‹ Histoire des peuples Bretons dans la Gaule et dans les iles britanniquesChapitre 43 sur 75 · INDÉPENDANCE DES PIPES · texte numérisé non relu

INDÉPENDANCE DES PIPES

Neetorius et d'Eutichès ; mais en Occident les choses devaient se passer autrement. Le torrent bar are feillit entraîner la société européenne dans son cours impétueux ; mais Dieu lui opposa des digues inébranlables. Saint Léon résiste seul à la ligue des peuples, et les arrête aux portes de Rome. Fait unique dans Fhistoire! tandis que, du nord au midi, toutes les barrières sont rompues, et que le grand empire éclate en mille pièces , F Église seule reste debout et subsiste, intègre dans sa foi, pleine de vigueur dans son unité, invariable dans sa doctrine et dans ses enseignements. Au cinquième siècle, rarianisme, presque anéanti en Occident, grâce aux rigueurs de Théodose, avait repris une nouvelle force par F invasion des Barbares qu'il avait conquis. Les Goths, les Bargondes, les Saèves, les Vandales étaient hérétiques. Les GaUo-Romains orthodoxes, qui toujours avaient repoussé les prosaïques subtilités du sophiste carthaginois, étaient en butte à de nouvelles persécutions. Us tournèrent donc naturellement les yeux vers d'autres barbares qu'aucun fanatisme de secte ne rendait hostiles à leur foi '. Chacun avait hâte d'en finir avec la monstrueuse domination qui pesait sur le monde. L'unité de l'empire avait d'abord facilité la propagation du christianisme chez les peuples soumis au joug romain, mais elle devenait souvent un obstacle à sa propagation au delà. L'histoire nous apprend , en effet, que Sapor, roi des Perses, se fit le persécuteur des chrétiens, dans ses États, par ce motif tout politique que le christianisme était la religion des césars. Or, comme la foi catholique doit régner chez tous les peuples et dans tous les siècles, il était nécessaire que Rome chrétienne, n'ayant d'autre souverain que son pontife, devint la capitale commune de toutes les nations. D'ailleurs, l'unité politique dont le génie despotique de Rome rêvait l'établissement, aurait fini par détruire toutes les nationaUtés et par fondre toutes les tribus humaines en une masse de plus en plus compacte, mais inerte : résultat déplorable, car la vie et la beauté de l'univers exigent la variété dans l'unité et l'activité dans l'ordre. C est à ce but que tendit l'Église. Pour y atteindre, elle brisa une grande partie des

^ Quas in naturali adhùc ignorantiâ consiitutas nuila pravorom dogmatum germina corruperuni [EpisL Avit. VienneM. epûc, ad Clodcv. reg.).

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liens qui l'attachaient à rempire, ce qui, on ne F a pas assez remarqué, précipita singolièrement la dissolation de cette monstroense or-ganisation. On Fa dit avec raison, la même enceinte ne pouvait renfermer rempereor et le pontife; aussi le fils d'Hélène alla-t-il établir à Gonstantinople le siège de F empire. Depais ce jour, les princes ne ieâOfUplus trouvés chez eux à Rome. Les barbares, Hernies, Goths, Lombards ne songèrent jamais , chose étrange , à faire de cette ville la capitale de leurs royaumes ; tous semblaient reconnattre que la cité éternelle appartient au vicaire de Jésus-Christ. Désolée par les invasions , abandonnée par ses souverains , F Italie n'eut d'autres défenseurs que ses pontifes. « Quiconque, disait saint Grégoire-le-Grand, arrive à la place que j'occupe, est accablé par les affaires au point de douJUr eoucent s* il est pHnoe ou pontife \ Et , en effet , depuis le règne des empereurs Honorius et Théodose-le* Jeune , les papes sont investis d'une véritable domination temporelle. L'histoire nous les montre se servant de leur autorité pour empêcher les assemblées des hérétiques , pour fermer leurs églises et même pour condamna à F exil leurs principaux chefs. Célestius, qui dirigeait réellement les pélagiens, est banni de l'Italie par ordre du pape saint Gélestin ' ; les manichéens sont expulsés par les papes Gélase et Symmaque\ Cet exercice du pouvoir temporel par le saint-siége avait lieu nécessairraient avec l'assentiment de Fempereur» car la doctrine de la distinction des deux puissances était dès lors très-nettement formulée : <x Ce monde , auguste empereur, éoivait Gélase à H Anastase, est gouverné par deux puissances, celle des pontifes « et celle des itxs , entre lesquelles la charge des prêtres est d'auc tant plus grande, qu'ils d(Mvent rendre compte à Dieu, dans son « jugement t pour l'âme des rois. Vous savez, mon lrè»*cher fils, « qu'encore que votre dignité vous élève au-dessus des autres « hommes , cependant vous vous humiliez devant les évêques

