‹ Histoire des peuples Bretons dans la Gaule et dans les iles britanniquesChapitre 42 sur 75 · PUISSANCE TEMPORELLE DES PAPES · texte numérisé non relu

PUISSANCE TEMPORELLE DES PAPES

Cest d'après ce principe qu'il faut expliquer le titre d'évéque ex- ' térieur, dont le premier empereur chrétien se glorifiait quelquefois en présence des évéques : « Dieu, leur disait- il, vous a établis pour le dedans et moi pour le dehors. » Paroles mémorables que. les princes et les légistes ont souvent détournées de leur vrai sens pour opprimer F Église'. « Il est vrai, dit Fénelon, que le prince « pieux et zélé est nommé Vévêque du dehors et le protecteur des ^cernons; expressions que nous répéterons sans cesse avec joie, (( dans le sens modéré des anciens qui s'en sont servis. Hais Té- « véque du dehors ne doit jamais entreprendre la fonction de celm <c du dedans. Il se tient le glaive en main à la porte du sanctuaire, « mais il prend garde de n'y entrer pas. En même temps qu'U « protège» il obéit; il protège les décisions, mais il n'en fait au* « cune. Voici les deux fonctions auxquelles il se borne : la première tt est de maintenir l'Église en pleine liberté contre tous ses ennemis « du dehors, afin qu'elle puisse au dedans, sans aucune gène, tt prononcer, décider, approuver, corriger, enfin abattre toute haua teur qui s'élève contre la science de Dieu; la seconde est d'ap- « puyer ces mêmes décisions dès qu'elles sont faites, sans se pertt mettre jamais de les interpréter, sous aucun prétexte. .. à Dieu ne tt plaise que le protecteur gotwerne ni prévienne jamais en rien ce « que l'Église réglera ! Il attend , il écoute humblement , il croit sans a hésiter, il obéit lui-même , et fait autant obéir par l'autorité de son tt exemple que par la puissance qu'il tient dans ses mains. Hais entt fin le protecteur de la liberté ne la diminue pas : sa protection ne tt serait plus un secours, mais un joug déguisé, s'il voulait déter* « miner l'Église au lieu de se laisser déterminer par elle \ »

^ Mazima quidem in hominibus Bunt dona Dei à supernft collata demeDtîâ , sacerdoUum et imperium; et illud quidem divinis ministrans ; hoc autem humanis preeflidens, ac diligentiam exhibens. Ex uno eodemque principio utrâque procedentiâ humanam exornant vitam... Benè autem omnia geruotur et competenter , si reî principium fiât deoens et amabile Dec. Hoc autem futunim esse credimus, si sacrarum regularum observatio custodiatur , quam justi , et laudandi , et adorandi in* spectores et ministri Dei verbi tradidenint apostoii, et Sancti Patres custodierunt et explanavenint. (JusUniani NoveUa YI. prœf. (ad cale. Cod. Justin.).

^ Fénelon, Discours prononcé au sacre de T^cteur de Cologne , 4^^ point (T. XVII des Œuvres complètes de Fénelon, p. 447).

nCDÉFINBAlCB MM PAPU. 183

Or, voilà préciflément oe qui eat lien sous Fempereur Constance, Le inonde romain» ap^s la mort de Constantin, s'était brisé en deax parties» car Dieu voulait délivrer son Église da bras de chair sor lequel elle avait dû s'appuyer jusque-là. Sous le règne de Constance» de sombres nuages menacent la société chrétienne. Livré aux ariens» dont les sophismes séduisent un grand nombre d'es-* prits flottants, Tempereur s'arroge le droit d'intervenir dans les choses spirituelles ; les évèques orthodoxes sont chassés de leurs sièges, le omcile de Rimini presque tout entier se trouve comme enveloppé» à son insu, dans les filets de l'hérésie. Une véritable réaction païenne éclate contre le christianisme. Déjà les gnostiques avaient opposé leurs fausses traditions aux traditions apostoliques ; les ariens avaient rejeté le cultedu fils de Dieu ; les disciples de Sabellius ne voulaient reconnaître dans le mystère de la sainte Trinité qu'une seule personne sous trois noms. Maintenant voici venir Macédonius, qui nie le Saint-Esprit ; Pelage et Gélestius» antagonistes du dogme du pédié originel, et enfin les semi-pélagiens, qui attribuent aux seules forces de la raison le commencement de la foi et de la justification. Cest en vain que les successeurs de Constance mettent à la disposition de F Église les dernières armes du despotisme impérial ' : l'Église sent la nécessité de rompre avec cette société contre laquelle, dès l'origine, Jean avait prononcé l'anathème» et dont elle était destinée à prendre la place '. Voici en quels termes, au cinquième siècle» le grand évèque d'Hippone flétrissait le colosse impérial , la grande et cruelle cité ivre du sang des martyrs, et que l'ange de la colère de Dieu allait détruire de fond en comble : « Que sont» sans la justice, les grands empires » sinon de grands

