M. Quiliet,, anciefi commissaire des guerres, hoirime àtis^ bûii que spirituel, et qui fut itton aiiii. Il est moTt à Gally en janvier i83G.

Cet excellent homme a placé hioln nom dan$ ses Chroniques j avec une bienveillance tortte particulière. Je l'en ai remercié par un cou]iièty monnaie courante chez les chaj»sonniers«

Merci, mon TÎeil nmî, fliërcï,

C'est trop d'honneur qae vous Aie faites ;

liOboa cnrooiqûear de Passy

Inscrit nion uotn sur ses tablettes :

J'y poiivais motr'rîr oublié,

Mais cliacon Ksaht voire otrtrjf^y

On saura, grâce à Tamitié^

Que j Vtaîs de votre village .

Les tliéàtres particuliers, dont Dûlaute ne fait qu'indiqiuer les plus eonnufl, et où jouaient les mâlleurs comédiens àe» grands théâtres^ occasiotanaient souvent leur absence ^t frustraient le public d'un plaisir ^u'il payut. Aussi, en 1 768, défense fut faite aux cômédrens français et italiens de jouer sans permission ailleurs que sur leurs théâtres. Cette défense obligea les aiuatems à jouer eux-mêmes.

ycuxdont UtaiUe avait à peu pi^s quatre piee et Aexm, ei U BabiUardY^v wheawU.. ^

Cette fièvre dura plusieurs années; elleelai

devenue inquiétante en ce sens qu'elle jeta a

théâtre un grand nombre de comédiens detesl

bUs. Si Vart de la comédie est une belle et nob

cbose, y faut convenir qu'il est bien irisie i

vwr des gens sans aucune éducation, sans y(

cation, sansavantagesphysiques, sans vœx, sa

Restes, sans tenue , venir sur upe sceoe reçu

les vers de Corneille et de MoUere; de su

des chanteurs à la voix rauqiie, dentewi

à chaque mot la langue outragée I Oui, je

lépète ) la comédie est un art divm^ sublia

enteakiant ; maïs il faut que ceux qui s'v

vrent aient reçu du ciel, comme 1 a du le ai

liicoUs Boileau^ * ^influence secrète. »

Autrement, ce nW plus qu'une triste pt lanterie, une dérision, une mascarade, et mw vaudrait n'avoir jatoais vu lever ua rideau «a vie fue d'assister à ces rept^seutations ( deviennent scandaleuses.

#c ou 1^ goût ae i a* »- »«? ucitcwji^m»»* owr avec S1ICC&. Doyen» pAi- eaemijle, avait fo» 4ès av«^t la révolution, un théâtre de soci W a. iokui d'ui»s9 grande v<«ue|>eadanit pi^dl

jboyen avait été peintre-décoii^^ur et

A&qtudl {Kiint de talent, mais il portait le goût a théâtre jusqu'au fanatisme.

En I ^9.5, Doyen tenait déjà un petit spectacle »ai^eoÎ9, fue Noti^Dame-de*Na3Uiretn, quai^ er dtt' Temple. Cet amateur, dans sa jeunesse^ •ait été lié avec Mole, Heury, Vanhove. Lors* l'il quitta la rue Notre-Daipe-de-Nazareth, il la bâtir une nouvelle salle sur les ruines d'une iapelle attenant à l'ancien cimetière Sainte colas y rue Transnonain. Menjaudy Samson^' md y filment leurs premières armes. Ce théâtre ant porté de l'ombrage à certains directeurs ,

le fit fermer; ajors on n'y joua plus la co- ^ie qu'à huis clos,

Le nombre des artistes qui ont commencé » Doyen est incalculable, A ceux déjà cités , utons Huet , Lieier V Bocage , Gossard , Fé- A , Beau valet , AlTar , Auguste , Paul , Débonre et Lemesoil, du Palais-Royal, qi^i y jouait t jeiine Le Soldat laboureur , en vi'ai groird. Des femmes charmantes, mesdames Gœi Fabre, Dussert, Fitzeiier , Brohan, Paradol^ la très jolie mademoiselle Bourbier , qui a lié à Saint-Pétersbourg après avoir débuté à 'is...

