PUISSANCE TEMPORELLE DES PAPES
fond des déserts de la Thébaïde» dans les solitudes embrasées de r Arabie et de la Palestine, se livrent aux pénitences les plus anstè* res, et se mettent, pour ainsi parler, en communication intime avec le ciel.
Au milieu des plus atroces persécutions , le christianisme n* avait cessé d'agrandir le cercle de ses conquêtes. Un jour vint oh la foi de sainte Hélène monta sur le trône avec son fils Constantin. Alors la croix , si long-temps méprisée, s* éleva resplendissante au sommet du Capitole ; la société catholique fut publiquement constituée, et son chef visible étendit son action sur toutes les régions de l'empire romain. Le règne de Constantin environna T Église d'une éclatante auréole de gloire humaine; les honneurs, les richesses lui furent prodigués '. La loi romaine avait reconnu de tout temps les donations faites entre-vifs ou par testament aux temples et aux ministres des faux dieux*; F empereur accorda le même privilège aux chrétiens'. La générosité des fidèles, stimulée par l'exemple des empereurs, accroissait de jour en jour les richesses du clergé, dans toutes les parties de l'empire. Un grand nombre de personnes riches renonçaient à leur patrimoine en faveur de l'Église ou des monastères y au moment de leur conversion ou de leur entrée dans la cléricature ^ D'autres se dépouillaient seulement d'une partie de leurs biens pendant la vie , et léguaient en mourant leur fortune à de pieux établissements. Les évèques surtout se faisaient presque toujours un devoir d'agir ainsi \
Saint Jérôme , dans une lettre écrite à Pammachius vers 400 , lui apprend que l'église de Jérusalem possédait de grands biens par suite de l'affluence des pèlerins qui s'y rendaient de toutes les parties du monde*. L'église d'Alexandrie jouissait aussi de reve-
* Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline, T. III. L. I. c. 48. — Bingham, Origines, sive Antiquitates eccles. T. II. L. V. c. i. §6.
* Digest. L. XXXm. tit. 1. n<» 20.
* Cette loi de Constantin se trouve dans le Code Théodosien (L. XVI. tit. 2. n» 2i) et dans le Code Justinien (L. I. tit. 2. n« 4).
^ Thomassin, ibid. L. III. c. 2 et 3.
* Thomassin, ibid, L. II. c. 38.
* S. Hieron. epist. 38 (alias 64) ad Pammachium {Opéra. T. IV. 2' partie, p. 34 i).
iSO PUIBSàNCB TKHPORSLLE DBS PAFBft.
DLUS'très-ooiifiidérables. Mais toutes ces richesses n'étaient rien comparées à celles que la piété des fidèles avait aocomnlées dans la capitale du monde chrétien. La plupart des peuples éclairés des lumières de la foi en étaient redevables au zèle des missionnaires romains : le souvenir d'un si grand bienfait ne s'effaçait jamais de leur mémoire. Dans toutes les contrées de l'empire» princes et peuples s'empressaient de manifester» par de riches ofifirandes, leur profond respect pour le successeur de saint Pierre , et c'était à qui contribuerait de ses deniers au soutien de l'Église universelle. Telle est la source des biens de cette église, depuis la conversion de Constantin. Elle avait à sa disposition des ressources si considé* rables, même au quatrième siècle, que Prétextât, nommé con-* sul , disait au pape Damase : « Faites*moi évèque de Rome et à l'instant j'embrasse le christianisme'. » Le saint-siége possédait des paPrimovMs non-seulement en Italie, mais dans les Gaules, en Afrique, en Espagne et dans plusieurs autres contrées. De ces patrimoines les uns étaient des biens-fonds dont l'égUse romaine percevait les revenus: d'autres étaient de véritables seignewriet (j^ embrassaient parfois <les villes et des provinces , et dans lesquelles le pape exerçait , par le moyen de ses officiers, tous les droits d'un seigneur temporel '.
