‹ Histoire des petits théâtres de ParisChapitre 5 sur 44 · EPITRE · texte numérisé non relu

EPITRE

A Monsieur Pillastre et célèbre poète MoKsiiOR Dt VOLTAIRE.

« Monsieur et cher confrère >

M C'est un écolier novice dans l'art de la poéhie qui s'hasarde à vous dédier son premier ouvrage, vous ayant toujours reconnu pour un de nos célèbres, par les pompeux ouvrages que

TOUS avez mis et que vous mettez journellement ftu jour. Je me trouverai heureux si vous vouiez bien jeter iin cUn-d'œil sur ce petit ouvrage, en me favorisant dû uipindi*e de vos souvenirs. Je croirais manquer à mon devoir si je n'avouais que je vous reconnais pour mon maître. Si de votre support yous daignez ine favoriser, je me promets que, franc de toute crainte, je publierai •ans cesse vos louanges, et je rendrai témoignage en tous lieux combien je vous suis redevable de ravoir agréé.

» Monsieur et cher confrère, votre très humble et affecttpnné serviteur, » André. »

Les ;*41es de la pièce furent distribués, appris, répétés, et l'affiche des Délassements porta l)ientôt ces mots imprimés en gros caractères : « Aujourd'hui, la première représentation du T/-e/whlement de tert^ de Lisbonne^ tragédie en cinq actes en vers , par inaître André , perruquier, contempoi*ain du grand' Voltaire. » On voit que le charlatanisme des affiches n'est pas nouveau. Cette idée fut heureuse. Pendant trois mois la foule se poita au thëà^'e; la ineill^ure société de Paris fit ie voyage ; les logés étaient louées une semame à l'avance, et les équipages stationnaient tous les soirs, depuis l'entrée du faubourg du ïemple jusqu'à (a rue d'Angoulème. Les vers de maître André ont quelque analogie avec certains vers de notre époque. Prévoyant l'imitation

7^ ' de quelques ppètes modernes , maître André 4 quoiqu'il en dise,, secoue tous les vienx prë«« jugps littéraires, il néglige la césure, s'affnin* dût de riiéuiisticLè v ^t saute à pieds joiiits par des&us l'iiiattis.

Que de hardiesse dans ces vers!...

« Mon plus grand dë4r et^ . . ma plus grande ambition^

* N'est que lie pariag^ravec vous veootidon. » SiizPlfp, TÎtement, prèle moi un couteau,

* Oô Venrtne/rauni\u\ • . sera beaucoup |>lu8 Deaù(i),

T(nis sdnt de là même fotce.

Après le sucfrès, dont la durée fut longiie; te t])éatre retomba dans son atonie accoutumée; Beauiieu quitta le boulevart du Temple podr se iaire directeur du théâtre de la Cité, oui d'eyait devenir son tombeau , et le général Tniiringue passa en Russie, où il mourut^ à ce qù'bn a alt^ d'une manière funeste.

Ce spectacle, qui ne faisait qu'ouvrir et fermet, resta inoccupé pendant une année. Vers \So5\ un spéculateur nommé Ânicet Lapôtre obtint tft permission de l'exploiter. M. Làpôtre fît refaite et décorer la salle à neuf, engagea de nouvi&àut

(1) Cettiî tragédie, iouëe pour ]a î^remi^re fois cri '8ô4, sur le tlWâtre dos D^lasseineiits, yiedlid^étre reprise sur celui Hi^s Foljes-Dramatiques; je fais des ^œux pour que beaucoup d'buvràf^es du llicâtrè moïWne aient danè ttcntc àhs le incme liohriedr, fanais j'en doute.

Acteurs, et grâce à son activité et à de grands sacrifices pécuniaires, redonna la vie à un théâtre 3ui ayait subi si longtemps les mauvaises chances e la fortune.

Un fait à constater, c'est que ce théâtre était en pleine prospérité lorsque le décret impérial, qui en supprimait vingt-cinq d'un coup, vint frapper M. Lapôtre , lequel ne reçut aucune indemnité pour tous les sacrifices qu'il avait faits. .

J'ai déjà dit que j'avais toujours trouvé le ciécretde 180*7 injuste et brutal; en supposant que dans l'intérêt de l'art il ait été jugé nécessaire de réduire le nombre des théâtres à Paris, on pouvait s'y pivndre d'une manière plus douce et plus paternelle : par exemple , n'eût-il pas été plus convenable de dire qu'au fur et à mesure qu'un théâtre fermerait par suite de mauvaises afiaires , ce théâtre ne serait jamais rouvert ? Or, plusieurs d'entre eux n'étaient point 4ans ce cas, et notamment celui des Notweauv* Troubadours. M. Anicet Lapôtre avait payé jusque-là avec une scrupuleuse exactitude ses comédiens et ses fournisseurs. Ce directeur tenait un train de maison très confortable: il aimait les gens de lettres, et il était rare qu'il n'en eût pas toujours quelques uns à sa table : on y trouvait toujours plusieui*s artistes distingués. Des auteurs, qui ont depuis obtenu de légitimes succès sur des scènes plus dignes, ont commencé sur

ceik des anciens Délassements comiaurs. Se ne pense pas qu'aucun de ces hommes ae lettres répudie jamais son berceau?... M, Sewrin, qui y fit jouer le Jaloux Malade^ et les Ttoups et les Brebisy n'en est pas moins aujourd'hui l'auteur de la Fête du Village voisin y de l'Homme sans Façon y et deux cents autres pièces charmantes qui ont fait sa réputation. La Mère Camus y vaudeville giîvois de M. Rougemont, Ta-t-il empêclié de faire la tragédie de Marcel, et les drames de la Vaubalière et de Léon ?, . . M. Dumei^an , en composant une parade intitulée : Gilles dans un Potiron, en est-il moins un homme de lettres spirituel et un numismate distingué ?. . . . Servières, mort référendaire de la cour des Comptes, y a fait représenter : Y a de VOgnon^ vaudeville poissard ; et Servières n'en composa pas moins, plus tard, Madame Scarron, Tune des plus jolies galeries du théâtre MontansJer« M. Simonnin , avecqui j'ai collaboré dans ma jeunesse, la Belle (tiu Cheveux d'or, et Gracieuse et Percinety a obtenu depuis des succès plus solides. Enfin Désangiers...., notre Désaugiers à nous!.... est-ce qu'il n'a pas donné toutes ses premières pièces aux théâtres des Jeunes Artistes et delà rue du Bac? Encore une fois, soyons reconnaissants envers les théâtres qui nous ont ouvert leurs portes les premiers, et redisons à ceux qu'un amourpropre ridicule ou une fausse honte porterait à renier leur origine dramatique : « Se soyef

» {)as plus fiers que Lesagc et Piron , qui n*0Qt » point rougi de travailler pour lafoireSaiat-Ger- » main et laïoirê Saint-Laurent. » ^

Après sa lerineture, ce théâtre a été âémoli, mais le vestibule a servi souvent à montrer des animaux savants, des nains, des géants; j'y ai vu encore, il y a quelques années, un salon de figures en cire. Aujourd'hui la façade seule existe encore, et le théâtre de mes premiers e^ais se trouvé placé entre un épicier et unmarcliand de vin... d vanité des vanités !..

TlIDATBi: Di: liAzZARI.

En ij^ij, iin sieur Téssier, voulant spéculer sut les élèves du Conservatoire de l'Acadé-' mie aë iiiusique , fit construire une petite salle de spectacle sur le boulçvart du Teriiple, vis à vis (a rue Chariot , qu'il destina aux élèves de la danse à TUpéra. Cette salk était asse;^ agréa* ble; quatre-vingts élèves, garçons et filles, en étaîet:t les acteurs et les actrices.

jLà JérusulciM dclnnée , grande pa^tominie à ^lectacle, fut jouée pour l'ouveriurê, et attira beaucoup de monde.

« Un sieiir Paiisot fut ensuite le directeui* de » ce théâtre , qui néanmoins n*eut point de » succès , lualgié l'hontieur qui lui vint a'? re- » cjevoir le fameux Paul Jones. Cet envoyé des » Etats-Unis , étant à Paris en 1 780 , alla rece* » voir les applaudissements des Parisiens dan^ » presque tous les grands théâtres. IVe voulant » pas manquer une novation, il est alU,, le » 1 8 mai, aux Élèues de V Opéra» Comme le pu- » blic en avait été prévenu , une foule immensç » s'était rendue pour le regarder entrer. Le » sieur Parisot , voyant une recette assurée par » la présence d'un des dmis de Washington et » de Lafayette , avait imaginé de suspendre en » 1 air une couronne qui ', par une poulie , de-i » Tait se glisser au dessus de la tête du héros » américain , et puis redescendre s'y placer, » Heureusement que M. Jones Paul , prévenu " à temps de cette tui*pitude , a supplié hum- » blement le directeur courtisau qu elle n'edt » point lieu... On a joué le Siège de Gren^d^^ " pantomime dans laquelle le sieur Parisot » remplissait le rôle du comle d'Estaing; aprè$ » avoir été applaudi ^ le chef d'escadi;e , Pari- " sol, est venu à la fin du spectacle, dans sou " babit de théâtre, avec deux bougies à la maiu, " recoud uire Paul Jones à son carrosse... . ,

• Malgré cette illustre visite , le sieur Parisot » ne resta pas lonj^temps en possession de son » théâtre j comme il lie payait ni les entiepté-

N neurs y ni lc$ comédiens , ni les auteurs , un » ordre da roi pi*escrivit ». en septembre de la » même année, la clôture des Élèi^es de V Opéra ; M c'était bien la peine d*avoir fait préparer une » couronne à M. l'envoyé des États-Unis, pour » qu'un ordre du roi vînt enjoindre à M. le » cùmte d'Estaing , Parisot , de refermer bou- M tique!...

» Ce théâtre se releva pendant la révolution,* » et lorsque celui des Yariétés amusantes fut » érigé en Théâtre-Français , il en prit le lin tre... (0 9^ ^^ Italien, nommé Lazzari , eu devint le directeur et y jouait le rôle d'arlequin avec un talent et une légèreté remarquables; c'était surtout dans les tours d'adresse , les métamorphoses , les changements à vue qu'il excellait : je me rappelle m'y être beaucoup amusé dans mon enfance.