«:t Bouffé, l'acteur profond ! et Arnal ! Ari^al ! teur du fou-rire !...

iprès la mort de Doyen , sa salle fat dé«

lie. Aux jourm^es des i3 et i4 avril, la mai-

où elle était située servit à son tour de

tbédtre à nn drâmie sanglant ; vm coup de fea tiré d*une fenêtre sur la troupe de ligne rendit ses babitants yicliuies d'une effroysmle represaille. Cet événement est trop triste et trop connu pour que j'en donne les détails ^il assombiirait mon tableau ; ma mission est de vous amuser.

Doyen a été un bomme trop marquant dans l'bistoire du tbéatre pour que je n'essaie pas d'en donner le portrait à mes lecteurs : il était petity trapu, et possédait d'énormes mollets ; des sourcils épais et noirs recouvraient ses paupières, son œil brillait quand on parlait comédie. Sa mise fut celle de l'ancien V^ime tant quM put la conserver ; il portait Tbabit coupé à la luode de I nSg , la culotte courte , les bas de soie chinés, le gilet à effilé , le jabot , les souliers à boudes et le cbapeau à cornes, qu'il na quitta' qu'en 187.0, mais en désespoir de cause...; aussi le jour où il se décida à prendre le cliapeaa rond, il disait avec ironie et en affectant d^ sourire :

« Vous voyez, je fais le jeune bomme! » Doyen avait fait de sa femme et de ses enfants des comédiens bourgeois ; il voulait que p^'sonne ne dérogeât cbez lui ; tout ce qui était étranger à rail dramatique paraissait ue pasl^' regarder; il avait étuiié, approfondi le glossaire du théâtre; lcsm>ls coulisse, châisis, pot' tants , toile, d''cors , riinj-c, répétitio )s, n'pli-

qucs, enirées, sorties, etc. , lui étaient fami- 'iers; (jiiant aux autres termes de la langue française, il s'en embarrassait fort peu, et ne s'en servait que pour les besoins matériels , les clioses absolument nécessaires à la vie; il faut bien •Ipiiiaiider à niaufier , à boire , à dormir...; sans cela , Doyen aurait méprisé ces mots comme il ••reprisait tout ce qui n'avait pas de rapport avec ttljéâtre... Il mettait Fleury bien au dessus de ï^»is XIV , et Talma lui semblait plus {^rand <]uc Napoléon.

On a cité beaucoup d'anecdotes sur Doyen : Une scène unique dans les annales des coméfe de société arriva chez lui , il y a de cela l'ius de trente ans. Une bouchère de la rue 'lu Temple et une charcutière de la me Notre- Danie-de-Nazareth voulurent essayer de monter snr les plancbes.. Elles apprennent chacune un '■^le, je ne me rappelle pas la pièce dans latlHeJie elles devaient jouer ; tout ce que je sais , '^^st qu'elles entraient toutes les deux à la pre- "iière scène, (^était^ un dimanche ; les voisins H los voisines du quartier avaient obtenu des lillcls gratis (dans ce temps-là on ne les ven* «il pas encore;. Doyen frappe les trois coups 'usage; un silence profond règne dans la salle, 1 toile se lève ; la bouchère et la charcutière -nti'ent en scène , l'une jouait l'amoureuse et autre la soubrette. A peine sur le théâtre , un ttibarras subit s'empare de nos deux mar-

chandes, Ift panique les gagne , elles restent plusieurs minutes sans parler : c'est en vain que le souffleur se démène dans son trou , nos deux comédiennes n'ouvrent point la bouche, un œutisme complet les avait saisies ; enfin l'une prend la parole, je crais.que ce fut la bouchère , et le colloque suivant s'établit devant le public :

« Voyons, parlez donc, madame Dnmont!

-* Mais c'est à vous , madame Dupuis !....— A moi ! . . . vous voulez rire ! . . . — Je vous dis que c'est à vous!...— -Ciontime vous voudi^ez, madame Dupuis , mais je ne parlerai pas. ( Ici le public commençait à rire. ) .«-* Mon Dieu ! disait la bouchère, je vais me trouver mal!... -^ Je vais avoir un étourdissement , disait l'autre... »

Et l'on entendait le bon Doven , dans la coulisse, qui criait: « Allons donc! parlez

donc ! c'est indécent !... » Bien ne pouvait faire dire aux deux femmes un seul mot de leur rôle. . . Le public, qui avait ri jusque là , se fdcba, et les sifflets se firent entendre. Alors les deux actrices se mirent à parler ensemble avec une telle volubilité que d'abord on n'entendait que des sons vagues ; mais bientôt la colère s'eroparant d'elles , les gros mots anîvèrent ;

