‹ Histoire des petits théâtres de ParisChapitre 6 sur 44 · LES FOLIES-DRAMATIQUES · texte numérisé non relu

LES FOLIES-DRAMATIQUES

La chronique de ce petit spectacle sera courte et rapide, ses faits et gestes seront bientôt enregistrés; il ne compte aujourd'hui que cinq années d'existence. M. AUbux aîné, qui avait déjà obtenu le privilège du Panarduna^Drama* tiquey obtint aussi celui des Folies,,. C'était, à cette époque, la récompense de travaux impoi^ tants.

M. AUaux sAnéy frère de celai qui avait reiii** porté le prix de peinture pour aller à Rome, a été, de plus, l'inventeur du Neorama, Son jeune frère en avait exécuté les principaux dessins avec d'autres lauréats, parmi lesquels il faut placer Thomas, alors jeune peintre plein de sève et d'avenir, qui mourut il y a deux ans. Il existe entre lui et Carie Yernet un point de douloureuse resseuiblance. Carie Vernet venait de recevoir le cordon de commindeur de la Légion-d'Hon« uear, lorsque la mort le frappa, et Thomas avait à peine été nommé chevalier du même ordre, lorsqu'il fut atteint d'une cruelle maladie qui l'enleva à son frère (i) et à ses amis. Il s'éleva d'abord quelques difficultés qui retardèrent l'ouverture des Folies' Dramatiques, Ce tliéâtre était Appelé a remplacer sur le boulevart du Temple l'ancien Ambigu-Comique, transporté sur le boulevart Saint-Martin.

La salle nouvelle, très bien coupée, ajouta à la réputation que M. AUaux s'était déjà acquise comme peintre et comme architecte , car c'est sur ses plans qu'elle a été construite.

Lors de son ouverture, qui eut lieu le 22 janvier i83i, M. Léopold, homme de lettres, eu ^taiidirecteur; mais il ne le fut pas longtemps : il

(0 Thomas était frère de M. Gahiiel, auteur d'un S'and nombre de Taudcvilles cjui ont obtenu beau-

'•^"P do succès .

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sç relira après Vouverture, el ce fut M. Moutier,

ioinmede lettres aussi, qui lui su<;céda, M. PqiIç ette, qui, suus le iioinde Pouet^ a ^itacbé sod 1401U à ces ouvrages dramatiaues aiDsi qu'4 plu^ sieurs roniausy ayant quitté le Cirquc-Olynipique dont il était régisseur, entra eu cette qualité a|i théâtre des Folies,

Uu prologue en vaudeville, la Fous dramatiqides cl<^ M. Saint-Âuiand , et un mélodrame inlitulé : les QucUre Parliesdu nuka<!e^^\xxkaiyd(:vi contcdieu du boulevart, nommé Biguon, inaugurèrent le nouveau spectacle . f<a tijoupe se cûnipQSait de jeunes acteurs que ^o^ avait recrutes dans 1^ province et la banlieue ; quelques uns se livent remarquer par d'heureuses dispositions, r— Pal^iseau, qui montre du nauud daus,lc4 rôles de i^iais, Samoulin et Rébard, que le théâtre des Variétés a pris chez lui ; Roger, Millet, Camille, etc. ; de jeunes actrices, mesdcu^es Elise, Louise, Alpbonsine, n^onUcrentdc rintLlligence.

Mais deux comédiennes méritent une mention particulière : d*abord mademoiselle Tbéodorine, qui a déployé bien vite les germes d'uu talent distingué, par sa tenue, sa manière de dire : elle a brillé à l'Ambigu, dans Ndbuvho' donosor , et joue actuellement au tbeâtre de la Porte-Saint-Martin, où elle s'est fait remarquer dans plusieurs ouvrages, notamment dans Rata VËspagrwle, Elle devait débuter à la Comédie-

Française; ce début n'est sans doute que retarde.

Quant à M**» Léontinc, c'est bien la petite fîlle la plus cocai^e, l'actrice la plus drôle , la plus bouffonne que je connaisse. Elle a toiiimeiicé sa canière dr^imatiqne au théâtre des Nonveaut<5s', die représentait un jeune élève dans l'École de Bricnne, ou le Petit Caporal, Son allure est franche , hardie ; elle ne recule devant rien. — 'Elle ne trouve aucune difficulté. — Son débit est vif, son œil ardent...; sa démarche assurée, sa mémoire désespérante.... Elle affectionne les rôles les plus longs, et porte les jupons les plus courts. Dans Oig-Gl^y elle faisait pâmer les habitués des Folies. Kîle s'est acquis une telle réputation au boulevârt que le gamin ne la voit point passer sans lui tirer sa casquette ; n'ayez pas peur ciu'il la tutoie, il dit : Voilàmam'sellcLeoutine!.. il la regarde béant..;

il la hume, la respire Quand elle entrait en

scène, un silence religieux régnait dans la salle; l'amphithéâtre était fasciné par son regard de basilic... On n'y aurait pas entendu casser une noix, croquer une noisette ..; et tant que Léontine était en scène , l'employé aux trognons de pommes pouvait se croiser fes bras.. Léontine n'était interrompue que par les éclats de rii^e qui se prolongeaient en échos jusque sous lé vestibule.

L'ouverture des Folies eut lieu six mois après la révolution de juillet... Le peuple était encore

dans la joie...; il lignait encore..., du moins au tbéâtre.. . J'ai assisté, un dimanche, à une repi*ésentation extraordiaaii*e... Le peuple a demandé la Parisienne^ puis il a crié vive la Charte. . . , puis vive Léontine ! ... Je crois que, si cette petite aclrice Teût bien voulu , elle aurait fait de l'émeute aux Folies-Dramatiques, et donné du fil à retordre aux sergents de ville... La petite Léontine a changé de théâtre , mais ^ non pas de quartier ; elle continue à la Gaîté ce qu'elle avait commencé aux Folies, et voulant prouver au gamin du boulevart qu'elle sait reconnaître l'enthousiisme qu'il a pour elle, le culte qu'il lui a voué..., elle a joué la Gamine de Paris avec une verve.,., un laisser-aller qui feront époque au boulevart du Temple. Je ue serais pas surpris que cette petite fille ne devint un JQur une comédienne, et que le théâtre des Variétés ou du Palais-Royal ne la vît jouer avec succès quelques rôles à la Flore ou à la Déjazet. Ce théâtre, dirigé avec intelligence, a réussi; mais il a été obligé , comme beaucoup d'autres, d'appeler quelquefois à son secours des acteurs de liaute lignée; Frédérick-Lemaître lui vint un moment en aide; cet halâle comédien, voyant que, par un été biûlant, le boulevart du Temple était triste et désert , prit en pitié ce pauvre Doulevait, témoin de ses débuts. Or, il alla trouver M. Mourier et lui dit : Vous soufifrez... — Qui vous l'a dit?... — Je le sais. — Encore?

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