‹ Histoire des peuples Bretons dans la Gaule et dans les iles britanniquesChapitre 34 sur 75 · DES ORIGINES DE LA NOBLESSE. 1S · texte numérisé non relu

DES ORIGINES DE LA NOBLESSE. 1S

Qaioonqne , par son mérite personnel ou par celai de ses ancêtres , était parvenu à cette dignité, se voyait aussitôt entouré d'une clientèle guerrière qui s'attachait à sa personne et partageait sa fortune. Cette institution delà clientèle, quoi qu'en ait pu dire M. Mignet après Montesquieu', n' est donc pasexclusivementgermanique. Meyer et M. Naudet ont fait observer, depuis long-temps, que les amhacti gaulois n'étaient autres que les comités germains. Pour s'en convaincre , il suffit de lire César, Strabon , Pausanias et Posidonius dans Athénée, en oubliant des opinions préconçues. On se souvient des paroles de César relativement au dévouement des clients gaulois pour leurs chefs pendant la guerre. En temps de paix , ces vassaux ne quittaient pas leurs patrons ; à la chasse , aux assemblées, ils étaient toujours à leurs côtés. Point de fêtes, point de festins où ils ne les accompagnassent. Citons encore ici quelques lignes de Posidonius qu'on n'a pas assez remarquées :

« Dans les repas d'apparat, la table est ronde*; les convives se « rangent en cercle tout autour. La place du milieu est réservée (( au guerrier le plus illustre par sa vaillance , sa naissance ou ses « richesses. A côté de lui se place le maître du logis , et , successi- « vement, chaque convive, d'après sa dignité personnelle et sa « classe. Cest le cercle des patrons. Derrière eux sont assis, en « cercle aussi, les fidèles, les compagnons d'armes; une rangée « porte les boucliers, l'autre rangée porte les lances. Toiés sont tf traités comme leurs maîtres'. »

Nous en appelons à tous ceux qui ont étudié le moyen âge , les paroles qu'on vient de lire ne font-elles pas songer, quoi qu'on en ait , aux seigneurs du onzième siècle , accompagnés de leurs écuyers et de leurs pages? Un texte de Pausanias établit non moins explicitement l'analogie qui existait entre l'organisation de la clientèle gauloise et celle de la chevalerie des temps postérieurs :

« Il y avait chez les Galates un corps de cavalerie appelé tri^

« Vid. infrà.

* On sait le rôle qu'a joué la ^6/0 ronde dans les romans de chevalerie. Les traditions s'altèrent, se modifient, mais elles ont une persistance incroyable

* Posidon. in Athœn.

« marc%na\ et composé de personnages de distinction, lesquels a avaient, chacun sons ses ordres, deux autres cavaliers d'un « rang inférieur. Ceux-ci se tenaient derrière leur maître pendant a la bataille, soit pour lui présenter un de leurs chevaux s'il était a démonté , soit pour l'emporter de la mêlée s'il recevait une blés- « sure grave. Dans ce cas et dans celui de mort, le chef était ausa sitôt remplacé par l'un des deux cavaliers, et celui-ci devait « l'être à son tour par son compagnon '. »

Toutes ces citations démontrent assurément, et de la manière la plus évidente , que le germe plus ou moins développé de l'organisation qu'on est convenu d'appeler féodale n'existait pas exclusivement chez les Germains. Toutefois, nous doutons fort que les historiens qui ont fait leur siège et qui n'entendent pas le recom- . mencer, veuillent bien reconnaître que la féodalité n'est pas une création à priori. On a ses raisons pour ne pas admettre, avec Savigny, que chaque âge d'une nation n'est que la continuation et le développement de tous les âges écoulés , et que chaque siècle tient par des liens indissolubles au passé tout entier'.

Nous voici arrivé au terme de cette étude sur les lois oambriennés; nous aurons plus tard à dire quelques mots des institutions armoricano-bretonnes. Mais , dès ici , nous croyons avoir démontré la vérité d'une assertion que nous avions déjà formulée en 1840, savoir, que les ambacti et les soldurii des Commentaires n'étaient autre chose que des vassaux miUtaires de difiTérents degrés, attachés à un chef de tribu rurale par des liens de foi réciproque, et

* Trimarch , chez les Bretons, trois chevaux : iri^ trois; marché cheval.

* Pausan. in Phoc,

' Voy. Savigny (Zeitschrift fur getûhichUiekeReckiswissenschaft. Berlin, 4845).

« Toutes choses, dit notre grand Pascal, étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiatement et immédiatement , et s'entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes , je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout , non plus que de connattre le tout sans connaître particulièrement les parties. »

Ailleurs, ce grand penseur ajoute : a Toute la suite des hommes pendant le cours de tant de siècles doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours. » (Pensées, part. I. art. 4.)

Voilà ce que les purs érudits, et surtout les légistes^ n*ont jamais su comprendre.

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