« Madame, c'est affreux! - Madame, c'esf abominable ! -^ Madame , quand on est aussi bête que vous, on ne joue pas la comédie! —Madame, vous êtes une impertinente!— Vous

en êtM tine autre! — Vons n'êtes qii'Une çoî»sardel — Vous n'êtes âu*une liarengère ! »

Ici la chose allait aevenir sérieuse lorsque Doyen vint séparer les deux championnes , qui se disputaient encore dans la coulisse. Doyen proposa oc jouer à la place de l'ouvrage annoncé Dupuis et Desronais , car c'était une (le ses pièces de prédilection ; toutefois , après le Phîhctète de M. de La Harpe, qu'il affectionnait pai* dessus tout, le rôle de Philoctète se pré^ tant merveilleusement bien à faire éclater le tonnerre de sa voix. Quand Pyrrhus lui disait :

Quelle soudaiuo atteinte^

Seigneur, de yotrc sein arrache cette plainte ? Viens. . .je te suis. .. Ah! dieux !...

Que Irur demandez-votisP. . .

De nous ouTrir la route et de veiller »ar BoOftI . • « Dieux !

c'était effrayant*

Doyen était la comédie vivante , le théâtre fait homme. Quand on lui citait un acteur qui Avait réussi, soit h Paris, soit en province , il se [laussait sur la pointe du pied , se dandinait ivec un air de satisfaction, et disait en nassani a main sur son front : « Je crois bien, c est un > de mes enfants , c'est chez moi qu'il a corn- * mencé , il nd savait ni parier ni marcher. »

Doyen a Vu se renouveler chez lui deux ou trois générations de comédiens.

Son nom était répété partout où il était ques-

tîon de conicdie. Il a été la providence du tlicàtre et sa luoit laissa un grand vide c\\c7 les amaleurs de spectacles. Ou ne voit pas eu un siècle deux, iiomines semblables à Doyen.

En 1801 y il existait rue Montmartre, vis à vis le passage du Saumon, un nourrisseur qui possédait une grande quantité d'ânesses ; on sait que ces excellentes bétes portent, matin et soir, leur lait l)ienfaisant aux personnes attaquées de la poitrine.

Dans une espèce d'étable voisine de celles où logeaient les «înesses , les vaches, les veaux, l(\s moutons , ou avait établi nii petit spectarlc bourgeois. Un soir que l'on donnait sur i:c théâtre une représentation de Vlphigcmc de Racine, au monient où Agamcmnon entrait rn scène et disait :

Oui, c'est A;;ainemnon, cVst ton roi qui tVvi illr, \ieDs, reconnais la Toix qui irappe ton oreille^

un détachement d'ânesses qui partaient poni se rendre chez leurs malades se mit à braire . mais d'une façon si foite et si peu en mesure, que la salle de spectacle en trî^mbla sur sa hase. Les spectateurs ne purent s'en>pêcher de rire ; mais voilà qu'aussitôt les veaux , les moutons, les vaches restes à l'étable , joignent leurs voix discordantes à celles des ânessesqui étaient dans la cour , si bien que , pendant un quart d'heure , on fui obligé ae suspendre le specU-

de; on peut penser si le reste de la tragMie se ressentit de rcvènement ; de temps, en temps oa entendait le timide bêlement d*un moutonr ou le mugissement triste et caverneux d'une vaclie ou d'un veau. Ces sortes d'accidents arrivaient souvent dans ce théâtre.

Oublier les costumiers en faisant la chronique des théâtres, ce serait faire la carte de France en sautant pai' dessus Paris. Il y en avait un bon* nombre alors ; les principaux étaient Babin , Lamant , Nadé , Mathieu , et plusieurs autres dont les noms m'échappent.

B:ibin eut une grande réputation, pour les sociétés bourgeoises et les petites administrations pauvres en magasin...; il a dans tous les temps été bien assorti , et ses costumes étaient riclies et variés.

Babin ne fut pas que le costumier des gens de théâtre, il fut aussi celui des gens du monde. Mus d'un solliciteur de préfectures, plus d'un coureur de recettes * générales est aile chez lui louer un habit de cour pour assister au bal des Tuileries et de l'Hôtel-de-Ville, habit qui, la r'eiile, avait été sur le dos d'un acteur bourgeois.

