‹ Histoire des petits théâtres de ParisChapitre 4 sur 44 · TROISIÈME COUPLET · texte numérisé non relu

TROISIÈME COUPLET

( Un vharbonniei' .)

I.e feu qui nous brftie en ce jour Yaut mieux que c\i là de Tamour;

Si la reconnaissance

Devient not' premier d'voir,

Le cœur fait dir' d'ayance :

VÎTe, vive Lenoivl

QUATRIÈHE COUPLET.

( Première poissarde,)

Les rubans que j Rimons le mieux , Pour nous narer sont d"* rubains bleus ;

Si Jérônr veut me plaire,

Si JérômWeut m*avoir.

Je voulons (ju'il prrfière,

I*cs uoird, vive Lenoir!

rO Le gondre de M. Lenoir.

CIlfQCiàME COCJFtET.

( Une seconde poissarde,)

J*n^oubliroDs jamais que r^esl ]y Qui nous a 'ait r Venir ici (i ) :

Le portrait cl\sa ressemblance Cheuz non? jVoulons l'*av<»ir, J^ons dan.H Fcœur sa présence ; Vive, vive J^noir!

Uq sieur Beauvisage fut longtemps directeur àe ce spectacle , dont la troupe dessert ait à la lois le boulevart et la foire Saint-Germain.

On y jouait des comédies, et surtout des tragë~ *es où l'on riait.

Pendant un temps, il fut permis aux petits sp<^tacles de donner des pièces du répertoire du Théâtre-Français , mais en changeant les titres et en les faisant précéder des marionnettes. Ainsi, i2aïr« était appelée le Grand-Tare mis à ^rl; le Père de Famille s'appelait les Emhar^ ^ du ménage ; Beverley , la Cruelle passion du jeu,

l'e directeur lui-même, qui représentait

(0 On Toit qirîl n'est guère possible de faire et de chanter de plus dëtesl aides couplets. Ilparaîirail, d'à-.

G M «"eia, que l'on avait renvoyé les Associc^s du boufarl du Temple , et que, par une autorisation de "• leuoir, il» y seraient revenus en «778, bien q'ie ce "PWUcle remonte à 17(10.

Orosniane dans Zaïre ^ invitait, d'une voix enrouée^ le public à enli'ei* à son spectacle.

Un soir qu*il remplissait le rôle de Beverley, dans la tragédie bourgeoise de Saur in , au moment où il prit le vase qui contenait le prétendu poison, en articulant ces mots : « Nature, tu frémis! M le vase se brisa dans ses mains robustes, et la liqueur se répandit sur la table. Sans se déconcerter, il la ramassa ^ la fit co^lev dans le creux de sa main et Tavala avec intrépidité. Cette présence d'esprit lui valut une triple salve d'applaudissements.

Ducray-ûumesnil, l'auteur célèbre de Lêlotte eê Ft^/an, de Cœiinaj à^ Alexis, ou la Mm$onnéUe dans les bois y et d'une foule de romans qui ont iaiit verser des larmes à toutes les cuisinières de France et de l'étranger, fit représenter aux Associés une petite pièce appelée /f^ Deux Martines. Un tour }oué au duc de Yalentinois parait en avoir fourni l'idée à Ducray * Dumesnil. Le cuisinier du duc de Yalentinois, qui s'appelait Olivier, avait une jeune fille d'une beauté remarc|uable. Le duc essaya de lui plaire, et son cuisinier feignit de se prêter à ses désirs. En conséquence , il indique un lieu où sa fille se rendra le soir ; mais le duc , au lieu d'une fille, y trouva une ânesse. Le duc désappointé fit semblant de rire. Voici comment Ducray-Dumesnil avait arrangé l'anecdote. Un paysan vient clies un riche procureur pour lui payer uùe créance.