• Lazzari étonnait dans Ariston , V Amour puni par Vénus^ V Esprit follet ^ la 'tartane de T^eniscj le Diahle^a^Quatre y canevas qu'il composant lui-même.

Vers 1 792, ce petit spectacle était très suivi ; on y comptait quelques acteurs qui n'étaient point sans talent. D'abord : Lazzari , Clairville , Saint-Albin, Piquant, Ducerre, Lédo* Les dames Saivret , Fleuri , Richard , Lebon , Mau« cassin, Fanni, etc.. Un homme de lettres, nommé Gassier, en était le régisseur.

(1) J^Iemoires de BacliaUmont*

Les pièces qu'on y représentait n'étaient ni sans esprit , ni sans moralité. . Des autears qui plus tard ont obtenu des succès plus légitimes, ont commencé aux Yariétës amusantes. Lebrun Tossa y donna la Cabale , l'A" potcur y les Rii^aux amis ; Saînt-Firmin , la Jeune Esclave; Grétry, neveu du compositeur, la Noblesse au F'i liage ;J)esr\auXy Y Ombref de J**J. Rousseau ; Gassier , Gilfes , toujours Gil'^ les, et la Liberté des Nègres; Guillemain , la Petite Goutte des Halles , vaudeville poissard. Des ballets et des pantomimes variaient le spectacle.

Un nommé Saint-Albîn , que j'ai cité plus liant, a été bien malheureux ; vous avez pu le voir il y a encore quelques années ,* vieux, pauvre, souffrant , portant une longue barbe , de* . mandant Taumône sur le boulevart Saint-Denis; ce malheureux vieillard n'osait pas avouer la profession qu'il avait exercée; il ne le disait ^u'à quelques personnes intimes^ En vérité, il est affligeant de voir des artistes traîner ainsi une existence malheureuse après avoir joui de quelque réputation ; n'y aurait-il aucun moyen de fonder une caisse d'f^pargne et de prévoyance pour les vieux comédiens dont

1* carrière aurait été bornée? Les acteurs

qui ne gagnent pas mille écus par an sont plus nombreux que ceux qui touchent de fP'os appointements. Quoi , les maçons , les

ctmrpebitiers , les couvreurs , pi-esquë tous les corps, d'états forment entre eux qes associations!... et des artistes ne s'entendront point pour faire ce que font de pauvres ouvriers!... Espérons que cela viendra!

Le théâtre (le LazzaVi siibsista jusqu'ep 1798, pu le 3i mai a neuf heures du soir, il devint la proie des flauiines.

. On a pensé qu'une pluie de feu, exécutée dans la dernière scène du Festin de Pierre^ que Ton jouait le hièuie soir, avait pu être la cause dé l'embrasement de cette salle.

La méchanceté fit, comme c'est l'usage, courir des Druils calomnieux sur le compté . du pauvre Laz/ari , attendu qiie le théâtre n'était pas alors dans un état de prospérité; niais l'opif nion publique en fit justice. Lazzaii était généralement estimé , et tout le inondé s'intéressa à liii : le malheureux directeur, ruiné par ce^siaistre , se brûla la cervelle, dit-on , quelque temps après...

Le propriétaire de cet établissement^ inoins chanceux que beaucoup d'autres ,. essaya de rouvrir son spectacle , mais un privilège lui fut toujours refusé.

La façade qui existait il y a quelques mois, et sur laquelle on lisait encore : Fariétcs çtnwsantés , vient d'être abattue ! hne maison de sî^ étages va remplacer lu théâtre où Arlequin ifaisait ses métamoiphoses , et où Paul Jones j en-

Toyp de; ]a république américaine , faillit rece-

Toir uiie coufonne sur la tête. ' "

Les animaux ont toujours eu le privilège de nourm rhomme et de l'amuser. Pauvres bê- ^I-. Ce ii'^est pp assez que le chien aille à la chasse, qti'ii garde )e foyer domestique, il f^ut eocorç qu'il sache jouer aux cartes ou aux do^ minos. On arrache le singe à ses forêts pour I*i)abilier en soidat, lui commander l'exercice ûu le faire cUmseï* sur la corde. Lorsque l'animal le pins modeste, le plus laborieux , l'àne, à porté à la halle les provisions de la semaine , ^^ madire cupide ne rougit pas de le caparaçonner et de lui apprendre à désigner la personne la plus amoureuse de la société ; le serin, qui nous cbavmf^ par son ramage , est quelquotois obligé , pour avoir un graiii de mil ou un ûrin de mouron , de s'afteler à un petit carjosse, ou de faire le »nort. Les pigeons sont fecieurs de la gv^ude poste , en attendant qu'ils ^enf mif à la crapaudine...

?HHe8 bqiç^ï..'. \es^ k^m^es^ «?»« vost^-

raw..., vos bourreaux!*.. Vous êtes bleu bons de ne pas vous révolter!. .. A votre place 9 je demanderais une charte!... Mais noo , je ne vous le conseille pas ; les grenouilles se souviennent encore de ce qui leur en a coûté pour avoir demandé un roi:...

Puisque tant d'animaux ont brillé par l'intelligence, le cheval ne pouvait pas, lui, le. plus beau , le plus noble de tous , rester en arrière dans le mouvement intellectuel qui s'est aussi opéré panni les bétes.

Le cheval, cette belle conquête que l'homme a Êdte , le cheval devait jouer un grand rôle parmi les animaux devenus comédiens; aussi c'est avec orgueil , avec reconnaissance , que je consacre un chapitre à ces acteurs quadrupèdes : acteurs modestes qui , pour appointements, demandent un picotin d'avoine, pour scène un manège, pour costume une selle, pour feux deux ou trois morceaux de sucre | et pour souffleur un fouet de poste.

Le manège de Franconi existait bien avant le Directoire; quelques années avant la révolution ; un Anglais , nommé Astley, avait importé en France ce genre de spectacle.

Franconi père sucd|da à Astley au faubourg du Temple, où un manège avait été coastruit. Dans l'origine , ce spectacle consistait seulement en des exercices d'équitation, des tours

de soaplesseï et de petites parades à deux interlocuteurs.

Peu à peu ce genre prit de Pextexision ; un théâtre ayant été bâti dans le manège , on y joua des pantomimes. Quelques unes de celles qui avaient été représentées sur la scène de la Cité furent remises : la Mort de Tarenne , le Damoisel et la Bergereîte , la FUle hussard^ ou U Sergent suédois , etc. \ etc.

Franconi père quitta pour un temps son local du faubourg du Temple, et fit bâtir un nouveau manège sur l'emplacement de l'an* cijen couvent des Capucines ; il y Ot de brillantes affaires , et céda son établissement à ses enfantSi Laurent et Minette Franconi, qui allèrent l'exploiter à Mont-Thabor. De la , la véritable or^ine du théâtre du Cirque^Olympiqite y dirigé longtemps par les deux frères , et abandonné par eux depuis dix ans.

Ce fut dans les derniers jours de décembre de Tannée ^807 que Franconi père, ayant cessé d'être propriétaire et directeur, confia une belle entreprise , qu*il avait fondée lui-même, â ses deux fils. Les deux troupes d'écuyers, après avoir été séparées un moment, reparurent ensemble au Mont-Thabor. On y joua une pantomime de Guvelier , appelé la Lanterne de Dio-

ène. Le titre seul suffit pour indiquer le sujet

e cet ouvrage, t Diogène cherche un homme et n'en trouve

>oint. C'est en vain qiiç ron mpQtrç ^ses

yeux les liéros de chaque siècle , il ne ^uF- » île sa lumière et cpntinue sa reclferclie. Epfin » le buste du héros français paraît entouré de » tous les braves compagnons de sd^ gloire , et » des trophées indiquent ses victoires ; alors M notre philosophe étonné éteint sop flambeau » en s'écriant: JeVaitroui^é. » On juge de l'effet que devait produire une pareille allégorie en 1807!...

Les frètes Franconi ne jouèrent pas loi^g-: temps (i) dans le quartier des Capucines; comme on commençait a y bâtir beaucoup , ils firent faire des réparations et des agrandissoments a leur Cirque du faubourg du Ten^plcj et y retournèrent le 8 noveinbre 1800.

C'est de cette époque que date l'ère de gloire daiis laquelle marchera cette grande entreprise. MM. Franconi peuvent passer , à juste titre, pour les plus habiles éçuyers qui 3e soient yus ; lis sont parvenus , à force d'adresse et de patience , à faire faire à leurs çheyaux des choses dont beaucoup d'hommes seraient incapables.

(1) Le a janvier 1817, M. Comte , le physicien , roavrit la salle du Mont-Thabor ; mais la direction eut à ]>riQe un mois d''existence. Il avait obtenu Fautorisafion' de jouer de^ pièces à tableaux, sous la condition que les acteurs seraient sépares du public par une gaze, et que dans les entr'*actcs il ferait des experientes ^e physique.

eeé aètëiirS â c|uàtre hleâs ont brillé juf brè^-^ que tous les théâtres ae Paris ;^ à la Porte-Saiût- MârtiH^ à Loiivois, â là Cité, auk Victrnres tiaticmàlès; voii*e xHêiilb â FAcâdemle iiiipéridiô eti-dyâlc de ititisiqne. Le T^riômphc de Trajàk les M viiè orhèr le char du grand empereur , tt ta BèWe atï bois dormant , après avoir dormi ceiit ans, s'est éveillée pour ké voiir traînée par eux âti palais dé son royal amant.

. Ciivélier , ce pantomime îfécond , original ^ Cuvëlier , la providence des iimets , qui aurait pu fonder un théâtre pour les élèves de labbe oicard, composa plus de cinquante ouvrages pour le Cirque-Ô. ympique.

La Femme magnanime ; Frédé^onde rt Ifrtt-* nehàiu ^ Richard'*^ œur^de^Lion ^ te Renéffaî ^ les Français dans ia Corrogne , /a Mort de Kté^ her^ cette de Poniaiùivski , Gérard de Pfeuers êi ia Bttie Euriant y Mazzeppa^ etc. , etc. , dbtlti*^ rent des succès longs ei pix)dactifs.