Mais un costumier original dont le nom est mbité depuis longtemps a joui d'une grande élébrité sous le Directoire et le Consulat ; ce )ravc homme s'appelait Samzin, et demeurait ue S^mt-Martin ou Saint-Denis en 1800, la ne ne fait rien à TafFaire. On ne manquait ja-

inaia de saluer le pèi« Sarazin avec ces vefs de Scarron...'

« Sar«iin, t Mon Tornn»

» Cher ami, » Qu^d demi » Je ne voi, » Dopt, ma foi| D J'ui dépit, ^tc« »

C'était un brave homme , mais d^un comique achevé... Ses costumes n'étaient pas tous de la première fraîcheur, mais il en avait une quantité si considéi*able que deux immenses salles avaient peine à les contenir.

Jamais vous ne pouviqs prendre ce brave homme au dépourvu, même aux jours du carnaval... Quand ses confrères manquaient de costumes, lui eu avait encore à revendre, je veux dire à louer.

La bonne madame Sarazin avait toute la jour» née l'aiguille à la main, afin de métamorphoaer les costumes; cette bonne femme travaillait comme une fée, et faisait le contraii^e de Pénélope, elle défaisait le jour l'ouvrage de la nuit... car elle possédait le secret de faire et défaii'e les costumes à volonté, selon les exigences ou les besoins des pratiques... Elle a opéré des prodiges en ce genre... D'un manteau de Scapin elle faisait im manteau court à l'espagnol en le bordant avec un petit galon d'or... D'uo habit de Gassandre elle en confectionnait un

qu'elle donnait pour jouei* Turcewei,.* Elle louait un habit de décrottcur à paillettes pour jouer le comte Ahuaviva... La robe d'Ipbigéaie servait à Euphémie dans les yisitandines ; elle j faisait un rempli, et donnait une guimpe pour compléter le costume... Quant au |)ère Sarasiu, il avait réponse à tout ; loraqu'on lui disait : Voilà un habit qui est bien frippé, bien fané.», il l'épondait avec fierté : Diable! vous êtes bien difficile ! M. Baptiste aîné a joué le Ghrieux avec au théâtre du Marais.. . Ce qu'il y avait de comique dans ce magasin» c'est que tous les costoinefi y étaient jetés péle-méle. C'était un eftroyable caphamaàm; il y Avait des joUi*s où les habita étaient tellement mêles que le père Sareziii était obligé de prendre une grande fourche en bois poui* les remuer. . .

Un soir, un jeune ouvrier qui devait jouer l'ours,' dans ies Chasseurs ei la. Laitière^ alla chez Sarazin poui* louer un costume* A fotx:e de remuer des vestes d'arlequins, des pantalons de Gilles, des manteaux de Crispins, etc., on finit par découvrir la peau de Tours entre la veste A^Amhmsû et le manteau de Poncfma*

« TeneZ) dit Sarazin, prenez, jeune liomme, » c'est cette peau d'ours qui a servi au Théatrew Italien quand on y a remonté la pièce de feu » Aasèaume. ». ; » car ce costumier modèle avait toujours une heureiue citation a faire pour se dél»srrasser detea costumes ; k l'entendre , ils

avaient toujours appartenu à Brizard , à Préville, à DugazoD, à hiesdemoiselles Goloui)3e, Ca l'Une.. . , ou autres comédiens cètèbres. . .

Le jeune homme prend donc de conBancela peau de Tours, la met sous son bras^ mais voyant que la lête manquait , il la demande au costumier ; on fait des recherches pat*tout, et Ton trouve enfin . une tête d'animal. Le jeune honunc allait partir, loi*squ'il $*aperçoit qu'au lieu d'une lète d ours on lui a donné une tctc de loup; il fait remarquer l'erreur, ajoutant qu'il lui est impossible de jouer ainsi le personnage dont il est charge.... Le père Sarazin ne se démonte pas , le rassure et lui dit : « Allez , w jeune homme , allez, n'ayez pas peur ; rien n ne ressemble à un ours comme un loup.. ; 9 et puis, le^oir, on n'y fera pas attention...; » d'ailleurs, on l'a joué vingt fois comme ça à n rOpéra-Gomique ; demandez plutôt à'M. Do- » zainville?... »

