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les principes de la Gaule romaine , que les J. Florus , les Sacrovir, les Ecdicius trouvent des soldats dévoués à leur cause'. Quoique les institutions de Rome eussent pénétré jusque dans les vici les plus éloignés du centre de Fempire ', il ne faut pas croire que les Romains eussent brisé violemment les coutumes qui régissaient la propriété chez les peuples conquis. De telles tahleê ruses n'ont été imaginées que dans nos temps modernes, en France. Aussi M. de Savigny, d'accord en cela avec Niebuhr, n'hésite-t-il pas à CToire que, pendant long-tempSy les i»x)vinces romaines conservèrent, en grande partie, le régime antérieur à la conquête , et que ce fut seulement sous les empereurs que cette organisation se rapprocha peu à peu de Tunité romaine. A la chute de Fempire, Forganisation de la curie était la même partout ^ et il est à croire qu'à cette époque
pido Grergovia. Non tamen desisUt; alque in agris habet delectum egentîuin ac perditorum. Hâe coactâ manu, quoscumque adit ex civitate, ad suam sententiam perdacit : hortatur, ut, communia libertatis causa, arma capiant, magnisque coactis copiis, adversarios suos, à quibus paulo ante erat ejectus, expellit ex civitate. (Os. De Belle gall. L. VII.)
Les principes gaulois exerçaient tellement une puissance absolue sur leurs vassaux, en dehors de l'autorité de TÉtat, que nous voyons Adcantuanus s'élancer , avec ses six cents soMurtï, des murs de la capitale des Sotiates pour attaquer le camp romain, encore bien que ses concitoyens se fussent rendus à Crassus, Tun des lieutenants de César. (De Belle gall. L. YlII.)
L'Éduen Litavicus avait entraîné ses compatriotes à prendre les armes contre César en faisant courir le bruit que les Romains avaient mis à mort les principaux chefe de l'armée éduenne. La ruse est découverte : les révoltés jettent leurs armes et rentrent sous l'obéissance romaine; mais ims les vassaux de Litavicus l'accompagnent dans sa fuite chez les Arvemes : lis cognitis , et Utavioi fraude perspeetâ, jEdui manus tendere, deditionem significare, et projeetis armis , mortem depreeari ineipiunt, Litavicus^ cum suis clientibus, quibus nefas^ more Gallorum , est, etiam in extremd foriunâ , deserere patranos , Gergoviam profugit. (Cses. De Bell. gall. L. VIL)
* V. notre Introduction.
* Salvien nous apprend qu'il y avait des décurions même dans les vtci. — Voyez notre Introduction.
' « La première organisation des provinces dut présenter beaucoup de variétés, « car sans doute elles conservèrent en très-grande partie le régime antérieur à la c conquête. » Ainsi s'exprime Savigny, et il ajoute, en note, que Niebuhr se proposait d'édaircir cette matière difficile et jusqu^id presque entièrement négligée. « Sous les c empereurs, l'oi^nisation de toutes les provinces tendit à devenir uniforme... Tor-
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Tancienne cité gauloise n'existait plus, encore bien que l'antique noblesse nationale eût conservé dans les viUes capitales une considération supérieure. Mais est-ce à dire que les anciennes coutumes qui régissaient la famille eussent été anéanties? Est-ce à dire, comme on Ta supposé quelquefois, que le titre de oives romani accordé aux habitants des provinces ait brisé tous les rapports de patrons à clients , de propriétaires à colons? Il suffit de lire attentivement Salvien pour se convaincre du peu de fondement d'une telle hypothèse. Pour nous , nous sommes très-porté à croire que ,
« ganisation de la curie se trouve mentionDée de la même manière dans tous les actes... Le souvenir de leur nom et de leurs limites (aux cilés) se conserva longt temps; mais quand institution des décurions, parvenue à son entier développe c ment, s*étendit à tout l'empire, on peut à peine concevoir que les cités se soient « conservées. » (Savigny, Hist. du droit romain, p. 5i.)
On remarquera que Savigny n*est pas ici d'accord avec notre savant Dubos. Ce dernier, comme on sait, soutient que les cités s'étaient conservées; il croit, de plus, qu'il y avait dans chacune d'elles : 4» des patriciens d'où était tiré le sénat; 2» les curiaks qui formaient un sénat inférieur ; 3° les possessores; i^ les opifices; et que chaque civUas avait son armée. Ces assertions ont paru incroyables à Savigny. Quoil dit-il d'un ton de raillerie toute germanique, les cités gauloises avaient conservé tant de prérogatives et elles obéissaient à un cornes de l'empereur I L'illustre et savant jurisconsulte oublie sans doute que plus de cent cités confédérées luttèrent pendant plus de soixante ans contre les cornes de l'empereur et contre les Barbares de la Germanie tout à la fois, et que ce furent les évèques de ces cités qui donnèrent l'empire des Gaules, à Clovis catholique. Je sais qu'on pourra m'objecter les railleries étincelantes de Montesquieu au sujet de la république armoricaine inventée par Dubos. Mais comme les textes formels de Zosime et de Prooope , historiens contemporains , sont là , et que leur témoignage est d'ailleurs parfaitement en harmonie avec tout ce que nous apprennent et Grégoire de Tours , et Gildas , et Salvien , et les écrivains postérieurs des deux Bretagnes , je m'en tiens à l'opinion de Dubos, qui , il faut le reconnaître, n'était pas un grand jurisconsulte et n'avait pas le génie de Montesquieu et de Savigny , mais qui , très-certainement , était leur maître à tous deux en fait de science historique.