Ce fut au sein de ces immenses prospérités que l'Église sentit tout à coup qu'elle s'affaissait sur elle-même. Dès long-temps, pour emprunter le langage d'un grand historien, elle commençait à perdre la sérénité d'une grande puissance qui jouit avec calme de sa part d'autorité. Au milieu de son triomphe, elle se défiait de cette société que le vice et la misère avaient dégradée et où l'hérésie naissait de toutes parts à la voix de sophistes corrupteurs.
Le christianisme avait opéré, dès l'origine, une immense révolu-
* Miserabilis Pretextatus, qui designatus consul est mortuus, bomo sacrilegus, idolorum cultor, solebat ludens beato papœ Damaso dicere : FoeiU me romance urbis eptscopum, at ero proUnù$ chri$lianu$» (S. Hieron. loc. cit.) — Ces quelques ligoes nous apprennent ce qu'il faut penser de la prétendue pauvreté des pontifes de la primitive Église.
* S. Greg. Epist, L. I. epist. 44 et 75; L. IX. epist. 49. 99. etc. — TbomaBStn, Ancienne et nouveUe dimplinef T. UL L. I. c. 27. n<' 7.
PUISSiNGB TEMMBCLLS DES PAPBS. 18i
tion dans Tordre poliUque. Mettant ea pratique ces paroles du divin maître : c Rendez à César ce qni est à César, et à Dieu ce qni est à Dieu , » il avait détaché la religion de sa base matérielle en risolant du pouvoir politique. De là la haine implacable des juri»consultes et des philosophes d'État, courtisans serviles de la majesté impériale, contre la religion du Dieu crucifié; de là les perse-entions qui accueillirent le christianisme , tandis que la loi romaine se montrait si pleine de tolérance pour les cultes les plus immondes. Après la conversion de Constantin, la distinction fondamentale étaUie tout d'abord entre T empereur et le pontife continua de subaister'. Le rôle de la puissance tempcNrelle, quoi que puissent dire les modernes adorateurs de la personne sacf^ de César, se bornait à protéger l'Église, à soutenir ses décisions sans jamais les prévenir ou les corriger en aucune manière. Ce principe fut toujours reconnu par les princes orthodoxes : c Dieu, disait Justinien, « a confié aux hommes le sacerdoce et l'empire : le sacerdoce pour « administrer les dioses divines , l'emjHre pour présider aux choses « humaines ; l'un et l'autre procèdent du même principe. » D'où l'empereur concluait qu'il ne prétendait pas régler par lui-même les matières ecdésiastîques, mais coiifirmer seulement les règles de l'Église et les canons des oondies.
^ Dans son Histoire du droit français cm moyen âge (T. I. p. 297) , M. Giraud s'exprime aiosi :
« Constantin abdiqua le soaverain pontificat, mais il n*entendit pas constituer deux £lats dans un État. Il dèfmUi au sacerdoce catliolique oa poavoir poremeRt spiiitnel sur les âmes, eta »
Ainsi, suivant le savant écrivain , le pouvoir spirituel exercé par le Saint-Siège ne serait qu'une concession impériale 1 Cest la théorie développée par H. Hello dans la Rêiow as U§Uiktion.
k la paee dOS du mône ouvrage, M. Giraud i^oale :
« La réYokilioa religieuse avait envahi les niKBurs ^ les lois; mais^ tout eu obéis^ eant à sou impulsioa , fo m ya r gu r éUM oomms k chef de l'Église. Le eaiksUcêsme était domiuaol, luais împirMi et quoique la séparation des deui pouvoirs eèt é4é poBée m théorie , VÈ^fm demeurait, eu réalité, subordonnée à TÉlat. Les Francs, au contraire, regardèrent les évéques, noo conme des roRonoNNAnss açucMBUX, etc. »
Je crains que M. Giraud ne se laisse denioer ici fiar les ^stènes fort peu histo* riqœs adoptés, à priori^ par plusieurs de messieurs les membres de l'Aeadéne des sciences morales et politiques.