Jusqu'en 1807, '^ G^^^ ^® ^* cométlic bourgeoise continua de posséder les classes les plus minimes; mai9 à cette époque le gouvernement, s'étant aperçu du danger qu'il y avait do tolérer plus longtemps toutes ces échoppes, on véritablement grand nombre d'honnêtes ouvriers allaient perdre leur temps et dépenser leur argent , ordonna qu'elles seraient fermées sans exception. Il y avait, il faut le dire, d'étranges abus aloi"» ; on ne^ saurait ci'oirti Targeut qui se

répandait dans tous les petits spectacles bour* geois de Paris. Dans de certains , on donnait quatre sous en entrant; c'était devenu une spéculation , et il fallait voir quel public et qaels acteurs !.... Gela faisait trembler; c'est là qu'il y avait péril pour la société... Je ne verrais aucun inconvénient à ce que l'on tolérât quelques salles de spectacle où des jeunes gens auraient la permission de jouer pour en faire un simple amusement ; mais je ne voudrais point, dans aucun cas, qu'on fit payer personne. . . ; d'abord parce que les théâtres bourgeois où l'on paie nuisent à ceux' qui sont obligés de payer des acteui^s et de donner une partie de leurs recettes aux pauvres.

Lorsque Paris fut purgé de tous ces tristes réceptacles, les gens de qualité et les gens riches reprirent les habitudes de l'ancienne cour«

L'impératrice Joséphine voulut aussi jouei* la comédie à Saint-Gloud, les princes et les maréchaux devaient avoir des rôles dans les grandes pièces, et le vaudeville y aurait été chanté par les dames d'honneur, \es chambellans et les auditeurs au conseil d'État : le vaudeville était assez bon pour ces messieurs et ces dames.

Un soir que l'on donnait un spectacle bourgeois au château, la salle était garnie de tout ce qu'il y avait de mieux à la cour. Joséphine, qui jouait un grand rôle , parut ; alors un silence approbateur reiîfplaça les applaudissements que

II i4

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^ scène , Louis XYI, qui s^était caché

x^in de la salle , se mit à siffler très

en riant : « Voilà de lûen mauTais

il n

n'était qu'une répétition générale à *" issistaient seulement les intimes de la

' ' 'le Marie-Antoinette s'aperçut que son

'' ^ X la comédie déplaisait à Louis XVI,

**'nça volontiei*s à ce plaisir, qui du reste

*"' innocent. L'orage commençait à gron-

' " auyre reine !

' aichancelier de l'empii^, Cambacérès,

'*>uer la comédie chez lui ; lé comte Re-

de Saint-JeauKl'Angely avait dans sa

' ""^jde campagne, située dans l'ancienne ab-

"il y al, une salle de spectacle. Mais là, ce

' 'ht pas les grands seigneurs qui rempla-

les acteurs ; ils se faisaient jouer la co«

jlevant eux. ,

^ ^t pour une fête donnée au Val que Dé-

' Irs-composa avec feuvAmault, l'auteur de

. ^ à Minlumes^ Cadet Roussel Eslurs^on,

, tiré d'un chapitre de Lazarille de Tormes.

,!ffl»xAt était un homme de beaucoup d'es-

lil se montrait grave ou gai selon la cir-

^Jbmce ; 9es fables, qui sont charmantes,

firent chez lui une grande flexibilité de ta-

)t, Désaugiers m'a dit souvent que Fauteur

tragique^ le conseiller de l'Université,. avait fourni sa bonne part de collaboration dans Cadet Roussel Esiur^ eon ( i ). Cette folie fut jouée au Val nar Potier, Biunet, Lefèvre, et l'excellente Élomire, si bonne, si vraie dans le Dépari Ïour Saint'Malo, La pièce amusa beaucoup les lauts personnages qui assistaient à la iêie du Val. C'était dans cette parade que l'on prenait Cadet Roussel-Brunet dans un filet, et que, le bailli Potier l'interrogeant, lui adressait gravement les questions suivantes :

u Comment vous lîomme-t-on?

— » Cadet Roussel.

— » M'avez-vous pas été merlan?

— - » Oui , monsieur le bailli , à la fontaiBej M des Innocents (2).

— >» Où vous a-t-on pris tout à l'heure? 1 r- » Dans l'eau. '

— » Dans quoi étiez-vous? I — ^ » Dans un filet. J

— » Dans quoi trouve-t-on o.rdmaireinc4{ » les poissons?

— » Dans l'eau. ^

— » Avec quoi les prend-on ?

— »» Avec un filet.

— »• Vous avouez donc avoir été merlan i

^f) Regnaud de Saint-Jean-d'Angely n^a pas U vaille à ccife pièce, ainsi qu*ou Ta imprime dans qiM c|iies journaux.

