‹ Histoire des peuples Bretons dans la Gaule et dans les iles britanniquesChapitre 55 sur 75 · TOM. U · texte numérisé non relu

TOM. U

âo8 JEAN IV.

« Nous défendre contre les Français , qui empiètent sur les Bretons.

€ Un cri de joie part, qui fait trembler le rivage ;

9 Les montagnes du Laz résonnent; la cavale blanche hennit et bondit d^allé-

c Les cloches chantent joyeusement , dans toutes les villes, à cent lieues a b ronde;

c L'été revient, le soleil brille ; le seigneur Jean est de retour 1

t Le seigneur Jean est un bon compagnon ; il a le pied vif comme rœil.

« Il a sucé le lait d*une Bretonne, un lait plus sain que du via vieux.

« Sa lance, quand il la balance , jette de tels éclairs qu^elle éblouit tous les regards;

c Son épée, quand il la manie , porte de tels coups qu'il fend en deux homme et cheval.

c — Frappe toujours I Tiens bon, seigneur duel Frappe dessus! Courage I Lave les (dans leur sang) , lave-les !

c Tenons bon , Bretons, tenons boni Ni merci ni trêve 1 sang pour sang!

€ Notre*Dame de Bretagne , viens au secours de .ton pays I

€ Le foin est mûr : qui fauchera? Le blé est mûr : qui moissonnera?

c Le foin , le blé, qui les emportera? Le roi de France prétend que ce sera lui.

€ II va venir faucher en Bretagne avec une faux d'argent ;

f II va venir faucher hos prairies avec une faux d'argent et moissonner nos champs avec une faucOle d'or.

c Youdraient^ils savoir, ces Français, si les Bretons sont manchots?

€ Voudrait-il apprendre, le seigneur Roi, s'il est hommb ou dieu?

€ Les loups de la Basse-Bretagne grincent des dents en entendant le ban de guerre;

€ En entendant les cris joyeux, ils hurlent; à Todeur des Français, ils hurlent de joie!

c On verra bientôt , dans les chemins , le sang couler cooune de l'eau ,

c Si bien que le plumage des canards et des oies blanches qui y nageront deviens dra rouge comme la braise.

c On verra plus de tronçons de lances éparpillés qu'il n'y a de rameaux sur la terre après l'ouragan.

« Là où les Français tomberont, ils resteront couchés jusqu'au jour du jugement, t Jusqu'au jour où ils seront jugés et chAtiés avec le irattre qui commande l'attaque.

« L*^out des arbres sera Teau bénite qui arrosera leurs tombeaux i. s

La haine du nom français et la forie du champ de bataille éclatent dans ces vers empreints d*nne si sauvage énergie. Nul doate

* Eunn alarc'h, eunn alarc'h trc-mor,

War loin tour moal kastel Armor I

JEAN lY. 239

que oe chant ne peigne an vif les sentiments qui agitaient les populations bretonnes lorsque les Français envahirent TArmorique. Le traùre qui commandait l'attaque^ et dont Dieu punira la félonie, n'est autre que Bertrand Duguesclin.

Malgré son génie et Thérolsme de son caractère, le connétable était devenu odieux à ses compatriotes : « Dans tous les lieux où il allait, dit un contemporain, les Bretons lui tournaient le dos. Ses parents eux-mêmes le blâmaient d'être ainsi en révolte, et d'amener Picards et Genevois pour combattre son vrai seigneur. » Plus de trois siècles après la mort du grand homme, le souvenir ' de sa félonie fit exclure son image de la salle des États de Bretagne. Plusieurs ont taxé d'exagération la noble conduite de nos ipères en cette occasion. Duguesclin, suivant les uns^ s'honorait ^ même au quatorzième siècle, en plaçant au-dessus de tout autre

Neventi vad d*ar Vretooed l Ha malloz-ru d*ar c*hallaoued !

Erru eul lestr , e pleg ar mor, He weliou gwenn gant han digar ; Digouet ann otrou lann endro, Dîgouet eo da riwall he vro; D'bon diwalL doc1i ar c'hallaoued, A vacliom war ar Vretoned.

Ken a loaker eur iouaden A ra d*ann od eur grenaden; Ken a zon ar neneiou Laz; Ha froen ha drid ar gazek c'hlaz ; Ken a gan laouen ar c'hleier , Kant leo tro-war-dro, e peb ker.

