LES FRANÇAIS 9 LES BRETONS
pas moins de quatre cent quarante^lenx fiefs. Ces fortunes acquises si subitement enflammèrent la cupidité des guerriers d'outre-mer ; ils a£9uèrent à la cour de Guillaume. On eût dit que F Angleterre était un pays nouvellement découvert et qui appartenait à tout venant. Aussi les chroniques racontent-elles que du fond de la Basse- Bretagne arriva un jour le seigneur de Gognisby, nommé Guillaume, lequel amenait avec lui son épouse Tifaine, sa servante Manfa et son chien Hardi-Gras. L'esprit indépendant et batailleur de ces Bretons ne devait pas tarder à susciter au conquérant de graves embarras. Roger, comte de Herefort et hériti^ de Guillaume, fils d'Osbert, ayant été chargé par son frère de pourvoir et de doter sa jeune sœur Emma, avait négocié un mariage pour elle avec Raoul, sire de Gaël et comte de Norfolck, par la grâce de Guillaume de Normandie. Cette alliance, on ne sait pourquoi, déplut au duc, qui était alors sur le continent, et il déclara qu'il s'opposait formel* lement au mariage. Les deux parties ne tinrent compte de la défense. Les noces furent célébrées à Norwich : noces fatales » dit la chronique, car tous ceux qui y assistèrent devaient plus tard s'en repentir \ Roger et Raoul avaient invité à cette fête un grand nombre de seigneurs normands et saxons. Les Bretons du pays de Galles ne furent pas, conmie on le pense, oubliés par leurs frères de l'Ârmorique. A la fin du repas , quelques convives échauffés par le vin s'étant mis à déclamer contre Guillaume, ce tyran qui, sans raison , avait voulu empêcher le mariage de la noble Emma avec le vaillant comte de Norfolck, les assistants se levèrent en poussant des cris de malédiction contre le vainqueur de Hastings , et tous s'engagèrent par serment à secouer le joug du nouveau monarque d'Angleterre. La conspiration s'étendit de proche en proche : le roi de Danemark lui-même promit d'envoyer sa flotte avec des troupes de débarquement. Mais, avant l'arrivée de ce secours, Raoul de Gaël fut attaqué et battu par l'armée royale commandée par Eudes, évêque de Bayeux, par Geoffroi, évéque de Coutances, et par Guillaume de Yarenne. Le comte de Norfolck réussit à s'échapper et
..Nuptiae fuerunt omnibus qui aderanl fatales. [Chron. sax. Gibson. p. 483.)
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courut se reofermer dans sa ville de Norwich. De là il fit voile pow la ft*etagne oontinentale, où il allait chercher des seooars, laissant sa forteresse à la garde de sa fiemme. Emma opposa à l'ennemi une résistance héroïque et ne rendit la citadelle aux offiders royaux que quand elle y fut contrainte par la famine. Les Bretons qui avaient défendu la place obtinrent une capitulation, mais il leur fut enjoint de quitter Ttle dans un délai de quarante jours.
« Gloria in eâccelsis Deo^ écrivait Lanfranc au Conquérant, voici votre royaume purgé de cette écume de Bretcms ' »
Indigné de la perfidie du sire de Gael, Guillaume vint l'assiéger dans Dol ; la ville était serrée de près, quand le roi de France ac* courut à la tète de son armée, et fit lever le siège \ En 4 085, le m d'Angleterre parut encore sous les murs de la même place. Gomme les assiégés opposaient la plus vive résistance aux attaques de l'armée anglo-normande, le Conquérant, emporté par la colère, jura qu'il ne sortirait de la Bretagne que quand Dol lui aurait ouvert ses portes. Sèment imprudent, fait obsa'ver la chronique, car, peu de jours après, le jeune duc Alain Fergmt tomba à l' improviste sur les assiégeants, et fidrça le vainqueur de Hastings à fliir honteusement devant lui et à lui abandonna ses bagages et son tréscM* \
Cette édatante victoire changea complètement les dispositions du roi d'Angleterre. Il fit la paix avec Alain et lui donna, peu de temps après, sa fille Constance en mariage. Quelques années après, le duc de Bretagne prit part à la crcHsade préchée par Pierre PEkinite.
La croisade ! oe seul mot révolte les plus magnifiques souvenirs de nos annales.
Mais avant de parler de ces grandes entreprises qui apparaissent dans l'histoire oomme une sorte d'expiation de toutes les iniquités dont les peuples s'étaient souillés au neuvième siècle et au dixième,
' Gloria in excelsis Deo I regnum tuum purgatum est spurcitiâ Britonum.
* Apud Dolum castellum transmarinae Britanniâ& , dùm nescio quâ simultale ir> ritatxis , «nanain iltuc tnSIttarem duxrsset ioimmeros ex suis deskleravit. (Wfllelfli. Malmesb. L III. 3. -^Y.Rec.da ki$i. de Fran», T. XI. p. 487.)
> Anno sequenti rex transfretans obsedit Doi. Brilanni autem castellum tenuerunt viriliter donec rex Francise adveniens liberavit eos. (Henr. Hunlingt. Rec. des hisi, de Fronce^ T. XI. p. SOS.)
PUISSAKGK TBHP01ISLU BBS PA?B8. 147
force nous est de revenir quelques instants sur nos pas, et de jeter un coup d*œil rapide sur les différentes phases de l'histoire de TÉglise» depuis ravénement du christianisme dans le monde politique , jusqu'aux règnes des illustres pontifes qui, après avoir fait rentrer la féodalité dans de justes limites, réunirent les nations européennes comme en une seule , et la jetèrent sur TAsie devenue la proie de Tislamisme.