(1) Cadet lioitssel, barbier h fa fontn'me des h /f/«y far Aude. "^

cent

» la fontaine des Innocents. On vient de vous » pêcberdans la iner, vous étiezdans un filet. Au » nom de la loi, je vous arrête comme poisson.»

Et Bninet répondait avec une naïveté admi—

rabfe :

« C'est vrai, je suis dans mon tort. »

Et le bailli remettait gravement V esturgeon entre les mains de la maréchaussée,

Dites s'il est possible de délirer à ce point?

M. le comte Français de Nantes, M. le conjeiller d'État Ducbâtel et beaucoup de notabi- «tes impériales donnaient quelquefois cbez eux des représentations théâtrales.

Une maison qui mérite un souvenir de moi, pour la manière toute bienveillante avec laquelle j'y ai été reçu dans ma jeunesse, va aussi pvcndre rang parmi celles où Ton donnait de ^armantes fêtes.

M. Foriée, qui fut pendant vingt-cinq ans ^un des administrateurs des postes, et qui, dans exercice de ses fonctions, se montra constam^ Tftent le père, l'ami et le protecteur de ses euu ^kyés, M. Foriée recevait chez lui les liommo% lu monde , les gens de lettres et les artistes^ Wma, Désangiers, Moreau, Armand-Gouffé Manard(i), Pradher, Petit, Antignac, Hapdé* ûoche, etc.

fi) C'est chez M. Foriëe qu'il fit jouer d'abord M co^ fnédie de la Nièce supposée^ qui obtiut i>ltis tard u^ ^"ccès mérité au Théîltro^Fraiiçais.

Un théâtre que Ton avait élevé au fond du jardin servait à donner aux fêtes plus d'entrain et de gaité. Les acteurs qui composaient la troupe du théâtre Forîée étaient les fils, filles, brus, gendres et petits^enfsints de cet excellent homme. Madame Foriée , femme aimable autant que spirituelle, s'entendait à merveille à diriger l'administration ; s'il s'élevait quelques contestations au sujet d'un ràle, elle arrangeait l'affaire avec une bonté, une douceur intinie. Elle savait concilier les amours-propres, les pe* tites prétentions , et possédait l'art de fair^ jouer un rôle accessoire par un premier sujet] tant elle y mettait de gracè et d'adresse.

M. deMoncy, amateur distingué dont le non a souvent i^tenti dans les théâtres de société^ e qui, par son amour pour la comédie, mériterai le surnom de Doyen II , était l'un des premier sujets de la troupe. M de Moncy remplissai en même temps les fonctions d'instituteur,! enseignait Fart de la déclamation tout aussi blet qu'un professeur du Conservatoire, et quand i indiquait un geste, une pause, une entrée, QD sortie, on aurait cru voir Grandménil ouBapù^ aîné; c'étaient le même zèle et la même gravita M. .de Moncy' jouait lui-même fort bien l comédie.

De temps en temps, de vrais comédien étaient appelés, rue Pigalle, afin d'entretenir 1 f-pu sacré et 1p ^oût des bonnes traditions. U

•^^^îâ^î» ^'^ fois à côi^ de U iraupo

|j&wtimfc^= piowibea.

7™>w»» |iiii^ iMillantM étaiept cellet OUI lis Tètes do M. eluiadain»

ioLi n'était épargné, pièc« iii! en trois actes, envers»

ibt^s, romances ; l'affiche I .1 celles de nos tliéâtrès '^f Litalions à bénéfice.

t moi, nous impvovisârouplets pom- la fête de s'appelait la Sainl'Piern

létc nombreuse et brillante remplis-

le ; OH y i miarquait M. Gaudin ( duc

), l'un (les j^oinmes lionoi-nblea de

, M, le comto ilr' La Valette, directeur

«>^v*M, madame la comtesse de La,\a1ette,

'Tj(r«tie d'héroume conjugal, cette femme ri

"<»i-/*i"eusement historique; M. de Bourrienne,

-' '^'^i^asiA des finances, M. Legrand des droits

■î*«rt, madame Hénn, le général Suguy, le

' ; ^r^tetfarave maréchal Kellermann, le général

'■■'* et le spirituel abbé Mauvy. Or, noua

"^^i mis en scène, sous le vorle de l'alt^orie,'

^ ^ jlques uns des saints du martyrologe.

è^^na une scène, sainte Cécile , la patronne

-1'^^ «nusiciena, inToquait le ciel, pow q"''' 1"'

donnât Tesprit et les talents nécessaires pour bien chanter saint Pierre.