Deot e ann beol, deut e ann han ; Deut e endro ann otrou Jann !

Ann otrou Jann a zo potr mad ; Ker prim he droad hag he iagad.

Lez eur Vreigadez a zunoz Eul lez ken iarc*h evel gwin koz.

Luc'h a dol he c'hoaf pa*n horell , Ken a wnimenn ann neb a zell.

Pa choari klenv, ker kre e zarc'h Ken a zaou-hanter den ha marc*h.

— Darc*h-ato , dalc'h mad , otrou duk , Doo war 'nhe ! aMal bug-he! bugi

devoir son dévouement an roi de France. Suivant d'autres, le connétable, qui avait devancé son siècle et deviné V unité moderne, ne mérite aucun blÂme dans l'histoire, car la gloire a légitimé sa conduite. La morale n'admet pas ces sortes de légilimùée : fbonneur breton les a toujours repoussées.

Sans doute TArmorique s'enorgueillit d'avoir donné le jour au grand capitaine; mais c'est lorsqu'elle se rappelle le repentir de son illustre fils et les nombreuses victoires remportées sur le Saxon détesté!

A l'époque où Duguesclin se signalait au service de la France,, d'autres Bretons acquéraient un brillant renom, de l'autre côté des monts. Dans l'année 1375, la guerre s'étant élevée entre le pape Grégoire XI et la ville de Florence , le souverain pontife envoya le cardinal Robert de Genève faire une levée d'hommes en

Neb a drouc'h 'vel a drouc'hez-te , N'en Deuz otrou nemed Doue !

Dalc*homp, Bretoned, dalc'homp madi Ârzao ha truel goad oc'h-goad 1 Itron Varia Vreiz , skoaz da vro !

Fest erbedenner, lest a vo I Dare' ar foen; piou a falc'ho Dare an ed ; piou a vedo.

Ar foen ann ed , piou ho fako ?

Âr roue g^v gant-ha* raio.

Dont a rai a-bean eur gaouad , Gand eur-falc'h argant da falc'hat ; .

Gand eur-falc'h argant er bro-ni , Ha gand eur fais aour da vedi.

Mar plije gand ar c'hallaoued Daoust hag int mank ar Vretoned ?

Mar plije gand'un otrou roue Daoust hag hen co pen gre zoue ?

Skrigna ra bleizi Breiz-izel , klevet embaun ar brezel , klevet ar iou , a indout :

Gand e*houez ar c*hallaoued a reout.

Ces vers ont été recueillis dans les montagnes d*Ârez par M. de La Villemarqué, t qui la Bretagne doit le Banas Breis, chants populaires de rArmorique. Ce recueil est assurément Tune des publications les plus curieuses de ce temps-ci.

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Bretagne. Malgré la gaerre qui régnait alors entre Jean IV et ses sujets, le cardinal parvint à rassembler dix mille hommes, corn* mandés par Jean de Malétroit et Sylvestre Bude. Gomme les po« tites républiques italiennes, adonnées au commerce, n'avaient pour forces militaires que des soldats peu aguerris, l'impétuosité bretonne eut bientôt renversé tous les obstacles qui s'offraient devant elle. Ces auxiliaires , maîtres de Tltalie , y exercèrent les cruautés et les violences dont ils s'étaient fait une habitude en combattant les Anglais; et leur tyrannie devint telle, que les villes même qui jusque-là avaient tenu pour le pape la trouvèrent in* tolérable.