Bans tes canevas dranialisés, lès frères rabconi prouvèrent ([u'iU étaient aussi bous mimes Qu'habiles écuyers. Le jeu brillant et pathëlique de madame Minelle Francpni» coDtrihua puissamment à l'effet oue proaiiisaient ces mîmôdràmes. î)oiicé d'une figure aussi belle qu'expressive , il était impossible de fttiiiieir avet pliiS de grâce , dé force et Ae gentiment; comme ses gestes disaient tout ce qu'elle

rQveai% Dans l ÉUpliànt du Roi de $tâi^ 1 MAÎ. Ferdinan.d Lalooé et Lcopold oiif lait tjpiire ^ Kiouny dç véritables prodiges. Kiounj distribuait des fleurs aiix dairies^ Kîdiihy rendait liommagè àiix liianes du souverain dëfuutj Kiouny protégeait le roi légitime contre l'ùsurpateujr , le délivrait de sa prison , et , véritable Ëiondel , le faisait couronner à Siam , comme autrefois. Jeanne d*Arc avait fait sacrer Charles VlI à Reims. La scène du banquet royal , et là gavotte dansée par &.iouny , excitèrent Fâdmiration de la multitude.

Je ii'qublierài pas H. Martin dans sa for^pt ierge, forêt dont les arbres ëtaieiit de ierlanc, forêt close , non par des liiurs , des l^aiës ylve$ , des sàiils-de-loup , mais avec de bons

treillages, bien serrés , à petites maillés, par ordonnance du préfet de police , qui a dû s'inf terppser entre les ouis et les spectateurs. ,Voye^vous M. Martin , noiiveaii t)ariiel dans la fossé aux lions , Jouant aii nsiturel un rôle de chasseur avec des acteurs riâturçls , des tigres ,, dçs iiyènes , des panthères , et autres aitistes de la même espèce.

Ah ! si l'on avait dit, il y a cinquante ans, au comparse qui revêtait, ta peau de Tours des Deux Chasseurs (ou Jeu Do^inville était si drôle), si l'on avait dit aux figurants chargés des deux trains du cbàmeau dans la Carai^ane du Caire ; <t Un jour, on se pa;iseià au taeatrë

je comparses et de iQgurants pour tenir remploi dés petes.....^ un jour on rira en voyant pen« dui dans î|n coin du magasin voire peau (toufSy votre tâi de uon^ vos pieds d'éléphant, v0s bosseê de chameau , vos cornes de cerj,,,,,^ ». figurantf et compârsesauraient répondu avecmdignation t

tt Qui donc nous remplacera? — Qui vous

rempkcerâ? desbétes! — Des bêtes?

— Oui, des bêtes! ,*,.— Jamais! .... }amais !....»

eussent répondu comparses et figurants Eb

bien! le règne des bêtès est yenû.... J'ai pettr qu'il soit long, car leur intelligence confond celle

de beaucoup d'hommes qui se croyaient des gens

dWi-it.

Dans là liuit du i5 au i6 mars 1826, un in-^ cendie dont rien iie put arrêter les effets détruisit là salle et lelhéâtre. Dès le 17 et le 18, les théâti-es de Madame et de l'Ambigu, donnèrent des teprésetitâtions au fcénéfîcé de MM. Franconij cet exemple hononible fut suivi par tous les autres spectacles de Paris et des principales îillesde France j iridépèhdammentd^ cela, des souscriptions furent ouvertes , et Ton s'empressa de veniir au secours du directeur, ainsi ^ue deâ acteurs et des eiuployés. Le roi , les

friuces et les princesses du sang ^ le miuistre de iûlérieur, celui de la inaison dû roi , le préfet de la Seine^ leur biit alloué des soiiimes qui | réunies au liiontant des repréâeiitations et des souscriptions y les mirent à même de réparer

le désastre dont ils ayaient été ylctimes. Ils ont de plus obtenu du ministre de l'intériei^ un nouTeau privilège de dix ans, avec l'autorisatiom de faire coustniire une salle nouvelle sur un emplacement très favorable , boulevart du Temple, entre Thôtel Foulon et l'ancien Ambigu.

Alors les frères Franconi mirent leur entre*

Erise en actions; MM. Ferdinand Laloue, Yilin de Satnt-Hilaire et Adolphe Franconi furent chargés des destinées de la nouvelle aîdministration.

Le 3i mars 1827, le nouveau Cirque fut ouvert ; une pièce en trois actes , le Palais , la Guinguette et le Champ de bataille ^ Jndi« quait assez par sou titre que le genre de ce spectacle se composerait du genre héroïque, du tableaux populaires et des scènes dç batailles. De nouveaux comédiens vinrent ei| aide aux anciens ; d'abord Francisque , vieil acteur qui avait eu quelques succès au théâtre de la Cité ; Demouy, qui avait débnt^ à la Coaiédic-Française ; Edouard et Chéri, ,Thibouvilte , Signol ; mesdames d'IIautel « Caroline de Larue, Yalmont , Gratienne, Tigée et mademoiselle Millet, cette belle et grande personne qui avait débuté toute jeune au théâtre de la Gaîté, et qui chantait ce couplet du

Marquis de CaraiaSy que le ganrin et la giiteite ont su par cœur :

« Vous soaTient-îl d'une prairie,

» On nos roodtons alluient paissant?

». Petite fille assez jolie

» Avec vous les gardait soiirent.

> CVlaît moi qui voulais vous plaire,

» Vous retrouvant dans ces cantons,

» Je suis la petite bergère

« Qui s^en revient é ses moutons.»

La petite bergère avait depuis abandonné houlette et moutons pour porter le casque du dragon ou le bonnet du grenadier. Mademoiselle Millot a brillé dans beaucoup de mimodrames ; nous l'ayons vue souvent en vivandière, versant la goutte aux vieux soldats, et les suivant à Mos- <^u , à Vienne, à Berlin , comme dit la chanson deBérenger.. . Nous Tavons vue dans les insurrections populaires («du Cirque-Olympique) ■nontée sur l'affût d'un canon, chantant la Mar» t^Ume et la CarmagnoU; elle était si belle sous le costume d'une femme du peuple , que nous serions volontiers devenu révolutionnaire avec die.

Le Cirque-Olympique n'est pas im spectacle comme les autres, c'est une exception, une exentricitc; sous ce rapport, je pense qu'il devait être

encouragé.

pour le peuple ; on y représentai des âcènei de gladiateurs, je voudrais voir construire à Paris une salle contenant dix mille personnes, une scène vaste en proportion *> mais où. Ton ne représenterait que aes sujets nationaux } ce serait une espèce de lycée où k peuple irait faire son cours d histoire.

A la révolution de juillet , M. Ferdinand Laloue avait bien coihprls réjroquie; aussi à-t> elle été la plus brillante entre toutes celles que ce genre a traversées. Ondoit l'avouer^ janiais spectacle piusgrand, plus beau, plus national n'avait été offert au public .^ La prise d^ la Bastide^CEm* pereur et ies Lent-Jours^ les Polonais^ iHoiftmH du Siècle..,,^ ont surpassé en décors^ entt^agniiiceuce, en mise en scène^ tout ce que l'on avait vu jusqu'alors. Ces ouvrages ont re^s^cité le grand homme,. ils nous l'ont montré à Brièiln<î) au pont d'Arcole; tious avons feilti le voii^^sauter rue Sâint-Nlcaise; nous Taybns ^pivi en.Egypte^ à Marengo, à Wagram, à ÀusterlitZi à Moscou s nous l'avons retrouvé à ChamprÂubert ^ auî buttes Saint-Cbaumont ). nous l'avons escprlé à Fontainebleau , à l'ile d'Ëlbe , à Sainte-Hë-> lène ; nous avons assisté à ses funérailles, à son apothéose ; nous ne l'avons quitté que dans le ciel...

Le Cirque- 01 ymj}ique nous a salures 3é gloire.... eloufies sous les lauriei^s..., Piiis on

de

peuple battait des mains ; il était ivre de $/çxa empereur, cfi paiiyre çQf^ple» qm lu» avait dopné pour faire des bulletins toul son or et tout $o^ sang ; partout où l'on inontrait l'|ioinine d\x des- ^^ h Reupie çqail: : Encpi;QÎ çpcorç... toujours!

tOWO}tff...

En 1812, Napoléon était loin 4^ prévojr qu'il spjraif app^i^éosé vipgl; an9 pltts tar4 >uv presgi}e to^s le« tbéatrea de eoix ancien e»n«-

pire.

^ Tapogée de sa glpir«, en i@o8, on avait mqi^é qç le ipettre en scè»^ aiix Jeux-Gyinni- !i°f!(0> 4a;^$ un tableau militaire de U. Hapdé, intitulé ; le Passage du Mont'Snini-jRernard-Vii acteur, ^^pmmé Cbevaliér, avait endossé la ça*pote grise et le c^iapeau du petit caporal. l»e succès fy(t éclatant, prociigieux; pendant quatre inois, la salle fut cooible, o« croyait que cela ne Goirait jamais. Ou a dit, à cette époque, que le vainqueur de Tltaiie avait assisté , dans uije peUte l^Q^ gnllée, à l'une des représentatioos de cet oi^vrage.... Si cela est vrai , Napoléon a du être satisfait de l'accueil qu'il recevait par procuration ; l'enthousiasme que produisait cette grande figure, quand elle apparaissait sur le sommet glacé du Saint<-Bernard , ne peut se

CO Salle àfi la ^orto^Saiot-Manin.

décrire. 11 faut avoir vu cela pour s'en faire une idée....