il â amène avec lui sa fiUe , qui s'appelle Martine, sqn âuesse porté aussi le même nopc). Lf

frocurepr convoite la jeune paysanne, et, en absence de son père, lui fait des pf Qpqs^pp;, et la conjure de lui accorder iin rendez-vous, le premier clerc engage la jeune QUe à donner en appaçence dans la propp$itioq que l^i ^ faiip le procureur. Le soir arrive, e^ s^u lieu de conduire la jeune fille, on y mène Vânesse ; le pr<^ cureor aj^elle Marùne tout bas, Vf^i^essç s0 pnet à braire ; enfin , après une foule de guipi^oqu^ agsez amusants, tout $e découvre. Le procureur est bafoué, le jeune clerc épouse MarUae^ npp pas l'ânesse , mais bien U j<>/iV pajrsa/tne qui s'appelle Mardne au$si (0*

On lit encore dai^s VAlmcwaçh dçs Spectacles «^1792 ;

« te théâtre de$ Associas, ayant expulsé les »coinédiens de bois, $e ti*Quve, en q^elq^e » sorte , le second Théâtre-Français existant à » Paris. Lui çeul eut la jouissance anticipée dé » ce que les décrets ont s^ccordé 4^pui8 aux » autres théâtres. Il jouait les pièces de tpu§ les »» répertoires ; et , ce qu'il y a de sii^gulier, c'e§t

(0 Vax trouve cette anecdqte fîcrite à la main dans ^Almanack des Spectactes de Dacheshe, annëe \\\)i ; l*p«r*o«ne qui Vj a placée pvëtend la tetiir d'un ancien cui^ipier, ami de cet QUvier, qui U lui a rmcontéf»

» qu'il est aussi le seul qui ait perdu au nouvel » ordre des choses ; car il avait trouvé moyen de » représenter, sans réclamations, les pièces des M auteurs vivants : ce quHl ne peut plus faire au- «jourd'hui. >»

Au sieur Beauvisa^r;e , avait succédé depuis longteiiips le sieur Salé, acteur qui jouait le rôle d'arlequin. Il avait choisi cet emploi, parce qu'étant borgne, il pouvait cacher cette infirmité sous te masque.

Ce spectacle continua de porter le nom de Théâtre des associés; mais k l'époque de la révolution il prit celui de l^héâtre-Pairiotique du sieur Sal'*.

A cette époque, la troupe se composait des sieurs Pompée, Adnet, Pisarre, Saint-Albin , Julien, Deleutre, Dorival et des dames Fleury, Pompée, Rolland, Petit, etc.

Eniuiyédes persécutions quHl avait à subir de la paît de IVJM. de la Coméaie-Française qui lui avaient fait défendre par huissier de représenter sur son tliéâtre aucun ouvrage de son répertoire, Salé leur écrivit un jour :

« Messieurs, je donnerai, demain dimanche, » une représentation de Zaïre\ je vous prie d'ètrè )i assez bons pour y envoyer une députation de » vôtre illustre compagnie ; et si vous recon— » naissez la pièce de voltaire , après l'avoir vue » représentée par mes acteurs, je consens à » mériter votre blâme ^ et m'engage à ne

^ jamaÎA k faire rejoaer sur mon tbâkire. •* Le Kaia , PiiptiUc et quelques uns de leurs camarades allèrent voir jouer Zaïre chez le sieur Salé; ils y rirent tant, que le lendemain ils lai écrivirent qu'à l'avenir les comédiens fran«* çais lui permettaient de iouer toutes les tragédies du répertoire. Mais la révolution ren-> versa bientôt tous les privilèges , et le Théâtre- Palriotiqiie joua le drame, la tragédie, la comédie , l'opéra , le vaudeville et tout ce qu'il voulut

Quand on donnait le Grand Festin de PUrre^ ^"^t Athée foudroyé^ joué par Pompée, premier sujet de ta troupe , le directeur Sale Elisait l'annonce lui-même , et criait : « Prrrrnez vos hUletsI..,, « M. Pompée jouera ce soir avec toute sa garde-robe... Faites voir l'habit du premier acte (et Ton montrait l'habit du premier acte).,.. Entrez! entrez!.... M. Pompée changera douze fois de costumes!!! 11 enlèvera la fille du commandeur avec une veste à brandebourgs , et sera foudroyé avec un habit à paillettes?....