A la mort de Grégoire XI, les Italiens, lassés de la domination des papes français, voulurent que le souverain pontife, choisi dans leur patrie, résidât à Rome. Les cardinaux élurent Prignano, évoque de Bari, qui, sous le nom d'Urbain YI, fut reconnu par l'Allemagne, l'Italie, la Bretagne et l'Angleterre. La plupart des membres du Sacré C!ollége, redoutant l'humeur impétueuse des Bretons, se sauvèrent dans le royaume de Naples; et, ayant pro* nonce la nullité de l'élection d'Urbain» de concert avec la France et l'Espagne, ils proclamèrent le cardinal Robert de Genève sous le nom de Clément YII. Ce dernier mit les Bretons dans ses intérêts, et marcha vers Rome pour en chasser son rival. Excommuniés par un pape» absous par un autre, les Bretons, au milieu du schisme qui désolait l'Occident, étonnèrent l'Italie par leur héroïsme et par l'incroyable énergie de leur caractère. Avec une poignée d'hommes» Sylvestre Bude, environné de tous côtés» battit les Romains sortis de leurs murs , les poursuivit si vivement qu'il entra avec eux dans la ville» et s'empara du château Saint-Ange où il se défendit pendant une année entière. Telle était la terreur que les Bretons inspiraient aux Italiens que les Romains » lorsque Malétroit eut été tué et que Sylvestre eut rendu son épée, décernèrent à Balbiano, leur capitaine victorieux, le surnom de Camille, pour avoir, disaient-ils, délivré l'Italie de l'invasion des Gaulois !

En 1 376 , le sire de Coucy, qui avait des prétentions à la cou-

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ronne d'Aotriche» enrôla à son tour plusieurs milliers de Bretons armoricains, et les conduisit en Allemagne pour disputer le trône à son compétiteur. Cette campagne, imprudemment commencée au milieu d'un hiver rigoureux, ne produisit aucun résultat.

Ainsi, fidèles aux coutumes des anciens Gaulois , les Bretons étaient toujours prêts à louer leur épée à quiconque leur offrait de la gloire et du butin à recueillir !

Cependant la mort de Charles Y avait suivi de près celle de Duguesclin. Jean lY, qui enfin commençait à sentir le besoin du repos, se disposait à signer la paix avec la France, lorsqu'un événement dirigé et prévu par lui-même, dans le but d'affermir son trône, faillit le lui faire perdre une seconde fois.

Avant de quitter l'Angleterre pour retourna* dans TArmorique où le rappelait le vœu de ses sujets, le duc de Bretagne, dans la crainte que les Bretons, cédant à F entraînement de quelque sentiment patriotique, ne passassent du repentir à une nouvelle révolte , le duc, disons-nous, avait demandé un secours dé six mille hommes au roi d'Angleterre. Il espérait que la guare dans laquelle la Bretagne était engagée contre la France, lui servirait d'excuse auprès de ses peuples, s'il introduisait chez eux des troupes étrangères. Malheureusement les Anglais, débarqués à Calais, se présentèrent aux frontières du duché au moment où une trêve venait d'être jurée entre les deux pays. Jean lY comprit alors toute l'étendue de sa faute : elle était en effet de nature non pas seulement à lui attirer la haine des Français, mais à lui aliéner pour jamais le cœur de ses sujets. Éclairé par le passé, le duc prit une résolution désespérée; il fit part à quelques-uns de ses barons de sa démarche auprès de l'Angleterre, et leur déclara qu'il ne chercherait désormais d'autre appui que celui de ses sujets. Tout faisait un devoir à Jean lY de suivre cette politique. Edouard III n'était plus : le prince de Galles avait précédé son père d'une année dans la tombe. Le nouveau roi d'Angleterre n'avait sur le duc d'autre action que celle d'un allié et non pas les droits d'un bienfaiteur. Jean le comprit, et tous ses efforts tendirent à éloigner les Anglais. Les habitants de Nantes ayant ouvert leurs portes aux troupes françaises, le duc de Bre-

tagne engagea Buckingham à aller assiéger cette place située à Tune des extrémités de TAnDorique. Les Anglais acceptèrent la mission, et poussèrent vigoureusement le siège de la ville. Bientôt, toutefois, Buckingham, voyant la maladie décimer les rangs de son armée, outré d'ailleurs de la conduite de Jean lY , décampa et se dirigea à marches forcées sur Vannes. Les habitants de cette cité» à la prière du duc, consentirent à recevoir une partie de f armée anglaise. Le reste fut envoyé vers Hennébont et Quimper. Mais les deux villes fermèrent leurs portes, et rien ne put les décider à laisser entrer dans leurs murs des auxiliaires devenus F objet de Texécration générale. Exposés à toutes les intempéries d'un hiver rigoureux et privés de toute espèce de ressources , car les paysans bas*bretons refusaient au prix de Tor de fournir des vivres aux Sao2on9^ ces malheureux se virent réduits à la nécessité de se nourrir de pain de chardon et de graines de plantes sauvages. Harcelés dans leur retraite par les populations rurales, qui n'avaient pas oublié les horribles excès de la guerre de la succession, et qui assommaient impitoyablement les traînards, les Anglais, réduits à une poignée d'hommes, se rembarquèrent en maudissant l'ingratitude et la félonie du duc de Bretagne.