Après la révolution de juillet , Napoléon parut reconquérir un moment sa popularité; OQ aurait dit que le prestige dont ce nom avait été environné voulait comme se réveiller... Alors, directeurs et auteurs se mirent en tête de ressusciter le grand homme ; on le tira de son tombeau de Sainte-Hélène, on le montra de nouveau à la foule, avec sa pose silencieuse, méditative... avec son front découvert , son regard d'aigle... il semblait dire : Qu'est-ce que ce bruit?.... ces pavés ? . . . . ces barricades ?...'. la France est-elle donc encore menacée ?. . . . Qu'on me donne une épée ! Oh ! rendez-moi mon épée du pont d' Aréole. ... Et ma garde, où est-elle ?. . . . Mais le peuple lui disait : Non. . . , tu ne peux plus rien faire pour moi..., ton rôle est fini pour la France...; mais tu as été si grand acteur, que nous voulons te voir encore. . . , t'applaudir encore , te dire un dernier adieu.

Alors, nous avons vu les empereurs surgir de tous les côtés... J'aurais peine à vous en dire le nombre!.... L'acteur Chevalier a été empereur aux jeux gymniques; Frédéric-Lèmaitre, empereur à rOdéon ; Gazot, empereur aux Variétés; Génot , empereur â TOpéra-Comique ; Gobert, empereur à la Porte-Saint-Martin; Béranger, empereur au Vaudeville; Joseph, empereur à la Gaité; Franeisqne; empereur à T Ambigu;

Edmond , empereur chez Francoui ; le petit Isidor, eiupereur chez M. Comte; enfin, notrefoUe à nous, nos amours, Virginie Déjazet, a été aussi empereur aux Nouveautés et au Palais-Royal. Notez que je ne vous parle pas des empereurs de Belle ville, de Montmartre, du Mont-Parnasse, de Bobino, ni de ceux des arrondissements de Sceaux et de Saint-Denis.

Dans cette recrudescence de napoléonisme, on négligeait Temptoi des Trial, des 6runet,des Potier; on demandait aux correspondants des théâtres, des figures graves, des frpnts découverts. Bon nombre de., comédiens oubliaient Tancien répertoire pour apprendre le petit^caporal à Brienne , Bonaparte à . l^oidon , Napoléon en Egypte , etc. Gobert marchait sur le boulevart les deux mains demère le dos ; lorsque Francisque vous disait bonjour, sa parole était brève et saccadée ; Frédéric-Leniaiti*e se passait gravement la main sur le front... Edmond ne prenait plus de tabac que dans la poche de son gilet qu'il avait Csût doubler en cuir! . . . Cazot même. . . le bon Cazot tirait auelquefois Toreille du costumier, comme Napoléon faisait quand il était satisfait d'im de ses généraux. Enfin nous étions partout encombrés d'empereurs , partout des

Eands hommes au théâtre et des nains dans monde.

Eh biçn ! ce que le Cirque a fait pour «Napoléon, ne pourrait-il le faire pour tout ce qui se-

ra^t i^^\Ae et ^apd ?. . . Nos fastes ^ont intarissa-

bue, m^is ^U^bli sur une plus graacle échelle. ^^Ibe^re^^emeut, cptte entreprise âvi^a toujours 4e la peji^e àse soutenir par ses ^çules rêssoiirccs. Sonbudget ressemble aux nôtres, \\ es^éiipvuie...;

Souf y pvQçJHirede J'efiet , il faut ceiit personnes ^ jips le ÇirqH^ : ajoutez à ceU trente cheyç^vix à pourrir, ^es écuyers à payer, des décoraiions lirillantes, àes costupies éblouif^ants..,. Vous yeryez gtj'il pt ^pipossible que Ip^ rèpe^t<çi^ sjiffiiJei^t à qp luxe pareil. tJn succès, \^\ gr^na qu'il §Qit, ne couvrirait jamais les depqpçes; ensuite pfi ï^e peuj; guère espérer dans Vannée <|uVof ij^èc^e à YQgup extraordinaire. Çh j^iep ï a* VQiis en Miontè^ aeux qui n'attirent pa§ la foule, vous perdez ce que vous aurez gagné ; c'est donc , à XX}Qn ^vis , une exploitation Ibrt difficile à ?outepir. he Gif que-Olympique, jfefipé depuis plusieurs mois, vient de rpuvrir. Le ministre de l'intérieur 4 donné à M. Dejean, propriétaire de la salle, le privilège du théâtre, privilège quidjirera jusqu^au 3i décembre 1 85o. Cette autorisation est personnelle à M. I]|ejean, et il ne peut la céd^r. Les pièces qu'il fer^ représenter, dit le piiviiege, pourront être en un, deux, trois ou quatre actes, ^t mêlées ou non de cbani;; mais sous la condition expresse que des exercices équestre?

entreront toujours dans l'action des ouvrages, inêjne.desu.vaudeyllles9 et que les reprcsenU*. tiens théâtrales devront toujours être précédées ou suivies de manœuvres de cavalerie et d'exercices ilë liiâin%6. M. DéjeaU jdult^ ëit oatte, du bénéfice de la décision ministérielle du 26 mai i835, qui accorde au directeur du Cirque-Olyinpique 1 dutôrisatidh dé donnel* aux Olifilhbs-Blvsées des exercices de chevaux et des Stenes aC cavalerie.

Ge privilège assez étcndtt peut {hûmlr au di-^ recicur-propriétaire des môyenë d'Uilli^e^ nd théiUfe cjui A coûté des sommée itniiiènses à bâtir ', nous félicitons Tautorité de àbh bdn-voM loir, et noua faisons des vteux pour c}tlfe cet établissement , aussi utile qu'iutéressant , ttibmpll^ des obstacles que son grandiose et ses dépieuseà nécessitent. L'existence de plus de cent personnes s'y trouvant attathée, il serait liialheu^ reux de ne pAs le vdîl- prospérer..;. M. Perdit nand Laloue reste chargé de la mise eu scène; la direction du manège est confiée à M. Adolphe Francotii.

Allons , courage, mon vieux Cîrque-Olymplque; tu penx avoir encore de brillantes dësli-înées... ÉtuyeH, aiî manège!,., acteurs, sut* voà planches! . . . Clrque-Olympiquè, que le^ hbnmieà et les chevaux te soient en aide! . . .

. Voici un tbëàtre qui a vécu ce que vwent les roses ^ r espace tCun matin! Deux ans et trois mois ont suffi pour le voir naître, vivre et mourir. C'est encore uu exemple de l'abus des privilèges, disait un chroniqueur (i).

Il était assez difficile, à cette époque, d'obtenir l'autorisation d'ouvrir un théâtre ; il lallut donc u'une protection vînt se placer entre le décret l'empereur Napoléon et les minisires du roi Louis XVIII.

. M. le baron Taylor, aitiste distingué, homme aimable et obligeant, ne demeura pas étranger à l'obtention du nouveau privilège accorde à M. Allaux IVmé.

. Une fois le privilège obtenu, on se mit en construction , et l'on édifia sur un teirain situé boulevart du Temple, à côté de l'ancienne salle de I<azzari. M. Langlois devint le directeur de ce nouveau spectacle; la régie générale et la mise en scène furent confiées à M, Solomé, comédien

(i) Alnuma^h > lies Spectacles, anncc 182a, chez Barl)a.

estimable qui avait déjà donne des preuyf^â^ntelligence et de capacité en matière de tLd^tre. M, Y éron Delacroix était second régisseto**

Cet établissement, tout minime qu'il i'é^^lait devoir être alors , n'en ouvrit pas moins ^us les plus heureux auspices; je n'en .donùfe^ pour preuve que son comité de lecture ^xiomposé de MM. Charles Nodier, Taylor, Merville , Gosse , DecaiUeux , Delatouche , Jal et Bert : voilà donc la peinture, la poésie, le journalisme venant en aide à un tout petit sp(?çiacle des boule varts? Je partage tout à fait V^th^ du chroniqueur, quand il dit : « Qu'il ne failf pas laisser M ouvrir nn spectacle en lui imposaàat des obli"* » gâtions trop sévères ; un privilège accordé avec » de trop fortes restrictions nié*" semble un M homme à qui l'on dirait : Je 'vous permets » d'ouvrir un magasin, à condition que vous » n'y vendrez que la marc!iand).^e qu'il me plaira » de vous y laisser vendre, * eu tien : Je vous » permets de vous ruiner. .

» On avait accordé au théâtre du Panoramau Dramatique le droit de jouer des drames, des » comédies et des vaudevilles, à condition que » Ton ne mettrait jamais que deux acteurs en » scène ; on juge comme cela pouvait tourner » au profit de l'art ? Empêchez, encore une fois, » qu'on ouvre de nouveaux théâtres , si vous » jugez que le nombre en doive être restreint , »s soit ; mais quand vous en autorisez , ne le»

aupar

» bâiiloiiiiéi goinl. JS'iniçosez poidi à (tes 1» teiirs la nécessité d'être sois ét.absuiijes ^ » privil^é du ministre; la nâiure h^y aide, » Iiëlas I que trop, même chez nos pliis grands

|jk Halle dû Par\oramâ^i) ramai i que avait été l>àtie avec goût, sa façade était élégante, inbnuinentale j la décoration intérieure de la salle se composait d'ùii soubassement qui supportait iin grand ordi^corînthien arabesque, surmonté d'un autre pellt* ondre qui soutenait la coupole ; les çirnèments,- d*un style léj;er et gracieux , étaient a|ipliqués sur. fond vert et tendre.. L'arcbitectè, M. Vincent ^ avait habilement tiré parti du terrain. Cette salle , toute petite qii elle paraissait, pouvait contenir quinze cents per-

sonnes.