Quand j'arriverai à notre époque , il me sera facile de prouver que le charlatanisme d'aujour- ^bui ue le cède en rien à celui d'autrefois. On ^e crie pas encore à la porte des théâtres : ** Entrez, messiem*s, mesdames; » mais patience, cela viendra.

Après la moit du sieur Salé, arrivée vers 1 795,

un pauvre comédien de province prie la âlrêc-i tiph de ce spectacle qull appela Théâtre s^ns prétention. Il est impossible de se inotitrep pliu humble ; et si jamais homme a tenu ses |%fomesses, c'est bien celui-là : il pourrait servir de modèle à beaucoup de directeurs. Ce pauvre diable faisait tout par lui-même; il était directeur , auteur , acteur , répétiteur , régisseur , ^ouffleur^ décorateur, buraliste, lampiste, ma-^^ chiniste, eic, etc., etc.

Nos gnigeurs de bi;dget ne comprendimient pas ce genre de cumul. Ce pauvre vieux Prévit, je Fai vu pendant vingt ans affublé d'une vieille houppelande grise ; il ressemblait comme deux gouttes d'eau au profil de Séraphin , que ron voit encore aujourd'hui au dessus de la porte des ombres chinoises , au milieu d'un petit transparent. Prévâit avait de la dignité dans sa position ; il était, comme je l'ai dit, humble et modeste ; mais sous le rapport de la littérature, il ne plai$2|ntait point ; il n'écrivait dans aucune langue , et pourtant il attachait un grand prix à ce (|u'il appelait ses ouvrages dramatiques^ il les défendait surtout sous lé rapport de la morale , et ils ei^ avaient besoin; car c'étaient bien les plus malheureuses productions qui fussent aii monde. Il a fsiit îiiiprimer une vingtaine de pièces de théâtre ; il avait grand soin de mettre au bas de chacune qu'il poui^suivrait les contrefacteurs, comme s'il eût été possible de contre-

fitti-e u« style ^ des cpnceptions seralilabtes ! U aotionçait sur son affiche ; yictor^ eu VEnfani du la Fçreiy mélodrame eu cinq actes du citoyen Prévét, le premier qui ait traité ce sujets d'après le roi|[ian du citoyen Ducray-Dumesnil ; et dans la salle on lisait : Les personnes qui veulent se procurer des exemplaires des pièces du citoyen Prévôt .peuvent s'adresser aux ouvreqses de loges, il détestait la secte des philosophes, il plaisantait Voltaire et Rousseau , poursuivait à outrance les iinpics et les athées. Dans une iç. ses procès, il dis&it ^ « Si Ton plaisante mes ouvrages, l'on ne peut cependant me reprocher d'avoir corrompu les mœurs par des pièces liceocietises , et U ne restera après moi aucune trace d'inconduite ; ni que je me sois dérangé ie mon ménage , ni aucun écrit qui puisse prouver mon immoralité , et qui ait jamais deni^'é personne ; aussi , Ton ne me y erra pas oblige de faire au lit de la mort amende honorable comme le fameux La Harpe !...>>

Comnient trouvez-vous cela? Prévôt fustigeant La Harpe qui venait effectivement de faire amende honorable pour rentrer dans le giron de l'Eglise. Excellent nonmie ! que la terre te soit légère...; ^nais que tu étais drôIé , et ton stylç' au^i I Prévôt , à cause de sa moralité littéraire, «tirait mérité de vivre assez pour être dépu|é en i836 ; il aurait certainement pris la parole dans \gL discussion sur les iUéâtres , el n>ui:ait

ES été uu des orateut*8 les moins curieux. I 1820, je le trouvai au jatdin Mart>œuf, où il montrait uue petite lanterne magique, la garde nationale de la deuxième légion donnait ce jourlà un grand diner de corps à l'occasion de la naissance du duc de Bordeaux; je fus assez heureux pour ouvrir une souscription en faTeur de ce malheureux vieillard, qui vint lui-même au dessert la recueillir dans son chapeau ; il avait les larmes aux yeux , et nous pleurions tous aveclui...