Richard II, roi d'Angleterre, justement blessé de la manière dont Jean lY reconnaissait l'appui qu'il avait imploré, confisqua le comté de Bidiemont, fit occuper Brest par une forte garnison et retint prisonnière la duchesse de Bretagne, qui était alors à sa cour. Peu satisfait de cette vengeance, le monarque proposa aux enfonts de Charles de Blois , retenus encore dans les prisons de r Angleterre comme otages , de les mettre en possession de la péninsule, s'ils voulaient consentir à lui en faire hommage. Mais ces princes, marchant sur les traces de leur noble père, répondirent qu'ils préféraient mourir en prison sur la terre étrangère que de s* unir aux ennemis de leur patrie : réponse sublime et qui soulage de toutes les trahisons et de toutes les lâchetés que renfi^me r histoire des nations 1

Il était réservé à Jean lY d'avoir pour ennemis les deux Bretons les plus illustres de son temps t Duguesclin, jusqu'à sa mort, s'était

montré l'adversaire de la maison de Montfort ; dans les dernières an* nées de son règne , ce fut Clisson qae le dac eut à combattre. Nés tous deux d'héroïnes célèbres, Jeaa lY et Olivier de Clisson avaient reçu la même éducation , et avaient fait ensemble leurs premières armes. Mais les haines politiques effacèrent bientôt jusqu'à la trace de cette confraternité. Engagé avec Duguesclin dans le parti des Français , après avoir combattu long-temps dans des rangs opposés , Olivier de Clisson reportait sur le duc de Bretagne la haine implacable qu'il avait vouée aux Anglais. Il ne pouvait d'ailleurs pardonner à son ancien ami de lui avoir refusé la terre du Gavre» après la bataille d'Auray, pour la donner à Chandos. Dans sa foreur, Olivier était allé incendier le château de l'Anglais. Mais sa vengeance n'était point encore assouvie. Devenu connétable de France, Clisson chercha tous les moyens de susciter des embarras à son souverain. Il fit proposer au fils de Charles de Blois, captif en Angleterre , de lui rendre la liberté s'il consentait à épouser Théritière de Clisson. Le comte de Penthièvre n'avait d'autre parti à prendre , pour sortir de prison , que de choisir entre une alliance avec la famille d'Angleterre ou avec celle de Clisson : le prince n'hésita pas : le vieux sang des rois de Bretagne coulait dans les veines de ce jeune homme.

Jean lY , qui naguère avait été obligé d'assiéger Chantoceau , forteresse dont Olivier s'était emparé pendant la guerre, et qu'il avait ensuite refosé de restituer, craignit que le connétable ne cherchât à renouveler la querelle de Charles de Blois , et qu'il n'employât le crédit que lui donnait sa charge, à la cour de France, pour faire passer la couronne ducale sur la tète de son gendre.

Yivement préoccupé des dangers qui menaçaient sa couronne, le duc s'arrêta , suivant sa coutume , à un parti extrême : il résolut de faire périr le connétable. Prenant avec son ennemi le masque de l'amitié, Jean l'invita à venir siéger aux États qui devaient se tenir à Yannes.

Tout le monde a lu le récit de l'infôme guet-apens dont Clisson fot la victime. Jeté dans une tour, chargé de fers, il croyait entendre à tout instant les pas des assassins qui devaient lui arracher la vie.

