BLOIS ET MONTFORT
par la Flandre > était parvenu à reformer la ligue que Philippe- Augi^ste avait brisée à Bouvines. La querelle de la succession de Bretagne vint à point offrir de nouvelles chances à Tambitieux Edouard. Aussi s'empressa-t-il d'admettre la légitimité des droits du comte de Montfort; cependant telle n'avait pas toujours été sa conviction. N'avait-il pas, en effet, reconnu formellement dans Jeanne de Penthièvre l'héritière du duché de Bretagne, quand il avait sollicité la main de cette princesse pour le comte d(îCornwal, son frère (1 337)* ? La conduite du roi de France ne fut pas moins inconséquente. Chose bizarre ! on vit un roi, héritier du trône par exclusion de la ligne féminine , prendre en main la cause d'un prince qui tenait tous ses droits de sa femme, tandis qu'un autre prince, qui revendiquait la couronne du chef de sa mère , se déclarait pour Montfort, champion d'un principe opposé ; exemple, malheureusement trop fréquent, de la facilité avec laquelle les souverains sacrifient leur principe et les droits sacrés de la justice à l'intérêt de leur ambition.
La guerre se poursuivit pendant plusieurs années et n'offrit de part et d'autre que des alternatives de succès et de reyers. La noblesse bretonne se jeta dans la mêlée avec l'enthousiasme qui caractérise le génie de cette race; les femmes elles-mêmes, portant le casque et la cuirasse y prirent part aux batailles' ; mais les masses restèrent froides au milieu de toutes ces scènes de chevalerie. Un sentiment de nationalité parlait en elles et semblait leur
^ Ni les Bénédictins ni M. Daru n'ont fait usage de ce document curieux (v. Rymer, T. IV. p 683).
* Il n'est personne qui, après avoir lu dans Froissard les récits des prouesses de la coDttesse de Monlfort , ne se soit étonné de voir cette héroïne disparaître tout à coup de la scène de Thistoire. Le titre suivant , extrait de la collection de Rymer , T. V, p. 118, jettera peut-être quelque jour sur cette mystérieuse disparition :
« R$x omnibus et sciatiSy quod cùm nos nuper de avisamenio concUii noslri ordinaverimus , quod dilecta consanguinea nostra ducissa Britanniœ in Castro nostro de Tykill moretur, et quod delectus et fidelis noster WHlelmus Fraunk , constabularius ejusdem castri , pro eccpensis diciœ ducissœ et familiœ suœ pro iempore quo ipsa ibidem moram fecerit; façeret ordinari; nos pro securitate ipsius Willelmi in hdc parte voUntes de easpensis illis in certo ordinare, volumus et concidimus quod dictus Willelmus de quinque marcis pro singulis septimanis, pro expensis dictœ ducissœ et
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révéler que, sur ces champs de bataille arrosés de tant de sang, ce n'était pas pour les intérêts du pays, mais pour la suprématie de la France ou de T Angleterre que Ton combattait.
Enfin une manœuvre habile de Chandos, aux plaines d'Auray, fixa la victoire du côté de Jean de Montfort. Cette guerre, qui n*avait pas duré moins de vingt-trois ans, et à laquelle la mort de Charles de Blois put seule mettre un (erme, amena de grands changements dans Tétat social de la Bretagne. La hiérarchie féodale s'en ressentit la première. Toute sa puissance des temps antérieurs dut s'anéantir, on le conçoit 9 à une époque de troubles et d'anarchie où chacun pouvait, suivant son penchant et ses intérêts , prendre parti pour l'un ou pour l'autre des prétendants au trône.