Son pauvre théâtre avait été fermé lors de la grande mesure impériale de 1807 ; il ne pouvait s*en consoler , et je l'ai entendu dire à cette époaue, en parlant de l'empereur : a Cet homme m'a bien trompé; c'est un {»rand coup d'État qu'il vient de faire là.....; nous verrons où cela le conduira. » Attention , jeune France ! . . . .

Prévôt ne fut pas un ilote , un adorateur du pouvoir ; loin de cela , il luttait avec lui autant qu'il lui était possible de le faire; dans la préface d'une de ses pièces que la police consulaire avait voulu défendre , il se roidit , il se tord contre la censure , il prouve que sa pièce est morale ; après les coupures qui furent faites à sa comédie , il écrit à la barbe des consuls : H Yoilà donc ma pièce approuvée, mais coupée/ rognée , sabrée , et réduite de manière qu'il n'y en a pliis du tout. »

« Que faille à cela ? pester tout bas contre ne*

Un belle liberté... >» Ëh ! c^ëtait un vieillard , un pauvre directeur forain , sachant à peine tenir une plume , qui osait dire à Bonaparte consul , au vainqueur de TEgypte et de Marengo : «« Que faiii; à cela? pester tout bas contre notre belle liberté!.... n Au moment où Ton travaillait à recrépir le despotisme, cette petite phrase qui n'a Pair de rien prouvait beaucoup. Honneur au directeur du Théâtre sans prétention ! beaucoup de ses confrères n'en auraient pas dit autant. Prévôt, nos neveux se souviendront de toi! c'est pour cela que j'ai consigné celte anecdote dans mes chroniques des ttiéàtres. Lorsque son spectacle fut fermé , il fit placarder sui* tous les murs de la capitale :

« Les personnes à qui le citoyen Prévôt est redevable de quelque chose peuvent se présenter à la caisse qui sera ouverte tous les jours , depuis midi jusqu'à quatre heures. » On ne voit pas souvent de ces affiches dans Paris. Et mourir malheureux après cela!. .. c'est bien la peine d*étre honnête homme ! Prévôt est mort en 1 825 dans la misère la plus affreuse. Ses ouvrages imprimés sont : F^ictor^ ou C'Enfant de la Foret , ^inité du Dii^orce , V Aimable J^ieiltardy la Mar-chande d^ Amadou y les deux Contrats ^ les Femmes duellistes , le Gras et ie Maigre , la Cranomanie^ ^Retour ^Astrée^ le Jacobin espagnol^ Repentir tl Générosité^ le Falet à trois Maîtres j UtRikotê du Savetier y les Victimes de V Ambition , la ^e/i-

géante inaltendue et un Tour de Carnai*al. Yolci^ld listé aë ses principaux acteurs y qu'il tlaydit tous les décadis ( trois fois par mois ) : DUgy, Rivièl'e , Auguste , Josquin , Leroy, Leflauc, Heiirv, Mëriel, Diuuas, Richard i , blivet, Caliiel et Sale ( fils de l'ancien directeur çles Associés); les dames Prévôt, Laûticr, Emilie , JdSéej etc. Quelques auteurs qui ont obtenu p\\xi tai'd des succès siii* des scènes plus élevées ëiit colnmipncé à soft petit théâtre. Cette satle léstd fermée quelque temps ; mais, vers l'année 1869, elle rouvrit sbiis le nom de Café d'Apollon. Ifcs premières loges furent gaiiiies de glaces; bn plaça dès tables dans le paî-terrè , et tout a f ëntour dé là salle, èl, moyennant lihe bouteille de bière et un petit verre de cacis , oh pouvait J feiitendre cliantèr Une ariette : on y joua même dés petites scènes détachées , ainsi que des pantomimés-arleqùinadesà trois acteurs seiilenient. Cet état de choses dura jusqu'eti 181 5 ou i8t6, époque à laquelle madame daqiii obtint le privilège et le droit d'en faire uiie salle de spectacle ; elle devait, au terme dudit privilège , n'y faire paraître que des danseurs et des sauteurs ; elle pouvait aussi jouer des paiitomimes-arlequinâdes. Madaine Saqui , qui sUntitule première acrobate de France , se renferma d'abord dans son privilège ; puis, empiétant petit à petit sur les droits de rAuibigu et de la Gaîté écs voisins^ elle joua de grandes pautônûmes, cics

comMies , des opéras et des vaudevittes ; I4 révolution de juillet arriva avec ses barricades et ses pavés , la liberté fut proclamée , on en \x$t^ largement.