. La troupe, 'èompbsée à la hâte, présentait plusiieurs artistes* déjà connus, et d'autres en espérance; d'alîord Tauttn , qui avait fait les beaux jours de -trois théâtres dans l'espace de âuârantë ans, car il avait brille à la Cité , à TAnthiguelk la Gfli7c...jBeitin, qui avait comin^uce aux Jeunes Élèyes sous le nom d'Ango ;

Eliis venâioit Melchior, Dubiez, V. Ernest, authipr^ Yautrain ; mesdames îlugens , Got)ert. Mercier, Florville, Mariàny, une cliarinantê petite femme appelée Lili Bourgoiu rj^iecé de notre fiourgoin de là Couiédie- Française)^

danseuse jouissant déjà d'une grande célébiiie aux boule varts , mademoiseUeLbéza, y reparut pour la dernière fois : elle y rejoua un rôle que la célèbre madame Quériau avait créé d'une manière si remarquable , celui Ae Jenny^ dans le ballet de ce nom. On se souvient des larmes que madame Quériau faisait répandre par sou jeu si passionné... y sa pantomime si exprès <r ûve!.... Sans l'égaler, mademoiselle Cheza li^ rappelait quelquefois avec bonheur. Ce que j'ai liâte d'enregistrer, c'est que BouiFé , ce petit comédien , devenu un si grand acteur, et qui tient au Gymnase un rang si distitigue^ Bouffé a presque commencé sa carrière d'artiste au Panorama-0ramatique. Bien que pour ce ^it, je pense que l'on a eu raison i accorder un privilège et de bâtir une salle. Les vrais talent^ deviennent si rares , que s'il n'était pas d'autre moyen pour s en procurer, il laudrait 1 em* ployer , cotise qui coûte. . .

b^s drauiesles plus remarquables représentés au Î^anorama-Drainalique sont le Délateur par ^'ertu, Ôgicr le Danois , la Mo fi du chevalicf d'Atsas et Siclonie, La petite Lampe mert^eil" fettjcy eut un très grand succès. Parnii les van,flevilles et les comédies , citons les Faubouriens.; H l'occasion du baptêiûe du duc de Bordeaux ,

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les Cinq Cousins , la Prise de corps ^ le Sat'eiicr de la rue Chariot , une Nuit à Séfille, On retrouve à ce tliéâtre des noms avatagenseinent connus , tels que ceux de Covelier, Léopold , Alexis Combrousse^ Dubois, Boirie, Duperche, Méuissier, Pujol , etc.

La salle fut inaugurée par un vaudeville de MRf • Garinouche et Rougemont , appelé : Jlfb/isieur Boulet^art, On y retrouve l'esprit et la gaité dont ces auteurs ont donné tant de preuves. La Romance et la Gat/otte^ autre petit vaudeville non moins spirituel de M. Carmoucke et F. de Courcy, fut la dernière pièce repi'ésentée au Panorama-Dramatique : elle fut jouée le 4 juillet 1823. Le théâtre ferma le 21 du même mois. A la première représentation du F^ieux Berger^ mélodrame qui obtint beaucoup de succès • il arriva à ce théâtre une aventure assez comique. Cette anecdote, racontée très spirituellement dans un petit journal très spirituel, m'a paru devoir entrer dans la chronique du Panorama- Dramatique. Voici comment s'exprime le conteur :

<« Il y a quelques années (vers l'époque ou » Perrot, aujourd'hui le Dieu de la danse, » comme disait Vestris , faisait frire , sous le » costume d'arlequin , des goujons dans le ven- » tre d'une baleine ) , un petit temple théâtral » s'était élevé sur le boulevart du Temple. On w lisait sur le frontispice : Pànorama-^Dramati^

» aue.

» rex-i

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ue. C'est là que Bouffé du Gymnase^ Serres, éx-pensionnaîre de la PorterSaint-Martin , » firent leur entrée dans le monde théâtral ; » c'est Jà aussi que M. Duponchel essaya les » esquises des costumes historiques et des vé* » tements de fantaisie , qui depuis le placèrent » au rang des dessinateurs les plus sévères et » les plus distingués (i).

» Aujourd'hui , la pépinière d'artistes est de- » venue une haute et profonde maison , oà les » actionnaires , charpentiers et maçons, ont en- » tassé le plus possible de bourgeois locataires , » qui viveutsur le sol où fut l'ancienne demeure » des brigands à bottes jaunes et des comiques » à queues rouges. Au temps où le mélodrame avait fait de ce petit temple une de ses succursales , on traduisit sur la scène l'action étrange du berger Fourni, qui, pour quelques pièces d'or, s'avoua coupable d'un crime qu'il n'avait pas commis.

» On voulut donner à la mise en scène toute la vérité quepermettaieut le cadre et le genre de l'ouvrage. On trouva piquant de renoncer à Tancien usage des moutons peints sur toile ou découpés en bois , et il fut question d'introduire sur la scène un troupeau de vérita-

' M. Duponchel e«»t aujonrd'hnî clirccteiir de

fô6

i filés WebU, iidiai cliaiit àti ^it Bë fà eoi tieniose, Â U ùtèiis^i â Id boalettë(i).

tCJn eprola dpnc une yingtainè clé douces rebiS) qui, à la i^épetition , aient hiérTeille, ly Ls régisseur ài&rniaU n'avoir jamais eu affaire 9 à des débutanis plus soumis.

» Quand vint le grand jour de la première » 'fe|M^teftUltî6h ,' lé troupeau. déboucba dans * hn désordre plein dWdre« Il bêla d'accord 0 et se groupa pîttôresquement autour du » pfttrè.

n tTb tbntièirë d'appl^iidlssemetlts ëbranla la M àâîle. Ôti n'avait jias prévu Tëbratilenienl » qtié |)roduirait èet effet dans là colonne at- » inôsplienque. jamais moutons tl'avaieut oui » pareil tintàmàtrè j je tië 6siis ce qiil se passa » dans iéûr ibtellebte , ùiaià le désordre se mit w danâ iëà ràtigâ , il ^ eut dans leur langage un » bêlement de sauve c|tii peiit , qui amena la

(a) pans majeunesse, je me rappelle avoir vu jourr tSê'néuiéi'e de niahnnt, ou t Innocence rciénnuê, t«a;;t'' âtèd'uii autétif iiommé Cicile. Od avait mis sur raffirlir ifi$A réQfant Miviû aiiaiié par une ehèt{re natui'eiie', maU voilà qu^aulieu de dooDerà tëter au marmot, laclicTrc se mita sauter et à lancer des coups de cornes ao (Ils de Geoeyiéve, qui se sauva en pleurant dans la coulisse. Oo ïi$l obligé d aller dierclier Fenfant,. et d'emporter 1« chèvre , ce qui nuisit un peu au pathétique de la si* tua lion.

" pour U fuite s'pt^nt

•n e:eneraie ^u corps. Lepliisintisécicte at apprqchéae'l puvertuii

» cipii^ leiç uaissee, les autres luguiis suiYU eqi » h même routé ; dire le désordre que cet as^ » savit mit dans une loge occupée par des damés >» est iinpossible. On ne peijt non plus décrire » le rire de la salle , les pris des assiégés , t^ » hpura des mu^icienç / (if mes de basses , d^ai'T' » chéts, de yiolons^ qui défendaient leur qr« » chestre de Finvasion... Enfin la mêlée dura » plus d'une heure , la garde et dep j: ou trou » garçons 'boucliers ne parvinrent que fort » difficilement à rai^ener les ' réfractaires ad » oercai}.

» Le kncMsuaia, on revioi au QiPiltcH^ 49 » carton, comme dana 1^ pastQ((d«M( M W9 » aïeux, s

Les administpteiirs du théâtre de la GaM^

déjà si heureux avec lé Chien de Montargis ,

ne furent pas effrayés de l'émeute moutonrtîèri

an Panorama-Dramati^iie, car, dan» lé iMit

Hominç tiouge , férîe, représentée en iMa sxki

le théâtre de la Gaité , on offrit de nouveau

le spectacle d'un troupeau de moutons, maii

tondait par une bergèrç ai| heu d'uB berg^l

Soit perfectionnement chez ces pauvres b^

f65> soit galanterie dç leur part , ces «Kteur»

jouèrent leur rôle à merveltte; ils âéffièmq^

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Bur t'ait d'un vieux ranisiiisse, avec la.donteuc et la bonhomie qui fomientle caractère disliDi:tif de cet intéressant quadrupède... Ils tnarcliaient à pas comptés, bêlaient en mesure, t^ naient luanger dans la main de M" Lemesnili avec un ensemble que n'ont pas souvent de certains acteurs. Us parquaient le jour dans nn long conidor du rez-df«-<^iaussée , broutant à riierbe sècbe , en attendant l'heure de paraiin en' public ; ils ne demandaient ni feux , ni représentations à bénéfice; ils concoururent au miccèi du Peut Homme Roiige,sans poar cela se , montrer ni fiers, ni exigeants... Les direclcnn seraient trop heureux s il n'avaient affaire qu'^ des comédiens de cette nature.... Lorsque le suecèsde la pièce eut eu son cours, lesdirecteun Googédièrent le troupeau de moutons. Alors> ces pauvres petites brebis retournèrent tristement chez le boucher ; et les spectateurs , q>ù les avaient encore applaudies la veille , ne se doutaient pas le lendemain, en mangeant une cdtelette à la jardinière , ou de la poitrine giillëe A la sauce piquante, qu'ils dévoraient des artistes qtii aTaient joui de quelque célébrité..' L'iioiiitiiL'i'st l'animal le plus oublieux et le plus ingrat que je connaisse... Ce n'est pas le mouton gui se condttiratt ainsi!...

Malgré des efforts inouïs, l'entreprise ne prospérant point, le spectacle fiit lerme, après «voir, cnniiup if l'ai dit, vécu deux ans et trois mois •

mais toujours entre la vie et la mort. Plus fier que certains de ses confrères du boulevart , qui ont laissé pendant trente ans des traces de leur passage, le Panomnia-Dra ma tique ne voulut point survivre à sa lionte ; à peine fermée , la salle a été démolie, et niaintenant une maison de SIX étages remplace Je théâtre où débuta Boiilfé. Cette maison est presque historique ; si le propriétaire le voulait bien , il doublerait le prix de ses loyers ; et quand on lui en demande* rait le pourquoi... , il répondrait avec orgueil : « C'est que le Père Grandet, hBorfJbn du Prince n et le Gamin de Paris ont été locataires de cette » maison avant qu'elle ne fût bâtie. »

mUm M BoiDoiR DES mm.

On a beaucoup écrit pour et contre les oixlres monastiques ; on eu a dit beaucoup de bien et beaucoup de mal , peut-être trop de mal; mais les passions ne calculent pas. Si de grands obus résultaient de ces institutions qui remontent aux premiei*s temps de la monarchie ; les esprits qui ne sont point passionnés conviendront que beaucoup d'ordres religieux ont été utiles

lO

sous le rapport de la science^ et que d'autres ne Vêlaient pas moins sous celui de riiuuiauUé.

