‹ Histoire des peuples Bretons dans la Gaule et dans les iles britanniquesChapitre 45 sur 75 · INDÉPENDANCE DES PAPES · texte numérisé non relu

INDÉPENDANCE DES PAPES

rame et le principal mobile de ces grandes entreprises. Personne ne conteste aujourd'hui les bienfaits sans nombre qu'en a retirés la civilisation. La navigation , la discipline militaire, le commerce, rindustrie firent d'immenses progrès à la fin du onzième siècle. Le mouvement de dissolution qui menaçait l'existence de la société européenne fat neutralisé par un mouvement opposé. Toutes les forces de l'Europe, disséminées et comme fixées au soU dans une infinité de petites localités, se groupèrent autour d'un centre commun. Tels furent les résultats matériels et politiques des croisades. Les résultats moraux qu'elles produisirent furent immenses aussi. Assurément rien au monde n'était plus fait pouf réveiller la foi et pour exalter les cœurs, au moyen âge, que le spectacle de la désolation de Jérusalem et la vue des lieux où Jésus-Christ avait souffert et était mort pour le salut des hommes. Quelles paroles pourraient exprimer Témotion qui dut s'emparer de la chrétienté lorsque les pèlerins revenus de Terre-Sainte racontèrent les faits suivants, lesquels, après tant de siècles, remuent encore si profondément nos âmes :

<x Godefroid de Bouillon, la victoire décidée, s'était abstenu de carnage, et avait quitté l'armée, suivi de trois serviteurs; il se rendit sans armes et pieds nus à l'église du Saint-Sépulcre. Bientôt la nouvelle de cet acte de piété se répand parmi les croisés , et aussitôt toutes les vengeances, toutes les colères s'apaisent. Les chevaliers, les hommes d'armes se dépouillent de leurs vêtements ensanglantés, font retentir Jérusalem de leurs sanglots, et, précédés par le clergé, se dirigent, les pieds nus, la tète découverte, vers l'église de la Résurrection. Lorsque l'armée chrétienne se trouva réunie autour du saint tombeau, le jour allait finir; le silence régnait sur les places publiques. »

Quand on songe que ces récits admirables étaient colportés de châteaux en châteaux par les pèlerins, et répétés par tous les poètes du temps, on s'explique la prodigieuse puissance d'imagination dont fut doué le douzième siècle.

ROBERT D^ARBRISWL, ABÉIiARD.

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