AaJQui'd'bui la cage de l'ancien théâtre des Associés existe encore , on lit sur la fqçade : ■ Théâtre de ipadame Saqui . dirigé par M. Dor- » say. » Arlequin a changé sa l)attp contre |e couteau de I^obert-Macaire.

Les tour§ de force ont ét^ suppriinés, |e$ danseurs ont changé d'habit 1 oq y joi^e de^ pièces à époques, des drames historiques. Çi^iq* Mars et le président de Tliaii n'y par^issepi plu| sur la corde roide , et le cardinal de Richelieu s y montre sans balancier.

TIÉATRI DES BIllMnilTS MUES,

Construit sur k boulevârt du Temple, entre f liâtel Foulon qui existe encore atijourdlmi , et le Cirque-Olympique^ le théâtre des Bipasse-* ttieats comiques doit sou origine à un comé? dieu* auteur nommé Plamcher , qiiî prît le surnom de Yalcoub, et, plus tard, lors de 1a révolution , se fit appeler Aristide f^akour. Cet auteur a laissé un grand nombre d'ouvroge*

médiocres; il était né à Caen, en ijSi ; et il est mort à Belle ville, le 28 février »8i 5.

Cet hoînme, actif et intelligent, aurait vu prospérer son entreprise, si un incendie, arrivé en 1787, n'eût dévoré la salle et le matériel en quelques heures. On songea bientôt à la relever, et l'on en construisit une nouvelle assez bien décorée , mais longue , étroite et peu commode. Ce théâtre, avant 178g* était, comme tous les petits spectacles, en butteà la jalousie de ses voisins ; ayant porté plainte à M. le lieutenant de police Lenoir, il fut entravé dans ses Sièces et ses acteurs. M. Lenoir rendit une oronnance par laquelle il était enjoint au directeur du théâtre des Délassements comiques de ne représenter à l'avenir que des pantomimes , de n'avoir jamais que trois acteurs en scène , et d'élever une gaze entre eux et le public. A peine cette ordonnance eut-elle été rendue, que la révolution arriva, et que la gaze fut dédûrée par les mains de la Liberté (i).

A partir de ce moment , cette administration eutycomme toutes les autres, le droit de parler, de chanter, de danser même , sans qu'il fût besoin pour elle de faire en aucune manière usage de gaze. Plancher Yalcour a composé beaucoup d'ouvrages de circonstance , tels que le Vous et

(1) Almanach des Spectacles de Diichesnc, année

le Toi, Pourquoi pas? ou le Roturier parvenu y la Discipline républicaine , le Tombeau des Im" posteurs ou l'Inauguration du Temple de la Mérité , Sans-'Culoftide dramatique , dédiée au pape. Les titres de ces pièces me dispensent de citer les époques où elles furent faites et jouées.

En Î792 , ce théâtre passa des niaius de Plancher Valcour dans celles d'un nommé Colon. Sfs acteurs étaient les nommés ; Lebel, d'Hautelive, Larue, Robin, Bome, Fleury, Lallemant. — riomédiennes : les dames Beliavoine, J)ucharmc, Favi, Picliard, Roland, Fleury, etc.;. Les destinées de ce petit spectacle n'étaient pas J>nllaDies ; le grand nombre des théâtres faisait qu'ils se nuisaient les uns les autres, l'anarchie la plus complète régnait dans la plupart de ces eiablissements , où. l'on jouait tous les genres j et où tous les genres étaient mal joués.

