PIERRE DE DREUX
tance par la branche atnée de la maison de Bretagne, les comtes de Penthièvre avaient souvent imploré la protection des rois de France. Philippe le savait, et c'était là sans doute Tune des raisons qui Pavaient porté à choisir Henri d'Avaugour. Malheureusement le jeune prince n'avait que quatre ans, et la princesse en avait sept.
Inquiet toujours du côté de la Bretagne, Philippe-Auguste jugea qu'il était temps de disposer définitivement de la main de l'héritière du duché. Le choix du prince tomba cette fois sur Pierre de Dreux, arrière- petit-fils de Louis-le-Gros. Mauclerc, homme d'un brillant courage, était en outre l'un des politiques les plus habiles de son siècle. Mais tous les dons que le ciel lui avait départis ne devaient servir qu'à opprimer le peuple qu'il était chargé de gouverner. Nourri dans les principes de gouvernement absolu , qui déjà , grâce à l'in fluence des légistes, avaient germé à la cour de France, ce prince, à peine assis sur le trône de Nominoë, voulut franchir les bornes que la coutume du pays avait assignées au pouvoir du souverain : il commença, en conséquence, par battre en brèche la puissance du clergé et celle de l'aristocratie féodale. Aux prêtres, il enleva le privilège de (ierçage et celui de pasl-nuptial; aux gentilshommes, le droit de jouir des biens de leurs enfants mineurs et de donner des brefs sur leurs terres. La noblesse indignée courut aux armes ; elle fut battue par le duc de Bretagne près de Chateaubriand : le sang coula à flots dans l'Armorique jusqu'au jour oii, accablé sous le poids des foudres de l'Église et de l'exécration publique, le duc se vit forcé d'abdiquer le trône en faveur de son fils.
Pierre Mauclerc, durant la minorité de Louis IX, avait pris part à la ligue des seigneurs révoltés contre le roi de France. Devenu simple particulier, sous le nom du chevalier de Braine, Pierre combattit plus tard en héros, près de saint Louis, aux plaines de la Massoure, arrosées du sang d'un si grand nombre de chevaliers bretons \
^ On lit dans Tobiluaire du couvent de Sainl-François, à Quimper (monument que vient de déiruire le vandalisme municipal] , les li^^nes suivantes : « Idus januarii MCCLXXXV obiit nobilis miles dominus de Veteri Castro (Quélen du Vieux-Châtel), sepultus in sepullum parenlum suorum, quintus decimus qui omnes fucrunt milites in Terra Sancta, et dilexeruntordinem etconvenlum, eo quod voluerunt sepcliri in habitu Saucti Francisci. »
2o2 BLOIS ET MONTFORT.
Les successeurs de Mauclerc se transmirent paisiblement , pendant près d'un siècle, la couronne que le chef de leur dynastie n'avait pas su conserver. Le calme ne dura pas plus long-temps; funeste avant-coureur, il présageait le plus terrible des orages qui eussent encore assailli la Bretagne.
Arthur II était mort (1312), laissant trois fils de Marie de Limoges, sa première femme, et, de son mariage avec Yolande de Dreux, un fils, JeandeMontfort. Jean III, héritier d'Arthur, avait conçu contre sa belle-mère une haine insurmontable dans laquelle il enveloppait Jean, son frère consanguin. Pour ne pas léguer le pouvoir à ce prince qu'il détestait, le duc se mit en devoir d'assurer à la fiUe de son frère, Guy de Penthièvre, les droits que la coutume du pays lui donnait, à l'exclusion de son oncle, sur l'héritage de Bretagne.
Les États, consultés par le prince, ayant déclaré qu'ils s'en rapportaient à sa sagesse, Jean chercha dans la famille du roi de France un gendre capable de défendre sa nièce contre l'ambition inquiète de Montfort. Son choix tomba sur Charles de Blois, fils de Guy de Châtillon, comte de Blois ; mais toutes ces précautions de la sagesse humaine pour prévenir le mal ne firent, comme il arrive trop souvent, que précipiter le moment de la catastrophe. La mort de Jean III fut le signal d'une nouvelle guerre civile.
La Bretagne, théâtre d'obscurs événements depuis plusieurs siècles , voit commencer ici une ère nouvelle. Comme autrefois la Normandie, elle devient le champ de bataille où se débattent les intérêts de la France et de l'Angleterre. La juste réputation de valeur que vont acquérir les guerriers bretons ajoutera plus tard à la puissance de la France : du Guesclin, Clisson et Richement lui serviront de boucliers contre les invasions anglaises.
Montfort, au premier bruit de la mort de son frère, s'était fait proclamer duc de Bretagne. N'ayant rien à attendre de Philippe de France, protecteur de Charles de Blois, il se tourna du côté de l'Angleterre. Edouard III, qui gouvernait alors ce royaume, avait pris les armes en 1 335 pour disputer à Philippe de Valois une couronne qu'il revendiquait du chef de sa mère , fille de Philippe-le-Bel. Dans sa première campagne , le monarque anglais , attaquant la France