Je ne prétends pas dire pour cela que tous les ordres religieux ont jeté le même éclat, que tous out été utiles aux peuples , ce serait uioi-iiiêiue me montrer passionné , ce que je ne veux pas faire. De graves abus, sans doute , résuUaient de ce grand nombre d'hommes et de femmes qui semblaient faire une société à part dans la grande communauté ; mais, enfin, il en résultait quelque bien.

A côté de ces religieux qui se vouaient a la science et aux bouiies études, il en existai]l d^autres qui ne s'occupaient que des intérêts de la morale, de la religion et des souffrances du peuple. Ces frères de la Charité qui soignaient les malades avec tant de zèle et de désintéressement

n'étaient pas des inutiles Ces religieux de

Saint -Côme qui recueillaient dans leur couvent tout homme que Ton apportait blessé n'étaient pas des inutiles..,. Ces religieuses qui desservaient l'Hôtel-Dieu (et qui le desservent encore) n'étaient pas des inutiles.*.. Ces filles de Sainte- Agnès qui enseignaient gr^ituitement.à lire, a écrive , à travailler aux enfants des malUeureux n'étaient pas des in utiles... Ces frères de la Piûé qui ne reculaient pas devant les maladies les plus horribles et les plus contagieuses n'étaient

{^as dés inutiles ... Enfin ces révérends pères da aMercy qui s'en allaient quêtant toute rsàmée^

et qui, lorsqu'îTs avaient recueilli qnèlqlie^ sommes , les employaient à racheter des mal*

iieureux captifs n'étaient pas des inutile$

non plus....

Et vous ne me direz point que là il y avait dtt luxe et de Pabondance ?. . . Là vous ne trouviez pas des crosses dorées, des mitres brillantes, des rockets de dentelle, des capuchons fourrés, des croix d'or où de diamant, des soutanes violettes, des calottes rougfs... ; mais bien des chapeaux pesants, des (guimpes de toile, des soutanes* de laine , des robes de serge , des crucifix de bois , de simples chapelets ; là , jamais le luxe du ricbe, mais toujours l'habit du pauvre..., celui de la souffrance.

Voilà des léflexions bien graves à propos d'un tout petit spectacle de la vieille rue du Temple *..

Or donc, avant la révolution, il existait , rue du Chaume, au Marais , un couvent où vivaient les révérencls pères de laMercy ; j'ai dit que ces religieux consacraient les produits de leurs queles à racheter, tous les ans, un certain nombre de Français prisonniers à Tunis et à Alger. Ce couvent , supprimé comme tous les autres , eu i-jQo , devint, comme tous les autres, propriété nationale. C'est dans une des salles de ce couvent, qui servait de réfettoireaux bons pères (le la Mercy, que l'on élablit un petit spectacle, appelé théâtre de la rue du Chaume,

' Plus tard , le théâtre da Marais et celui de nia feux, situés, le premier rue Culture^ Sainte- Catherine, et le seeond rue Saint- Antoine, ayant donné de l'orahrage an directeur du Boudoir des Muses, celui-ci se rendit locataire de ces deux salles où, plusieurs fois par semaine et surtout le dimanche, il exploitait avec sa troupe, et à l'aide de quelques amateurs distingués qui venaient se réunir à elle, les trois théâtres. Du reste , dans ce temps-là , c'était assez l'usage d'exploiter plusieurs théâtres à la fois» Ribic, directeur des Jeunes Artistes, jouait à .LouYois en même temps qu'au boulevart du Temple. Fôignet envoyait aussi, les dimanches et lundis, une partie de sa troupe au théâtre de la rue du Bac, que l'on appelait alors théâtre de la Fiotoire. Les acteurs, après avoir joué dans la première pièce à la rue du Bac, revenaient en fiacre tout habillés, au théâtre de la rue de Bondy ; ceux de la rue de Bondy qui avaient joué dans la seconde pièce remontaient en voiture pour aller rejouer souvent le même ouvrage dans la salle de la rue du Bac , aussi voyait-oh souvent, le même jour, le iitème ouvrage annoncé par les affiches à deux ou trois théâtres.

Comme les pièces de Molière figuraient souvent sur raffiihe , il arriva une aventure assez comique, et dont je garantis l'authenûcké. Quelques plaisants imaginèrent de donner des billets

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pour Tartufe^ le Misanthrope , les Femmes sa^ vames; ils mettaient en X^V^.x.Billet^^d^gutqut^ puis signaient au bas : Molière, Pendant plusieurs jouis, ces billets entrèrent sans difficulté. Le contrôleur xionimé Picard était un brave liomnie, mais d'une grande simplicité d'esprit ; comme le nombre des billets allait toujours en augmentant, il finit par dire un soir très sérieusement aux ouvreuses de loges : « Mesdames , » TOUS qui devez connaître tous les auteurs qui » viendront ce soir, si vous voyez M. Molière, 1» dites-lui donc de me parler en descendaut, il » faut absolument que je m'explique avec lui » sur le nombre de ses billets; il dépasse le ré- » glement, et je ne voudrais pas les lui faire » payer avant de l'avoir vu. »

Après la fermeture de ce spectacle, M. Varez fut choisi par Corse comme régisseur; c'est sous cet habile directeur qu'il fit ses études de mise en scène. Le premier ouvrage que v Corse l«ii confia fut une des premières pièces de M. Mélesvilie, Abenkammet ou 1rs Abencérages.

La salle du Boudoir des Muses a été démolie quelque temps après sa fermeture ; aujourd'hui il ne reste plus rien du couvent des bons pères de la Mercy, ni de celui des Fdles-du-Calvaire, ni du théâtre du Boudoir des Muses.

THÉÂTRE DES JEUxNES ARTISTES.

Avant de coinmeucer la chronique de ce théâtre, je dois parler de remplacement sur leqnel il fut bâti.

Un sieur Torré , artificier italien , possédait le génie de sou ait , et lui fil faire de grands progrès en France. Le 29 août 1 764 , il ouvrit pour la preniière fois son spectacle, situé sur le boulevart Saint-Martin , à Tendroit où la rue de Lancry débouche sur ce boulevart (cette rue n etait. pas encore percée). Son local était vaste, et son parterre pouvait contenir douze cents personnes. Ses feux d'artiHces attiraient la foule par une perfection inconnue jusqu'alors. Plus tard., il joignit à ces feux d'arlitices des décorati^^ris uiagnifiques et des pantomimes à spectacles , mais pli le feu devait toujours jouer un rùl^, cpmnie chez Fraoconi les chevaux sont obligés d'en ti:e^^ dans l'action d'une pièce.

Une de ces 'pantomimes attira tout Paris au spectacle pyriquede Torré : Les Forges de /^uicaîn, jouées au mois de juillet 1 766. Cette pièce représentait Vénus demandant à Vulcain des armes pour son fils Énée.

La réputation de Torrë lui valut la faveur de :omposer le feu d*aitifice qui fut tiré à Verailles à l'occasion du marnge de Louis XVI. 3e fut lui aussi qui retrouva lefea grégeois , dont )n avait fait usage au temps des croisades \ et ]ae, Dieu merci, on avait oublié. Le roi Louis XV ipplaudit à l'invention , mais défendit qu'on -u Ht usage.

En 1 7^)8 , les propriétaires voisins du specacle de Torré , craignant un incendie , lui suscitèrent uu procès qu'il perdit. Pour le dédom* nager, on lui accorda le privilège de donner les bals et des fêtes forâmes. Dans la même animée, il introduisit , sur Tavant^scène des bouffons qui jouaient des farces et chantaient des iriettes italiennes.

En 1 ^69 , son théâtre fut reconstruit, et pour l'ouverture on représenta les fêtes de Tempe \ Torré avait donné en 1 778 des fêtes au Colisée, mais il ne négligeait pas son spectacle , le premier qui porta à Paris le nom de TVaux'-HalL 11 vécut le nom de TVaux^Hall d'été dès qu'il y eut un Tf^anx-Hall d'hiver, Torré est mort au commencement de mai l'jQi (i). Mous voilà arrivés aux Jeunes Artistes, On lit dans un journal de Paris de l'année 1779 : « Un sieur ^cTEcl se, professeur de danse, vient de faire

'1) Dtilnnrp, Hi'lnivc de Paris,

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bhtîr tin petit tliéâlre en bois , boûlevârt Saint- Martin , â côté de Toiré. »

Cette salle s'ouvrit , le 1 2 avril de la inênie hïïïïêe y par le Jugement de Pans,, tnélodraiiie; la ùataifle (fyintioche ; la fêle de Saint^Cloud,^ un prologue.

On VI lit qu'à celte époque , si Ion n'avait paj toujours la qualité , on se retirait comme à prc« sont sur la quantité.

Li's auteurs qui travaillaient le plus pour ce petit spectacle étaient Dunianiant , Defauconpret, Ponipigny , Fatrat, Gabiot, de Beaunoir fi) et Gnillemiii qui composa plus de quatre cen's pièces ; Guillemin parlait onze langues. Les acteurs qui y brillèrent successivement furent: Vo lanp,es, Bordier, Verncuil, Baroteau, Beaubourg, Beaulieu ; les dames Destrées , Prieur , T.v braisc, etc., etc.

C'est là que furent joués, pour la première fois , l Anglais à Bordeaux ^ Boniface et saFajnille , le Ramoneur Prince , les Cent Ecus , V Enrôlement supposé , les Battus paient l'amendç^ etc.

L'Ecluse doima à son théâtre le litre modeste de/ ^^a/r^c/^j' f^ariétcs amusantes. Il jouait souvent deux représentations par jour, Tune au boulevart Saint-Martin et l'autre à la foire

Cl) Son Tcritahie nom erait Robincau , il avait vk ahhv avant tlV-trc auleiir c1ramalù{tie.

MÎnt-Laurent L'Ecluse céda plus tard sou en* reprise aux frères Yalter.