Une jeune et jolie femme qui représentait le personnage de sainte Cécile faisait une invocation en musique. Mais ne Toilà-t-il pas qu'en voyant que sa prière avait été entendue, au lieu de dire : « Voilà une colombe qui descend N sur Faute], » elle s'écrie naïvement : « Tiens, n voilà le Saint-Esprit qui traverse le théâtre. »

A ces mots, tous les spectateurs se prirent d'un grand éclat de rire, et le cardinal partagea riiilarité générale !

Après le spectacle, on rentra au salon, et l'al)l>é Maury dit en souriant aux auteurs : M Messieurs , votre comédie n'est ^ pas très oitliodoxe , mais la bonne intention vous absout. »

Après avoir parlé des théâtres, parlons un pçu des comédiens de société ; ils ont tous une physionomie à part, chacun d'eux est type dans son genre. J'emprunte à M. Roger de âeauYoir les portraits suivants :

m Le comédien de société est pour l'ordinaire » un garçoa d'un âge raisonnaUe, voué par ea- » price ou par profit personnel aux tribulations » sans nombre de la comédie de société, wai^ )i aussi rêvant à l'avance ses couitinnes^ épa* M noui, radieux, quand le grand jour vient, et u se |)lacaixiant de rouge, tant la joie rétoaitiit n Dans le inonde^ le c(»uédien de société ne dit

M pas grand^diose, il se réserve, il se ménage » comme un groom qui doit courir à Chantilly. » D'habitude encore , il a soin d'être pourvu » de tous ses membres, il conserve réfaslicité » de ses muscles, et ne se permet pas de porter \i trop tôt des besicles. Il a sur une table de sa » chambre plu^eurs pièces passablement vieilles » et maculées qu'il a achetées chez Barba , et >» dont les interlignes Sont remplies au crayon R par des indications de sa façon, comme : Ici

• Monrose se lève , ou bien , ici Bouffé se

• mouche; ou bien encore : ici Lepeintre » jeune fait pouaf !... Ces précautions béotiennes lui paraissent une sauvegarde contre la critique : aussi est-on sûr de le voir se lever comme Monrose , se moucher comme Bouffé, et faire pouaf comme le gros Lepeintre jeune; s'il est marié, sa femme lui fait répéter son emploi; garçon, il fait monter, le dimanche au soir, sa portière, lui donne une chaise dans son salon,. et lui répète sou rôle. M Le type du comédien de société varie, du reste, selon l'occurrence : il y a le comédien sérieux, le comédien jovial, le comédien dindon; ce dernier, dont nous parlerons peu, remplit indistinctement les rôles de père noble et d'amoureux.

» Le comédien sérieux, au contraire, est le

plussouvent un homme qui a vu Fleui7ou qui

cheixhe à imiter Fleurv; il va, ledinmnchc.

au Frtnçais quand M. Périer joua, ai prend du tabac dans la boite de M. Damilâtre le professeur.

» Tout au reboura des deux auti^es, le corné» • dieu joYial sait par cœur les chansons proscrites et médites de Béranger ; il connaît tous les TaudeTillisteSi il écrit à Lepeintre aine t Mon cher anii, » et à.mademoi8elle D^axet: Ma chère camarade, » C'est un petit homme ^court , joufflu , mangeant beaucoup aux 80u« pers qui suivent le spectacle , ingui*gitant le vin de Champagne avec autant de facilité qu'un coramii^voyagGur , et n'ayant aucune idée de miss Fanny Kenible ni de Macréadi. Le comédien jovial est ordinairement un officier de chasseurs retiré du service f parce qu'il a pris du ventre , ou bien un sons-cbef des finances qui veut se distraire ; sa grande idée I c'est de copier y avant tout ^ Bernard» Léon. »

J'ajouterai une silhouette de mon cru aux piquants portraits que je vjiens de citer.

J'ai vu autrefois un amateur de comédie bourgeoise qui a vécu quinze ans sur une dou<» saine de rôles; sa mémoire, dure ou paressease^ ne lui ayant pas permis d'en apprendre davan* tage ; cet amateur tenait tous les emplois. Son répeiloire se composait , quant au tragique, de Théramène dans Phidre , et de Golo dans Gû* nwève de Brabant ; il savait fielton de la Jtum

fniiteHne y Dormîlly des Fausses Ii^ékiéé , et Deschampft des Etourdis* Dans le Taudevilk il avait appris 'trois pièces 9 Amour et Mystère • !c Chauefronnier de Saint'-Fiour et U BUlel de hgemtni. Avec cela il exploitait Paris et toutes les campa&nes environnantes , où il allait coUf» :her tous les samedis, et d'où il ne revenait que le lundi matin , après déjeûner bien entendu , pour Fheure de son bureau.