* Hoc in loco quisq^m pasior dicitiir, caris exterioribus graviter occupatur; îta ui sœpè iaoertiim fiai, utràm pastoris ofliciaiB, aa terreai procerîs ag^ (8. Grêgorii Epist, L. I. epist. 45).

* S. ?f09per, oonini CoUat. c. 24 . a« 43S.

> Vitœ SS. Gelasii et Symmachi (Labbe, CtmU. T. IV. p. 4444 et 4297).

INDÉPENDAlfCB DU PAPES. i87

« Âargés de radministraticm des choses divines. Vous vous adressez « à eQX pour être conduits dans la voie da saint; et dans tout ce «qni concerne la réception et T administration des sacrements, « vous reconnaissez que, bien loin de pouvoir leur commander, « vous êtes obligé de leur obéir. Vous savez, dis-je, que sur tout « cela vous dépendez de leur jugement, et que vous n*avez pas ' « droit de les assujettir à votre vobnté. Ca/r si le$ mmiitres de la « religion obéissent à vos lois dans tout ce qui concerne l'ordre « temporel, parce qu'ils savent que vous avez reçu d*en haut voire « puissance , avec quelle affection , je vous prie f devez-vous obéir Il à ceux qui sont diargés de dispenser nos augustes myst^es ' ! »

La distinction et Tindépendance réciproque des deux puissances sont exprimées de la manière la plus claire dans le passage qu'on vient de lire. L'opiniâtreté d'Anastase à soutaiir Thérésie obligea , qudques années plus tard , le pape Symmaque à lui rappder cette doctrine fondamentale :

«Croyez-vous, parce que vous ètesemp^eur, qu'il vous soit s permis de mépriser le jugement de Dieu et de vous élever contre « la puissance de saint Pierre... Vous direz peut-être que, suivant « rÉcriture, nous devons être soumis à toutes les puissances. Sans « doute nous obéissons aux puissances de la terre, lorsqu'elles se « tiennent à leur place, et qu'elles n'opposent point leur volonté à « celle de Dieu. Au reste » si toute puissance vient de Dieu, celle « qui est établie pour régler les choses divines eià vient à plus forte

^ IHm snit, imperalor atigiiste, qnibos prmcipaittcr mundushîc regitar, auclorilas sacra pontifiomii, et rega!» potestas; in qoibus taotô graviûs est pondus sacerdotem , quantè eitam pro îpsîs regiboa m redditoris sunt examine rationem. Nosti «MB, ati denentisame , qoed, lîcet prataideas fanmano generi, dignitate, rerum tamen prœeulilma dhiBaram devotua oolta aubmittis, atque ab eis causas tuœ saktis expetÎB; ioque BumeBdiB eœlestibiia sacramentis, eisque, ut competil , disponendls , subdi te debere cognoscis religionis ordine potiùs quam prœesse. Nosti itaqoe wter h»e ex illomra te pendere Judicio , non îllos ad tnam velle redigi voluntatem Si emm quaniùm ad ordimm pertinet publicœ discipUnœ , coyno9cmtes , imferwm iM êupemd ditpoBiliane eoUatum, kgibus fuis ipsi quoque parent religionis oMlMlflef... quo , rogo, decet affecta eis obedire, qui pro erogandisr venerabiiibus sont atUibttli myateriis. (S. Gda$ii pap. epist. ad Anast, Aug, — Labbe, CùnciL T.IV. p. 4482.)

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