CHAPITRE IX
Origineg de la puissance temporelle des papes. — Vie active et vie contemplative. — Richesses de TÉglise. — Accroissement de son autorité politique. — Distinction des deux puissances. — Erreurs de Fleury. — Féodalité dans l'Église sous les Carlovingiens. ^ La puissance temporelle des papes nécessaire au moyen âge. — • Croisades ; leurs résultats.
Il faut le reconnaître, il a existé et il existe une politique romaine qui a survécu , dans le gouvernement de 1* Église , à la chute de r empire , et qui n'a cessé et ne cessera jamais de tendre à la domination %miver$elle des intelligences. « L'Église, dit excellemment saint Augustin dans son Traité de la vraie religion , T Église fait servir l'égarement des autres à son propre bien. Elle se sert des païens comme de la matière dont elle fait ses ouvrages, des hérétiques comme d'une preuve de la pureté de sa doctrine, des schismatiques comme d'un témoignage de sa fermeté, des juifs pour relever son éclat et sa splendeur. Elle invite les païens , elle chasse les hérétiques , elle abandonne les schismatiques ; elle passe, elle s'élève au-dessus des juifs, ouvrant néanmoins à tous l'entrée des mystères et les portes de la grâce. »
Telle fut, dès l'origine, là politique à^ l'église romaine, politique qu'auraient dû admirer spécialement ceux-là qui l'attaquent aujourd'hui avec le plus d'acharnement*.
1 Un professeur de législations comparées , qui , il y a peu d'années » dans un ouvrage sur l'Allemagne , accusait le Saint-Siège d'avoir déserté la cause des peuples pour se cramponner au trône des rois, M. Lerminier, adressait naguère à l'Église un reproche tout opposé :
« L'Église vit avec joie la déchéance de celui qui l'avait relevée (Napoléon) ; elle
itë PUISSANCE TEMPORELLE DES PAPES.
L'Église, dans sa partie humaine, est corps et âme; elle est corporelle en tant qu'elle travaille à réunir tous les hommes sous le gouvernement d'un seul chef : Unum ovtle et unus pastor. Elle est spirituelle en tant qu'elle travaille, sous l'autorité du Pasteur des pasteurs^ à l'union intérieure des âmes. Le grand homme dont nous venons de citer les paroles fait admirablement ressortir cette distinction :
« D y a, dit-il, deux sortes de vie dans l'Eglise : l'une se produit par la foi, l'autre se manifeste dans la forme; celle-ci est assujettie aux vicissitudes du temps, celle-là participe à la stabilité, à la quiétude de l'éternité; l'une agit, combat, travaille; l'autre jouit, contemple, se repose; l'une est bonne, mais misérable encore ; l'autre est plus excellente , car elle goûte déjà la béatitude ; la première est représentée par saint Pierre, la seconde par l'apôtre saint Jean'. »
Ainsi, d'un côté travail extrinsèque de la vie, activité religieuse et sociale, œuvres extérieures de charité et de civilisation; de l'autre côté, vie mystique des élus de l'amour divin, lesquels, sans se mêler pour ainsi dire aux agitations du monde , y laissent pourtant des traces profondes » et communiquent aux sociétés ces mystérieuses impulsions qui se font sentir d'un bout à l'autre de la chrétienté. Tandis que les pontifes romains défendent, au prix de leur sang, l'indépendance U l'unité de l'Église menacée par les empereurs; les Antoinq, les Hilarion, les Pacôme, etc., retirés au
mit toutes ses espérances dans des princes qui revenaient de l*exil. Pendant quinze ans elle sembla confondre sa cause avec colle des Bourbons ; et quand ils tombèrent à leur tour... elle reprit sa niarche, Me. » {Revue des Deua^-Mondes^ 46 oct. 4844.)
Ainsi, suivant M. Lerminier , TËglise , après la chute de Bonaparte ou après celle de la branche aînée des Bourbons, aurait dû s'envelopper en quelque sorte dans ses regrets, et renoncer à Taccomptissement de ses devoirs envers la société! Nous en appelons du jugement de M. Lerminier journaliste à celui de M. Lerminier historien.
*■ Duas vitas sibi divinitùs praedicatas et commendatas novit Ecclesia, quarum una est in fide, altéra in specie ; una in tempore peregrinationis, altéra in aetemitate mansionis ; una ^n labore , altéra in requie; una in via , altéra in patrià ; una in opère actionis, altéra in mercede oontemplationis... ergo una bona est, sed adhuc misera; altéra melior et beata. Ista signiâcata est per apostolum Petrum, iila per Joannem. (Y. S. Âug. tract. 424 in Joann. post médium.)