Rien n'était plaisant comme de le voir assister ï une distribution de rôles. Lorsqu'on propolatt de monter des nouveautés , sa figui^e prenait une expression qu'il serait difficile de peindre ; il trottvait toujoura des prétextes pour défaire les spectacles qui contrariaient son ré^ pertoire courant. YoulaitHon jouer une traf^ëdie moderne , comme les Vêpres siciliennes^ il faîlatt observer que Fexiguité de la scène , le boloin de comparses, ou l'absence d'une ([rande lécoration nuiraient à l'effet, et alors il ne man« {naît jamais de vous dire t « Que ne pi«iie»rous, soit Phèdre y soit GenepÎMde BraùmU? ^ SI l'on mettait sur le tapis le Mmrm^e 4e Figaro ) le grand nombi« de personnages ne )eniiettait pas d^y penser , et puis les etitr'actes luraienC été beaucoup tit^ longs; aussitôt Ijetaken avant la Jeune Indienne ^ ou ks Faus^ ^es Infidélités, S'acissait-il d'un vaudeville et )ropoSBit-on Fancnen M Vielleuse^ oli ! alors, :'était une picce trop difficile à mettre en stène,

et dan» laquelle ily avait Irop de chant. Prenez , disait-il , de petits actes , prenez le Biliet de Logement , ou Amour et Mystère , ou le Chaudronnier de Saint -Flour; mon petit bon^-homme est charmant dans le rôle du Petit- Jacques.

11 avait tant dit de fois et à tant de inonde : Prenez Geneviève de Braèant y y^renez les Fausses Infidélités y prenez Amour et Mystère, . . , que sur les derniers temps on ne l'appelait plus que Prenez mon ours»

Cet amateur s'est relire du théâtre àcinquaute ans, après avoir mené assez bonne vie, avoir eu, sans être propriélaire , maison de ville et maison de campagne. Ce type doit encore exister.., il est trop dans la nature-pour s'être perdu dans le mouvement progressif..; il est des choses qui n'avancent ni ne reculent, et certains comédiens de sociélé sont du nombre de ces choses-là.

M. Mennechetâ publié, dans les Cent et «n, un article sur les théâtres de société, article rempli d'esprit , de vérité , d'observations fines et délicates. . ; s'il peint l'embarras de former un spectacle , voici comment il s'exprime :

« On s'occupe d'^aboixl du choix des pièces.., « et comme la maîtresse de la maison a une «• jolie voix et prend des leçons de Benderaii , »> on se décide pour le vaudeville, . ; maiç quel

» vaudeville ? On n'en &ianque pas ,

n cherchons:

>» — La f^isite à Bedlam. Non pas , dit ane » dainîe , j'ai mon mari à Gbarenton , et cette » pièce me le rappellerait...

» — Le Secrétaire et le Cuisinier .u*

» — Vous n'y pensez pas!... s'écrie tout bas » un jeune homme , ce gros intendant militaire » qui joue là bas au whist a porté autrefois le » bonnet de coton , et ce serait une personna- » lité! ..

» — Eh bien , le Diplomate.,*

n — Je lïi'y oppose : . .. dit une vieille dauie , « mon petit-Rls est troisième secrétaire d'am- » bassa^e à Copenhague , et je ne sais pas véri- • tablement comment M. Scribe ose se per- » mettre de tourner la diplomatie en ridicule, n

A cette heureuse citation ajoutons-en une autre également empruntée à M. Mennechet ; celle-ci est d'une observation d'autant plus vraie qu'on la retrouve partout dans les hautes comme dans les basses régions de la société.

« A la comédie sur le théâtre, succède la co^ >* médie dans la salle ; il n'est pas de compli*. » ments , pas d'éloges , pas de flatteries qu'on » ne jette à la tête des acteurs^, qui finissent » par en être embarrassés, on n'entend plug » que ces mots :

n — Comme un ange !...

» C'est un terme convenu , la formule obli^ »» {;ée; comme un ange !,se dit et se répète à » tous sans distinction.. j comme un ange ! su^

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