Nous l'avons dit ailleurs, et nous le répétons ici, les Romains , ces politiques par excellence , comprirent dès l'origine que , pour assurer leurs conquêtes , il fallait ou exterminer les populations vaincues, ou respecter leurs coutumes privées. Cette politique fut toujours celle de Rome ; l'imprudent Varus fut le seul à s'en écarter, et une épouvantable défaite suivit cette innovation. « Ausus ille, dit Florus*, ausus nie agere conventum et in castris jus dicebat quasi violentiam Barbarorum et lietoris virgis et prœconis voce posset inhibere; atque illi qui jam pridem rubigine
♦ V, notre lotroduciion.
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noD'Seulemenl dans certaines parties de la Gaule moins romanisées que les autres, telles que les provinces armoricaines, FArvernie, etc., mais même dans les contrées méridionales, les anciennes coutumes domestiques étaient restées en grande partie debout. C était, dans les derniers temps de sa vie, Topinion de
Mitos enses inertesque mérereni eqtio» ut primum iogas armis jura viderunt , duce Arminio, arma corripiunt. » (Florus. L. lY. c. 42.)
L'Angleterre dans Tlnde , la France dans l'Algérie , ne suivent pas un autre système que celui des Romains. Nous imposons notre domination politique à toutes led tribus vaincues; toutes les villes qu'occupent nos soldats sont sous l'empire du Gode Napoléon. Mais Tidée n'est venue à personne de changer violemment les coutumes arabes et de faire table rase de tous leurs contrats antérieurs. Il faut plus de siècles que ne le suppose le vulgaire , a dit Abel Rémusat , pour détruire la langue et les institutions d'un peuple.
Pour en revenir aux Gaulois, quoique le catholicisme les ait de bonne heure ro^ mamisés * , il est étrange de croire que deux ou trois siècles aient suffi pour les transformer. En effet . la foi chrétienne elle-même avait à peine pénétré aux extrémités de TArmorique à la fin du cinquième siècle. Quand saint Germain passa dans nie de Bretagne, les insulaires n'étaient pas tous convertis, car le moine Gonstantius nous apprend qu'une partie de l'armée bretonne reçut le baptême avant de marcher contre les Saxons **. Tout le nord-est <ie la Gaule était plongé dans l'idolàtrie à l'époque où saint Colomban vint s'établir dans les Vosges. Pensc-t-on que les peuples qui , suivant Zosime , revinrent à leur ancien gouvernement et obéirent aux coutumes des forêts (voir un passage de VAululariay Introduction)^ pense-t-on, dis- je, que tous ces peuples aient renoncé à leurs coutumes locales comme l'avaient fait les habitants des cités gallo-romaines de Vienne, Marseille, Ntmes, Lyon, etc., etc. ?
Cela est inadmissible ; et je suis même très-porté à croire , avec Rapedius de Berg et avec Grosley *** , que les coutumes du moyen âge, dont le fond est le même [tarlauty en Bretagne comme en Bourgogne, se sont formées non-seulement d'éléments germains , mais de débris d'anciens usages locaux qui offraient de grandes analogies avec ceux qu'apportaient les conquérants.
* Abel Rëmiuat , dani son travail lar les langues tarures, fait observer très -judicieusement <ttl£ l'influeoce reliçieoae est celle qui agit le plus puissanimenl sur la langue d*uu peuple : il y a des circonstances, dit-il, où vingt missiounaires |)euveut modifier toutes les opinions d'un peuple : comment ne pourraient-ils pas modifier sa langue? Aussi M. Guérard reconnatt-il, dans la préface dn Cartulaire du Saint-Père de Chartres, que c'est surtout l'Élise qui a romanisé les Gaules.
*** V. Grosley, Recherches pour servir à V Histoire du droit français. Cet ouvrage, auquel travailla Gilbert des^Voisins, n'est pas sans mérite : M. De Corbière, le plus savant des jurisconsultes de ce temi>s-ci, m'en avait recommandé la lecture; j'ai à le ^remercier de ce conseil. Grosley, malgré riusuffisauce de ses étndes historiques, approche beaucoup plus de la vérité que le grand nombre de ses contemporains. Quant à Hapcdius de Derg, à la science duquel Savigny rend hommage, il mêle aux quelques vérités qu'il défend des erreurs énormes. (V. lu Critique des sources, T. 1.)
M. Faurid * ; c'est aujourd'hui , ce semble , celle de M. de Pétigny dans son savant ouvrage sur les Mérovingiens. Les civilisations , nous le répétons , ne disparaissent pas comme ces vaisseaux qui sombrent au miliea des mers*; elles lèguent toujours qudques débris aux civilisations qui les remplacent. Ce sont ces débris qui, réunis à d'autres éléments , ont formé la législation du moyen âge, législation où la pensée chrétienne domina comme elle avait dominé dans les lois romaines, depuis Constantin jusqu'à Justinien .