a brigandages? En effet, une bande de brigands est soumise

« aussi à l'autorité d'un chef; les membres sont unis entre eux par

« Cod.Tliéod.XVL7. <.

* ViB, V8B civitas illa magna, que amicta erat bysao , et purpura , et cocco, et deaurata erat auro, et lapide pretioso, et margaritis (Àpocal. XVIII. 46). — Et vidi roulierem ebriam de flanguine sanctorum , et de aanguine martyrum Jesu. Aqu® quaa vidiati ubi meretrix sedet, populi sunt et geutes , et linguas (Ibid. 6-45). — £t mulier quam yidisti eat civitas magua qu« babet reguum super reges terr8e(/6id.48).

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« une sorte de pacte social, et c'est la loi qui préside au partage da I

a butin. Si le mal devient assez grand, par T accession des hommes |

« perdus, pour qu'il puisse occupa des positions, s'emparer des « villes, subjuguer des nations, il mérite plus évidemment Picore a le nom d' empire , et il le mérite» non pas parce qu'il est moins « avide, mais parce qu'il est désormais au-dessus de la crainte du « châtiment \ »

Les Romains, dans leur immense orgueil, croyaient à la durée étemelle de leur empire : tontes les nations leur semblaient avoir été créées pour vivre sous le sceptre du peuple-roi*. L'Église vint les tirer de cette illusion , en faisant retentir à leurs oreilles ces graves paroles : PrœterU figura hujus mundi\ Au commencement du cinquième siècle, lorsqu'il fut démontré que les plaies de l'empii'e , au lieu de se cicatriser, devenaient de jour en jour plus hideuses, l'Église, qui avait servi d'appui au colosse alors que toutes les espérances du monde paraissaient encore attachées à sa conservation , l'Église marcha au-devant des Barbares , en répétant le mot de saint Paul : Eœe converiimur ad génies''.. L'épreuve de la barbarie était sans doute formidable; en Orient, malgré les efforts des disciples de saint Basile, on l'avait vue absorber peu à peu l'élément chrétien à demi dissous déjà par les doctrines d'Anus, de

^ Remotâ itaque jusUtiâ , quid sunt régna nisi magna latrocinia? Quia et ipsa latrocinia quid Bunt, nisi parva régna? Manus etenim ipsa hominum cum împerio principis regitur, pacte societatis astringitur, placiti lege praada dividituf . Hoc malum si in tantum perditorum hominum accessibus crescit ut ea loca teneat, aedes constituât, civitates occupet, populos subjuget , evidentiùs regni nomen assumit, quod ei jam in manifesto confert non adempta cupiditas, sed addita impunitas. (S. Âug. De civit. Dei. IV. i.)

* Cette doctrine toute païenne du droit que possèdent certains conquérants à la domination universelle, existe de nos jours, et, chose étrange, on la rencontre chez des hommes qui se proclament libéraux ! Napoléon était ai^pelé , répète-l^on sans cesse, à gouverner toute l'Europe. Il semblerait même, en lisant M. Thiers, que le devoir des peuples étrangers fût de se courber sous le joug tyrannique du grand homme.

« S. Paul, ad Corinth. epist. I. c. VII. 34.

* Tune constanler Paulus et Bamabas dixerunt : Vobis (Judœis) oportebat primùm loqui verbum Dei ; sed quoniam repeUitis illud , et indignes vos judicatis œtemae vitœ, ecoe convertimur ad gentes. (AeU Apost. XlII. 46.)

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