Enfin , plus tard eucore , ce tliéâtre ne pou** aiit plus se soutenir , les nouveaux directeurs 'abandonnèrent, et une partie de la troupe all^ oucr au Palais-Royal , dans une salle qui exisait près de celle où est maintenant le Thëàtré- Prançais , sous la direction des sieurs J[)orfeui} 't Gaillard ; la salle du boulevart ^aint-Mai tin ut démolie , et Ton y établit une manufactjire le papier.

H était écrit quelque part que cet emplacement lu boulevart Saint-Martin verrait to.ujours mi lioàtre debout. Vers Tannée 1789, de nouveaux administrateur^ y firent recoiistvùlre une }oUe salle petite et commode. Un sieur Clér nient de Larnaisou , associé avec un sieui' Des- Doyers , donnera à «(on spectacle lis noui de Théâtre- Eruncais comique et lyrique. (Jô titic parut un peu ambitieux.

Qii' y jouait la iomédie, l'opéra, et quelques drames qui y obtinrent du succès. Mais le.^ort d^ cette entreprise était encore incertain; la destinée de ce local élait d'attirer la foule par de grandes niaiseries. Les Battus paient V amendé , parade «l^iele père des Jocrisses^ Dorvigny , avait donnée )»ous l'administration précédente, eut un succès Fodigieox : la cour et la ville y passèrent, Voî- *aijges , dont le nom est européen , y jouait ^eaoïioi. Jeannot eut tot^s les honneurs attachée

à la célébrité ; il fui modelé en teri^, en plâtrej en stuc , en bronze ; Louis XV l'avait sur sa cbeminée , en regard du capitaine Laroche, qnil coiuniandait la ménagerie et iaùasse^ourdn cuà^ teau de Versailles. I

C'est ce capitaine Laroche qui, entrant un jour; dans le cabinet du roi et apercevant le bustej de Volanges à côté du sien , le brisa en inor-| ceaux , en s'écriaut : « Sire , quel est le inal-i » heureux qui a osé placer le buste d'un his- » trion à côté de celui d'un brave militaire dë-| >i coré de vos ordres?» Le roi sourit, ou fît semblant. Pour, toute vengeance, il dit : « Ga- » pitaine Laroche , j'ai rencontré dans la cour » du château , du côté de TOrangerie , un din- » don qui se promenait; si pareille chose amvei » encore, je vous ferai < asser à la iùe de voire corn- » gnie. >> Louis XV avait de l'esprit, comme on j sait , le capitaine Laix>che sourit , ou fit sem- 1 blant de sourire.

Après quelque temps d'exploitation, le Théâtre comique et lyrique allait peut-être encore céder sa pbce à quelque autre entreprise , loi^ que BffTroy de Rigny , plus connu sous le nom du Cousin Jacques , y fit représenter Nicodènie dans la [.une. Cette pièce , hardie pour l'époque où elle fut jouée , était remplie d'allusions po' litiques; elle eut un succès tel, que oncqnes depuis nous n'en avons vu de pareil. Ccfut JulUet, cet acteur excellent , qui devint depuis une des

gloires de rOpëra-Goinique , qui créa le i61e de Iiicodème.

On lit dans la pièce , iinprii^ée chez Mou* tardier en 1 797 : Nicodème dans la Lune, ou la Révolution pacifique , représenté pour la première fois sur le Tbéâtre-Français comique et lyrique , le 7 novembre 1 790 , et pour la troiscent-soixante-treizième fois en 1793.

£li bien ! malgré ce succès bien rare dans les annales dramatiques, cette pièce fut t:epnse au théâtre de la Cité en 1796, et y obtint encot*e un gi-and nombre de représentations.

Que dites-vous de.cela , auteurs de l'époque ? Uumiliez-vous , superbes !

Ce fut vers 1 796 ou 1 596 que ce théâtre prit le nom de théâtre des Jeunes Artistes ; un sieur Boirie , père de l'auteur , et Cailleau en furent directeurs ; plus tard , il passa entre les mains de MM. Poignet, père et fils; et plus tard encore, dans celles de Robillon aîné , frère de Robillon jeune, qui administra pendant viogt^cinq ans le théâtre de Versailles , et auquel M. Carmouihe , jeune homme de talent et d'avenir, a succédé depuis (r). Ce théâtre eut des phases brillantes et des époques malheureuses.

(j) M. Kobillon jeune -vient de reprendre la dircclion de Versailles , B1. Carmouche s étant retiré pour eiplgiter celle de la ville de Strasbourg.

It

Guyelier, Hf^pdé , HeçtQt Glmii8$ier , Heu*

rion (luort fou en 1808 , Mellinet aine > Leroi de

?aci'e , nougemout , Dubois , Coupart , Morel , iiilibeit (Mouton), Jacquelin , Servièrea et notre bon ami Tlocou Rochelle (que la litiérature et le baneau vi^nent de perdre), y obtinrent tous de brillant succès^

Enfîn Désau{];icrs vint !. . .

Dcsaugicr^ , le bon chansonnier « ejt le dbansonuier bon , fit ses premières armes ou ses pre- ^lières pièces sur le théâtre ides Jeunes Artiates.

Il y donna V Enireiol^le^ Ocu^ JOiji^leSj le Testament de Çarlin, etc Sur ce tbéàtr.e aussi , débiita Lepeintre ahié , qui joMaiit le^ arlequins ^t se fit remarquer dans Iç rôle de lilaiueAU « de iklisatiihrnpie et Hepehtir.^ mis en vera par un poète nommé I^igaud.

Vers i8o4o:i I^^oS, Lepeintre aine, voyantquie ]ç théâtre allait ma}« partit av^ quelques uns de ses camarades, sous la tutelle d'un nommé Retil, qui enseignait la déclamation à noscDUiédiens.

Désaiigiers et JacqutJin furent du voyage; ils allèrent à Marseille, a Avignon. Désangiers, ainsi que Molière , fut, dans la troupe, auteui*, acteur et même clief dVrcbestre>

Jacquelin ' se borna à l'humble emploi de souffleur.

En passant par Avignon , Désaugiers , jouant le père Thomas dans le Club des Bonnes Gens , chantait une espèce de ronde en deux couplets;

îi5

le pttKHc, ci'ôyant ^i'fl y en avàît trois , se wilt à crier j Le troisièûle couplet ! te troisième couplet ! Désaugîers dit tout f )as à son camarade : il n'y en a que deux ; mais le bruit redoublant, il improvisa un troisième couplet qui eut les iioii-* MOTS du bit.

Où pense bien que nos comédiens ambulants ne ûvexà pas fortune , ils se separèient bientôt. Lepeiï^tre aîné alla à Bordeaux , où il resta pen^laut dix ans , et de là revint à Paris au théâtre -des VaritHés. Lepeintre, on le sait, est aajoui'd'iiui un de nos nieilteurs coniédiens.

En revenant de Marseille, Dë^taugiei'S , Jac- «pielin et quelques autres étaient clans un tel état de gêne, qu'il était temps qu'ils arrivassent à Paris. A quatre lieues de la capitale , leuri estomacs commençant à crier, et la caravane ne pouvant plus maixher, Désaugiers prit sort violon , et pour retreiîiper le courage de ses amis, leur joua des contre-danses jusqu'à la barrière. Ce fut là que Désaugiers, à qui il ne restait plus qu'un sou dans sa poche , acheta un petit pain , et dit eu riant à Jacqueliu , eh le rompant en deux : Veux-tu l'aile ou là cuisse?

Est-ce qite ce mot ne vous fait pas rire et pleurer? Moi , je le trouve plein d'ame et de sentiment.

Désaugiers voulait vivre , et il avait raison i iltie pensait pas, en disant cela , que tant de gloire l'attendait plus tard. SI Désaugiers eût

d^spérc d*un meilleur avenir, sUl eût cédé au délire qui dévore aujourd'hui tout ce qui est jeune , nous n'aurions pas , pendant trente ans, serré la uiain d'un honnête homme , nous n'aurions pas applaudi au théâtre des ouvrages si Î;ais, si fous , si délirants ; il ne nous aurait pas atssé quatre volumes de chansons ravissantes , aue l'on chantera en France tant qu'il y aura des bons vivants et du Champagne.

Que Désaugiers a bien fait de vivre I

C'est un crime de se tuer avant d'avoir essayé la vie : on court le rixe de voler son siècle. Ah I û ! c'est de l'iuiprobité !

Parmi les comédiens qui se firent un nom , et qui sortirent déjà grands d'espérance du théâtre des Jeunes Artistes, je dois citer en pi*emière ligne Monrose , le valet de Molière , de Regnard, de Dancourt ; on applaudissait déjà son jeu si vif, si fin, si spirituel. Il a tenu à ia, Comédie-Française, où il débula en i8i5, après avoir fait huit ans partie de la troupe de M'^*' Raucourt en Italie, tout ce qu'il avait promis aux Jeunes Artistes.

Puis , venaient ensuite Grévin, Prudent, Des* champs , Yéuiard , Liez , Notaire , Auguste , les deux frères Lefevre, Lorillard, Douvry, Lepeintre jeune , qui jouait à six ans les Cassandres comme un comédien consommé ; on l'appelait le Chapelle des Jeunes Artistes. Il eu a recueiUi l'héritage ; le public de la rue de

Charti*es le lui prouve tous les soîrâ, puis encore un petit acteur du nom de Moreau , qui u'arait que 4 pieds 2 pouces ; il avait joué à l'Ambigu en 17S6; il était déjà vieux. La misère Favait réduit, en 1809 , à se faire voir connue un nain sar les places publiques. Pauvre petit Moreau! cher petit arlequin! ayez donc du talent!... arrivez donc à soixante ans, pour que Ton aille vous voir moyennant deux sous , si Ton y va encore. Puis enfin , ce malheureux fiasnage. Je n'oublierai certainement point Lafont ; notre célèbre violoniste faisait aussi partie de la troupe; il débuta dans la Ruse (t Amour, opéra.

