DU SERVICE MILITAIRE
On se rappelle que tout fils de kymro libre devait être œnduit , à quatorze ans accomplis , devant le seigneur dont son père relevait. Or, la loi d'Hoêl nous apprend qu'aussitôt qu'il avait atteint rage de porter les armes, c'est-à--dire vingt et un ans, le jeune \ vassal recevait une terre de son arglwydd^ qui dès lors pouvait exiger de lui le service militaire \
Quelques érudits, qui ontla prétention, à ce qu'il semble, de savoir V heure précùe où ont pris naissance telles ou telles institutions, nous objecteront sans doute que ce régime n'a pu être établi qu'au commencement du dixième siècle, époque où HoëMe-Bon fit rédiger les coutumes de la Bretagne. Mais les jurisconsultes qui voudront bien examiner l'ensemble de la législation cambrienne ne tarderont pas à reconnaître que tout se lie dans ces antiques coutumes , et que l'obligation du service militaire y est chose aussi fondamentale que la composition ou que la recommandation , par exemple.
Il nous reste maintenant à établir , sur des preuves nouvelles , que chaque seigneur de territoire, ou arylwydd^ avait son armée comme il avait son tribunal.
Nous ferons d'abord observer que le mot arylwydd désigne luimême un dief de guerre : ar, sur; Iwydd, armée*. Tout propriétaire de ccwUref, de cymmwdoui de plebs (en breton, plou, ploy pieu) avait donc ses troupes qu'il opposait à celles de ses voisins, et même parfois à celles du brenin '. La loi d'Hoël constate en effet que sur le même territoire habitaient plusieurs arglwydds , qui avaient chacun leur armée :
« S'il y a deux arglwydds sur un même territoire, et que chacun « ait une arniée, la loi dit que toute investiture de terre qui pour- « rait être faite par ces seigneurs sera considérée comme illégale , « jusqu'à ce que l'on ait constaté lequel des deux est le souverain « de la contrée *. »
« Leg. Wall. T. U. L. VUI. c. 44. § 34. p. 2iO :
< ...At Ihe eod of fourteen years he is (a son) to become a lord's man ; at the âge of twênty one he is to take land from his lord, and do mililary service for bim. » « V. Davies, Dictionnaire breton-latin, s V. plus haut.
* V. Leg. Wall. T. U. L. IV. c. 4 . p. 40. § 30 :
lâO INSTITUTIONS BRETONNES.
On le voit, non -seulement Varglwydd possesseur d'un territoire, mais encore des arglwydds inférieurs jouissaient, comme le brenirij du privilège d'avoir une armée. Ce n'est pas tout : chaque clan avait aussi sa milice qui, lorsqu'un crime avait été commis contre l'un de ses membres, prenait les armes, sous la conduite du représentant de la cenedl^ pour obtenir la composition fixée par la loi. Ainsi les arglwydds bretons jouissaient des deux prérogatives fondamentales de la féodalité, nous voulons dire du droit de rendre la justice à leurs vassaux et de réclamer leurs services dans leurs querelles particulières. Le droit de guerre privée devait être inhérent, en quelque sorte, à l'organisation sociale de ces petites tribus réunies en corps de nation par de faibles liens politiques. Chez les Gaulois , les Commentaires de César nous l'attestent, les principes, environnés d'une clientèle militaire plus ou moins considérable, suivant leur fortune, étaient de même toujours en guerre soit les uns contre les autres , soit contre le gouvernement de la cité. L'Helvète Orgétorix, accusé d'avoir tramé avec TÉduen Dumnorix un complot contre la liberté de son pays , descend sur la place publique avec tout son clan, qui se composait de dix mille hommes, et avec tous ses clients et ses obcB7*ati, dont le nombre était très - considérable '• L'ambitieux Dumnorix est toujours environné d'une nombreuse troupe de cavaliers entretenus à ses frais '. En butte à la méfiance des sénateurs de l'Arvemie, c'est parmi les cultivateurs et les obœrati que Vercingétorix va chercher un appui pour l'exécution (le ses projets \ Plus tard , c'est encore parmi leurs vassaux que
« If there be Iv^o lords and each of them bave an army in tbe counliy^ and a person corne to solicit investiture of some inamoveable property, sucb as land ; their grant is not a légal grant and Iheir investiture is not a légal investiture until it sball be known which of them is sovereign of the counlry. »
^ Die constilutâ causn diclionis , Orgétorix ad judicium omnem suam familiam , ad hominum millia decem, undique coegil; et omnes clientes, obœratosque suos , quorum magnum numerum habebat , conduxit : per eos ne causam dicerel , se eripuit (Cœs. De Bello gall. L. I.)
> Cœs. De Bell. gall.
* ...Âb Gobenilione patruo suo reliquisque principibuSy qui banc tentendam fortunani- {la révolte contre César) non existimabant, expellitur (Vercingétorix) ex op-