Sous les directions de Plancher Valcour, Colon et quelques autres, les théât«es du boulevart, ï^e pouvant se soutenir par leurs ressources, appelaient à leurs secours différents genres de spectacles. J'ai trouvé, dans des journaux du ti*uips, qu'en i-jgi un célèbre physicien, jominé Perrin, y donnait des récréations sem-* Wables à celles de M. Comte. Voici une de ses affiches :

« Aujourd'hui, à six heures et demie, dans la ^^lle des Dé]assements comiques, M. Pé^rrin , pJ'ysicien célèbre, donnera une représentatioa

^ am pv^i^s s i« r encrier uniquement et par'fidiemteixi îmU , qiU fournit à iHftpnté de f* encre rêuge , ài$ue^ verte , likts , etc., etc (il parait que déjà à cette époque on eu faisait voir âo {»lUic de toutes les coukui^s) ; 2*" h grand tour du citron ; 3^ k grand \euv de ki cohmbe fui rapporte une îaguè mise dans un pistolei vériêaètU^ et tiré par une croisée; ^^ t expérience tk kt montre pifée dans un mortier ^ et rètrout^ée aussi àêUe qii auparaiHint y etc. »

La preuve qu il alternait avec les comédiens, c-esc que l'affiche du lendemain annonçait ks Chasseurs et la Laitière , ies FoUesiamourenses. et h Constitution viiiageoise y vaudeville patriotique en deux actes.

Vers 1799) un nommé Deharme et sa femtne, t<ms le$ deux comédiens, prirent la direction des Délassements. La troupe se reforma de nouveau , elle y joua la tragédie , la comédie ^ et ftiéme l'opéra d'une façon satisfaisante.

Un feit que je lie saurais passer sous silence et que je suis heureux de constater ici 9 c'est que* ce théâtre a vu commencer des acteurs qui sont devenus par la suite des sujetçdu premier ordre. . . ' '

Joanni , qui est depuis longtemps une 4^s gloires de notre scène tragique , et qui reçoit au service d'honorables blessures , y puait étant tout jeune tiomn^e et comme amateur. Jfqanni aimait son art avec passion , il était sévère dans

son coiftuni«^ soîgn^tix dans ses râtea; miam^ SUR nom décorait Tafficlie , la petite salle des Oélasscinents était comble. Je l'ai vu jouer Oreste^ Néron, BrikuinieuSf et beaucoup d'autrea rélea dans lesquels il annonçait ce qu'il de-r vaii être plus tard. Il quitta Paris pour aller en province , d'Ou il revint pour entrer au second Théâtre-Français , et de là t«Hr à la Comédie Française la place que son talent lui avait asst-« gnée depuis longtemps. Ce théâtre était asseï saivi ; un nommé Leroy, auti*e amateur, s'y faisait remarquer à cèté de Joanni. Un yiemi comédien Se société, nommé Gobelin, ne manquait pas d'un certain mérite. IJu jeune homme du nom de Yiot chantait avec asseï de goût et de méthode. De jolies femmes , mesdames Pichard , Borvilliers et Lolotte y brillaient aussi ; la dernière surtout était charmante 4ans la Jeune Indienne de Ghampfort ; le costumé sauvage lui allait à merveille. Une ^ragédieni^e, nommée Bosquillon , y tenait Pemplèî de mademoiselle Raiicourt, et la rappelait' quelquefois avec bonheur. . . Quant au directeur Definrme , il jouait un peu de tout , sans être déplacé ^ans rien ; je l'ai vu dans la même soirée jouer j4beij les Fausses Infidélités et Colin du De{»in dit A^j7kge,.. Voilà ce qu'on appelle :

« p4|9$er du grave au doux, du plaisant au sévcre.»

Poiifv, notre ({lancl comique, Vcsiuiya tout jeune Ausai sur cette scène du boulevarc du Temple, Est-ce que je ne Tai pas vu jouer le cocher des /^iW/«i}rfi/ie^?..« 11 était déjà fort plaisant, je voua assure. Nous avions tous prtMit k Potier qu*il serait cométUen , et nous ne noua souanespas trompés, j*espèi*e!,.. Potier était , quant au physique , ce qu'il a ton* joum été ; maigre , pAle , avec des jambes eu fuseau,,,, mais comique des pie<ls à la téte« J*y ai vu Caxot débuter, en arrivant de l^Ile-cU^ France « dans la Laiffèrt prussienne^ petilo coméiiie d'un nommé Gabiot ; tiaaol a lait <lo grands progi es.