Une actrice du nom de Rosette y chantait Topera d'une manière remarquable ; cette actrice se nomme actuellement madame Toby, et nous l'avons applaudie an théâtre du Palais- Royal. Une dame Verteuil , une demoiselle Amélie , qui s*est acquis en province une grande réputation ; une demoiselle Martin , madame Ciiabert, madame Yautrin , qui, toute jeune alors , jouait déjà les duègnes avec un talent distingué. Sous le nom de mademoiselle Galatbée, une jeune et jolie personne s'y faisait remarquer ; plus tard , cette aimable actrice épousa f^epeintre aîné , elle revint a\ ec lui au théâtre du Panorama ; cette comédienne avait beaucoup de charmes et possé<lait des qualités estimables. Elle est inoite il y a quel(|ues années. Ënlia, cette rieuse Elomire, paysanne-type.

lie

cornelte-modële , qtie Désaugîcrs rcvdît pHitètre déjà pour son Dîner de Madelon,

Le lliéàtre des Jeunes Artiste^ joua aùssài sort fôle politique. Martainville , que j'ai déjà cité, ^ douna les assemblées primaires où les Electionsy pièce d'une opposition virulente.

Les prisons ri'ctaien t pas encore fermées, ih bien!... Martainville avait le courage de faire chanter dans cette pièce au portier da Coinilê révolutionnaire :

« A balayer le Comîk',

» Je prenais bien d' la peine ;

»> Mais jt» puis dire, en vërité,

1) Qu'elle était toujours vaioc.

» Tout e'iait propre à s"'y mirer,

w Gr.ice aux pein's les i^lu? dures ;

» Maïs dôs ({u'un mrinhr' véuait d'entrer,

M 11 était plein d'ordures. » ^

Ce couplet , applaudi par une partie de là salle , fut sifflé par f autre... On se battit dans le parterre; les jeunes gens , qui portaient alors des collets verts et des cadcnettcs , se montrèrent les plus violents à applaudir; il s'ensuivit des soufflets , des rîiues , des duels ; le lendeïnain, Fa pièce fut défendue. Un nonimé Liinodin , qui était alors un desclicfs de la police, fait venir Martainville... Celui-ci ne se laisse pas intimider... Il répond que sa pièce sera rejouée, ou qu'il fi»ra retentir tous les journaux de ses plaintes... Refus de Liikiodin de lever la défense. Que fait Martainville?... le Icndeniain^on lîlpla-

cardée à la porte du tliédtre des Jeunes Artistes et dans toutes les rues de la capitale une affichemonstre, sur laquelle est iuiprinié : Conversation du citoyen Martainville , auteur îles Assemblées primaires ou les élections , avec le citoyen Liinodin , secrétaire de la police. Là il rend compte de sa conversation de la veille avec Liinodin ; vous pensez que l'on y retrouvait à chaque mot cet esprit, cette malice , ce trait incisif que Martainville possédait si bien. Entre autres griefs , Liinodîn lui reprochait d*avoir comparé V Assemblée primaire à une fille.,. Enfin tout ce que Limodin lui avait dit la veille dans son cabinet , Martainville l'avait affiché publiquement , et le tout assaisonné de réflexions à faire pouffer de rîre... La pièce n'en demeura pas moins sous le coup d'interdiction , et l'on vit sur l'affiche ce que l'on mettait alors, en attendant les Assemblées prima'res ou les Elections , vaudevdle du citoyen Martainville , suspendu par ordre du gouvernement.

Les réactions, à cette époque, étaient terribles au théâtre ; tous les jours , il s'y passait des scènes tumultueuses ; heureux lorsqu'elles se terminaient sans qu'il y eût duel ou mort d'hommes. Si vous voulez avoir une idée de ce qae Ton chantait alors , dans les moments de réaction, prenez un vaudeville de ce même Maitainvitle v»)» ^ows y hrez :

(i) /!e corcert de la rue Feydeau.

if On ^eai aual^scrle crimo, V Car, tyran, voleur, as«assiu, » Par un seul mot cela sVxprime, « Et eu mot là, C'est jacobin . »

A la première représentation de ce vaudeville, un coup de pistolet chargé à balle fut tiré dans la salle ; par ooubeur, il n'atteignit personne.

C'est aussi sur cette scène que Guvelier et Ilapdé donnèrent le Petii Poucet^ ou VOr^ phdin de la Forù^ uiélodranic eu cinq actes à grand spectacle, orné de chants , dantes et casiun mes nouveaux, éi'olution.% militaires^ at^ec incendie^ pluie de feu, explosion et démolition de fàrène du tyran BarbastaL Ce mélodrame était joué par (a célèbre Julie Diancourt, qui n'était plas jeune , car elle avait débuté à FAmbigu-Comique, du temps d'Audinot, et un acteur nommé Ûelorge , qui est mort fou.

Une aventure unique dans les fastes du théâtre arriva aux Jeunes Artistes le jour de li prt;iiiière représentation de la Sonne deLîndemberg^ épisode de la Nonne sanglante , sujet tiré du roman du Moine. Des malveillants commeucèi-ent par répandre dans la salle des odeurs infectes; toutes les femmes s'évanouissaient ; une cabale affreuse s'était formée contre là pièce : des sifflets on en vint aux cris, des cris aux mains; le tumulte prit un caractère si effrayant , que l'autorité , pour éviter de plus grands malheurs^

se vit dans la tiëcessité de faire évacuer la salle. Hadame Vautrin était garrottée à un arbre , ?t des voleurs la gardaient à vue. La panique fut telle 9 que les voleurs s'enfuirent épouvantés; madame Vautrin se sauva aussi; mais le châssis luquel elle était attachée ne voulant point la quitter, elle etnpoita l'arbre avec elle et courut jusque sur le boulevart , où , par bonheur, il se trouva un nouveau Milon de Crotone , qui fendit Tarbre sans y laisser son poignet.

Ainsi fut délivrée madame Vautrin , non |ias poursuivie par un songe comme le père Sournois, mais par un peuplier, et qui pouvait , nouvelle Daphné, rester métamorphosée en arbre : peutêtre, à la révolution de juillet, madame Vautrin aarait servi à faire une barricade.

Arlequin dans un œuf^ les Sirènes^ le Chat botté de M. Hapdé obtinrent de grands succès ; Foignet fils, directeur, y brillait comme acteur et comme chanteur.

Tantôt heureux , tantôt malheureux , le théâtre des Jeunes Artistes se soutint avec des efforts inouïs. Ce fut vers l'année i8o4 que les billets à vil prix furent inventés. C'était absolument comme à présent, on les jetait par paquets daus les boutiques , dans les maisons , dans les administrations publiques.

On allait aux Jeunes Artistes , moyennant hait sous aux premières et six au parquet ; c'était fort agréable , et j'en usais , moi , jeune

homme. Du reste , les petits tljëâf!rés , à cette époque, étaient , h /peu de choîse près ,'éans la métiie position où Ms son^aiijoui'd'hui.

Voilà qu'en 1807, époque du drcret impérial, Bonaparte, qui gouvernait â la Dûpuytieiv, trancîia la difficulté , en faisant féi mer bon ii6mbi« de salles de spectacle d'un Seul eoup , sans leur donner le temps de crier -merci j acte que je trouvai alors et que je trouve en dore tatit soit peu desj otiquede la part tlu grand homme {je lui en demande bien pai'dbn au haut de sa cofenne,; mais il n*est pas permis à un roi, tel grand qu'il soit , de prendre la fortune et les étâblisseiiients de ses sujets , sans les prévenir un peu d'avance : on donne huit jours aux domestiques pour chercher une place. Le décret impérial est daté de Saint-Cloud , g août 1807, et tous les théâtres abolis furent fermés le i5 du même mois, ce qui ne fait que six jours.

Quand le tliéâtre des Jeunes Artistes fut siippriilié, je commençais ma pauvre petite carrière

Je venais d'y donner Caroline de Lichtjrehleila Jai'dinièrè de f^incennes^ avec M. Simnniiin. Ces deux pièces réussirent beatîcoup, nrâce à là rare

roiç 4e Carolittç &yec un talent au dessus de soi| âge.

Aujoi|rd*buî, quand jepassç,au bout de vingtr buit ans, devant la maison où était mon pauvre petit tliéatre des Jeunes Artistes, je ref|;arde en arrière, et j'ai le cœur gros de voir les magasin^ de IVf. Jeqker fib,' successenr de spn digne père^ remplîicer le foyer public ; je pleure qi^and j^eur teod^ le bruit des outils là o\\ naguère j'entendais chanter ies airs dePicci^i, dePropiac et de

Ne m'en veuillez pas, monsieur, Jecker, je vous AÎ coQQp eniant ; personne plus que nioi ne r^nd boii^mage à l'art de Topticien , personne plus que moi n'apprécie le mérite des étuis (\q ipfi^ lliéraatiques , des boussolçs , des aiguilles marilimes; j'aime les verres grossissants; j'aime les verres qui rapprochent certaines pci-sonnes; i'aime quelquefois bien davantage ceux qui eu éloigoept d'autres ; jVm^e les spectres solaires, les lorgnons doubles, les l3inocles,lcs cbanibres noires; j'aime surtout les vieilles lunettes dont se servaient nos pères, et dont je puis . av^oir ^iu d'un jour à l'autre ; mais je vpudvais enwre que mou théâtre des Jeunes Artistes fût an ^ de la rue de Lancry, dut le superbe Am- Uçtt-Coudique en froncer les sourcils dans sOQ trge pâté de pierre».

Croyez-vous .donc, inon cher Ambigu-Comi • que, que ies Sirènes auraient viré de.hsord

devant Angot le marin? Pensez- vous que le Juif errant aurait fait peur au Petit Poucet^ qu'^rlequin dans <o/icei// aurail voulu ramasser quel-

aues miettes au Festin de Daltliazar? Non, nos; s ont eu leur temps, vous avez le vôtre, et voilà tout.

' S'il revenait un Napoléon ! mais n'ayez pas peur, il n'en reviendra pas ; rien ne l'annonce pour l'instant du moins. Malgré cela, un temps arrivera où l'on dira : Le théâtre de l'Ambigu- Comique était^en^face de la rue où avait été bâti celui des Jeunes Artistes.

C'est le sort des hommes et des monumens de paraître et disparaître. Deux choses dédidsent la vie et la mort : esse et fuisse.

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