Et , en effet, le duc avait chargé Fan de ses gentilshommes de poignarder le connétable. Mais le conrageax servitenr, au risque de sa vie, osa désobéir à son mattre. Grâce à F intervention du seigneur de Laval, Olivier sortit de prison, après s'être engagé à payer cent mille francs de rançon et à livrer toutes ses places. Il se rendit aussitôt à la cour de France, et, se jetant aux pieds du roi, il lui remit îépée de connétable, qu'il ne pouvait plus conserver, disait-il, après un tel affront. Le roi promit d'intervenir auprès du duc de Bretagne. Et, en effet, à la suite de nombreux pourparlers, tout s^nblait terminé entre Clisson et le duc, lorsqu'un nouvel événement excita plus que jamais la haine du connétable contre Jean IV. Pierre de Graon , l'ancien favori du roi , avait été exilé de la cour. Persuadé que c' était Clisson qui l' avait desservi auprès de son mattre, il n'hésita pas à attaquer le connétable, un soir que celui-ci rentrait fort tard à son hôtel. Surpris avant d'avoir pu porter le coup mortel à son ennemi 9 le meurtrier laissa sa victime noyé dans le sang et s'enfuit précipitamment de Paris.

Ne trouvant pas d'asile sûr en France, Graon se réfugia en Bretagne, persuadé que nul ne serait plus porté que Jean lY à excuser son crime et à lui prêter assistance. «Vous êtes un pauvre homme, lui ft dit le duc ; vous avez commis deux grandes fautes : la première, « d'avoir attaqué le connétable; la seconde, de l'avoir manqué. » Toutefois ,^ aveuglé par la haine , Jean lY accorda sa protection à Tennemi du connétable, sans songer que, défendre un assassin, c'est avouer son crime , et même donner à croire qu'on l'a inspiré.

Clisson, guéri de ses blessures , en appela de nouveau à la justice du roi qui donna Tordre au duc de Bretagne de livrer Pierre de Graon. Ce gentilhomme s'était enfui depuis long-temps en Espagne. Mais Jean , trop fier pour descendre jusqu'à une justification, refusa d'indiquer la retraite du meurtrier. Indigné d'un tel refus , Charles YI, quoique atteint d'une maladie cruelle, se mit à la tête de son armée et marcha vers la Bretagne.

Ce prince était à un quart de lieue de Sablé, lorsque tout à coup un délire frénétique s'empara de lui : premier symptôme de cette folie qui devait causer tant de malheurs à la France. Attaché demi

mort sur an chariot, Charles fut reconduit au Mans, et Tannée française , plongée dans la stupeur, reprit le chemin de Paris.

Il n'entre pas dans notre plan de retracer ici toutes les phases de la lutte acharnée, implacable, qui» durant des années, se i»t)longea entre Jean lY et Glisson. Nous nous bornerons à faire connaître la manière dont elle se termina.

Affaissé par les ans, sentant de plus en plus la nécessité de pacifier son duché, de peur de compromettre les droits futurs de ses enfants à T héritage de Bretagne, Jean lY écrivit à Clisson une lettre affectueuse, en lui proposant la paix. Cette démarche était faite pour surprendre le connétable. Redoutant un piège semblable à celui dont il avait failli naguère être la victime , il refusa de se rendre au rendez-vous indiqué par le prince , à moins que ce dernier ne consentit à lui remettre son fils atné en otage. Jean n'hésita pas à donner à son ennemi cette marque de confiance absolue : T héritier de Bretagne fut immédiatement conduit au château de Josselin. A la vue de ce jeune prince , des larmes s'échappèrent des yeux du vieux connétable. Trop chevaleresque pour se montrer moins généreux que son prince, il alla le trouver en lui reconduisant son fils. Les deux rivaux s'embrassèrent, et signèrent un traité de paix le 20 octobre 1395, près de Redon.

Après cinquante ans d'un règne toujours agité, Jean lY, surnommé le Yaillant ou le Conquérant, mourut le 1" novembre 1 399, laissant le trône à Jean Y, âgé do dix ans, sous la tutelle de Jeanne de Navarre , sa mère. Cette époque, qui vit la France et la Bretagne se rapprocher chaque jour davantage , fut au contraire le moment où la haine contre les Anglais éclata avec le plus de fureiu*. Pendant la minorité de Jean Y, les Bretons, pour mettre leurs côtes à l'abri des attaques de leurs éternels ennemis, équipèrent une flotte de trente-six navires , dont le commandement fut confié au sire de Penhouët. Les Anglais, instruits de cet armement, attaquent les Bretons avec des forces bien supérieures, à la hauteur du cap Saint- Mathieu. Après six heures d'une lutte opiniâtre, Penhouët rentre à Brest avec quarante navires enlevés à l'ennemi et avec deux mille prisonniers. Encouragés par ce succès, nos hardis marins arment de

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