Ce théâtre a, dans les temps , donné aussi des ouvrages de ix^action i ce lut lui oui placaixla sur tous les mui^ de Paris cette singulière aiUche, dont on a tant ri dans le ntoude et dans les coulisses i

'i ^htdlre dts DélmstmcnU €0mfqHe.\\ « A u jou rd'iuu 5 veudénùaire an vi de la l'épubliqne, 1h pittmièi^ it'pi'ésentation de ia Soui^eraintté tin JPtupic , comédie , suivie ées Harrenn de ia AJistre! drame terminé par ia Oébae!e^ ))arade mêlée de couplets, »' Si le hasard seul a présidé i\ celte affiche, admiiH)ns le hasard !... Si cVst une plaisanterie faite à plaisir, avouons qu'elle est d'autant plus sanglante que Taulorité n'aurait jamais osé s'en apeix:evoir,

A la dirtH tion de TK^harme succMa, en iRo.^.

celle de Bellavoluey inari de la comédienne que j'ai citée.'

L'acteur Joly , que nous avons vu aux tliéâtrès des Variétés et au Vaudeville , débuta aux Délassements dans un monologue intitulé : Lïi*ro^e tout seul y que j'avais fait exprès pour lui. M. Dupaty, ayant donné à la rue de Chartres Arlequin tout seul , petit cadre destiné 4 faire briller le talent de Laporte , tous les moutons de Panurge , je v«ux dire tous les vaudevillistes, sautèrent le fossé ; on vit alors surgir, sur tous les théâtres de la capitale , des monologues en couplets : Cas sandre totit seul^ Gilles tout seuly Scapin tout seuly Crispin tout seui^ Figaro tout seuly Chérubin tout seuly Colombine toute seule , Lisette toute seuUy Fanehon toute seule, U Soldat tout seul, l'Auteur tout seul , enfin, jusqu'à V Acteur tout seul! ,, qui jouait souvent son rôle tout seul dans la salle.

J^oly eut beaucoup de succès dans ce personnage ; on se rappelle qu'il excellait dans les iviogncs. Cette bleuette , représentée à l'époque où il avait été question d'effectuer une descente en Angleterre , le couplet que voici était toujours 6. jjc.

« Si pour descendre en Angleterre, » Faisant un miracle nonTcau, » Uieu, comme aux beaux jours de la terre, lit. transformer Teuu, '

^ Ep vin p'Mivai

» Lf^ 4p6!4î*» Tf^P* pfinvps mVn crptrc, » Redouteraient un grand échec ; M Car bientôt, à force de boire, h Ghèz'éux on irait à pied sec. »

d'éuit le |ep)|M des gvandes illumii» !. . . d«t K^^f?» a^ glqiré!... ^1 uoui Avions vingt aos !... VQili y 4fl bpQ coiMple, trois gri(nds corné-

Îie^^ sortis clu ibéàtre des Dékis^menta s p^9^î , Potii^f ^X Joly. Plusieurs autres auteurs duipéine thèàite se sont fieût iseina¥c|u^* h Pfi(i4 ^t e^ province.

Le nQtubre prodigieux de saUes de mctacle 9^^ exist^ti^Qt alors dans Paris rendait ce9 sof ^s d'^ploitations très ckancenses : un direcieiir np dMWt pas kDBgtemps. Un acteu^r de VÀmbigUi no)n;né Lebel, voulant à sou tour ^^t^ir du directoriat » ouvrit la saUe qui avait fié fermée pendant deux aos. Gomiiie ses devanciers , il eut été forcé de plier bagage pfomptement » si deux évènennents, asses houreuii pour lui , ne lui avaient fourni les moyens de luUer contre la mauvaise fortane qui piquait lOUJOUra sur l'ancien théâtre. Un jeune homme, un employé qui s'était fait comédien par goût, Saint-GUir, dont le nom de famillo était Desprez , s'engagea chez Lebel.

TéMi, mélodrame de M, Guilbert-Pixérécourt, venait d'obtenir un éclatant succès; mais il faillit être interrompu par suite de la conspiration de George Cadotidal. C'était à l'époque

7' où b ppbce laimt d'activés reckerdkes fmt découvrii* ce (gmnà cenapiratear ; toàt le» lii» miers de la préfecture étaient sur pied. . . Ol*^ datia le drameda.boulevart, Tékéhi proscrit» fugitif, eirant 4e Tillage en village, a trouvé i'iidspiulit^ chez Qn iionnéte uieuniei*. Le garçon cUl moulin , qui a entendu annonce]^ ip'on domie* rait une {raude iécom|>ensë k celiii qlii lirrariÂc le fugitif t pr<^pose à soki maUre de le déilDhcer a la police du pays ; car il sait, Ini^ oâ est Tékih i il a suipris le secret da meunier... A ces thots , le meunier, saisi d'indiguaiion , lui répond t " iVIallif^reut ! c<Hninènt..., tu irais livrer wi » proscrit à la haine de ses ennemis?..; tu vetl- "drais Un lioinmfe sâtis défense?.:, (t) Tu Ile » sais donc pas que le itiétier le :pltts lâche \ iè " pins Vil est celui d'un dénonciateur?..; «• Ici 1<» applaudtsseinents s'étatatt fait entendre datik tonte I|i salle, l'autorîté suspendit la pièce ; uiSis rioteidit ne dnra que quelques jours , on la rejoua, à U charge, je crois^ de supprimer le passage qui avait été cause de la suspensitm. La foule ayatit repris le chemin de TAmbigu, MM. Vares , Satnt-Glair et moi , nous improvisâmes une parodie de Tékéli^ que nous a)^tt*

Saint-€lair, chargé du r6le principal , imitait

i) Mou» a vous tu de ilbs jourë tttt hvttimc \ttL^tt uQef«miQ«.

Tacteur Tautin d'une manière si originale , que c<*tte facétie fit d'abondaiiies recettes et amusa beaucoup.

S.'iint -Clair était un jeune homme très bien élevé , qui ne manquait ni d'esprit ni d*iiistruclion ; il a attaché son nom à plusieurs ouvrages qui réussirent , a été membre des Soupers de Momus, et a laissé des chansons foit piquantes.

Il est mort le 26 avril i8a4 9 cl>^2 son jeune frère, qui était cui-é du village d'Herblay, près de Pontoise. Cette circonstance est touchante : un jeune prêtre, recevant chez lui son fi-ère co* médien , lui donnant les consolations et les secours de la religion, le bénissant avant de lui fermer les yeux... Quelle leçon! puisse-t-elle trouver beaucoup d'imitateurs!... Puissent tous les prêtres ne voir , comme le curé d'Herblay, que des frères dans ceux qui vont mourir, et se souvenir surtout que plus la vie d'un homme a été mondaine et agi tée , plus , a u moment suprême , cet homme a besoin d'indulgence et de prières...

Le tliéâtre des Délassements n'a jamais été constamment heureux; quand, par hasard, il se soutenait quelque temps, c'était toujours un événement inespéré qui prolongeait son existence ou retardaitsa chute.

Maître André , ce fameux perruquier-poète^ dont parle Voltaire dans sa cori*espondance, a, comme on sait, fait une tragédie sur te tremble^

ment de terre de LUbonme^ tragédie qui aTatt eu les honneurs de Timpression, mais qui jamais n'avait éié représentée. Le général Thuringue et lancien acteur ^eaulieu, qui s'étaient associés avec Lebelf conçurent Tidée de mettre en luluière l'œuvre du perruquier, qui certes ne se doutait guère, en 1757, que aoi^ nom et son ouvrage seraient exhuiixés en 1804. Ce poète tra<gique avait été en correspondance avec Voltaire; il lui avait même envoyé, le manuscrit de sa tragédie, en le priant de lui donner son avis. Voltaire, l'ayant lu, le lui renvoya après avoir écrit sur chaque feuillet r fait es des perruques!. , . faites des perruques!.,» faites des perruques!,.. Ce qui fit dire à maître André que M. de Voltaire vieillissait, car il commençait à se répéter. Il n'en dédia pas moins sa tragédie au philosophe de Femey, qu'il appelle son cher confrère.

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