‹ Histoire des peuples du NordChapitre 100 sur 206 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

« Le fier Kiôtve s’enfuit alors devant le Roi des hommes « à la belle chevelure, invitant les îles à protéger sa fuite. « Les guerriers blessés dans le combat, étendus presque X sans vie sous les bancs des rameurs, déploraient la perte « de la lumière.

K Les guerriers, honteux de leur défaite, jetant derrière « eux leurs boucliers brisés dans la bataille, se hâtaient de « retourner dans leurs foyers. Ils fuyaient précipitamment K loin de la baie d’Harfur; ces brigands des montagnes de •c l’Est se réfugiaient sur le Jardar et vidaient leurs coupes « remplies de l’hydromel le plus pur.

Les conquêtes d’Harald donnèrent naissance , comme nous l’avons déjà dit (l) , à la colonisation de l’Islande, des Orcades et du Shetland, contrées dans lesquelles vinrent s’abriter tour à tour, loin de son bras victorieux, les Rois, les Jarls révoltés qui refusaient de reconnaître ou de subir sa puissance, et les Vikingar, qui méprisaient ses lois contre la piraterie. Ces derniers continuèrent donc leurs excursions maritimes; ils changèrent seulement le théâtre de leurs ravages et dévastèrent chaque côte et chaque île de l’Océan septentrional. L’infatigable Harald les poursuivit jusqu’au fond de ces retraites inaccessibles, et les attaqua dans leurs embuscades. Il subjugua toutes ces îles, excepté l’Islande, et étendit son empire jusqu’à l’île de Mann, où régnait depuis longtemps une dynastie Normande. Harald établit sur toutes ces contrées ses propres Jarls, imposant en retour- une sorte de dépendance féodale, relevant de lui comme seigneur suzerain. Bien que Barbare, Harald n’était pas un simple aventurier ; ce fut un des hommes les plus remarquables de l’âge héroïque, il aspii-ait même

(I) Chap. 3.

UISTUIKE DES HOMMES DO HORD.

au double titre glorieux de civilisateur et de législateur. Son intérêt personnel, combiné avec les motifs politiques, lui fit adopter des mesures sévères pour extirper la guerre privée, réprimer la piraterie et arrêter les expéditions par terre, entreprises dans un but de pillage et de maraude. Tels furent les grands obstacles apportés à la civilisation , et qui eurent pour conséquence d’entretenir toujours l’esprit d’insubordination et de résistance à son autorité, comme unique souverain de la monarchie compacte qu’il avait résolu d’établir (1).

On a pensé que , sous ce rapport , Harald fut en quelque sorte influencé par l’exemple d’Athelstane , qui avait succédé à Edouard-le-Vieux comme roi des Anglo-Saxons. Si l’on en croit les historiens Anglais, il existait déjà depuis longtemps des rapports d’amitié et de courtoisie entre les deux rois. Dans sa jeunesse, en 931, Athelstane avait visité la Norwége. Le chef des hommes du Nord, envoyant son fils Hakon pour être élevé à la cour d’Athelstane, fit présent au roi Anglo-Saxon d’un vaisseau magnifique à la proue étincelante, aux voiles couleur de pourpre, et ceint intérieurement de boucliers dorés. En retour, Athelstane donna à Hakon une épée magnifique , à poignée en or, à la lame d’une trempe remarquable, qu’il garda jusqu’il sa mort. Le jeune prince fut baptisé dans la foi chrétienne, et sa conversion fit germer plus tard en Norwége les premières semences du Christianisme (2).

Le récit donné par Snorre sur les rapports qui exis-

(1) Snorre, linralds S.iga eus Haarfagia, cli. VI, XX, XXI.

(2) Turner, vol. III, p. 87.

CMAPITKE XI.

taient entre les deux rois diffère quelque peu de celui qui précède, surtout dans les motifs qui amenèrent ces échanges. Selon lui, ce ne furent pas des présentsd’amitié et des marques d’estime entre Harald et Athelstane , mais au contraire des occasions de défi , destinées à prouver rinfériorité de celui qui recevait. Il ajoute qu’Athelstane envoya une députation offrir une épée au roi deNomége, et lorsque l’ambassadeur la remit entre les mains d’Harald, il en tourna la poignée vers sa poitrine ; le Roi l’ayant imité dans ce geste, le messager s’écria : * Tu as pris l’épée comme « le voulait le roi mon maître, car celui qui prend « l’épée d’un autre par la poignée devient son homme « lige, et lui doit , comme tel , obéissance. » Harald dissimula sa colère, résolu à se venger un jour de cette insulte. Or, l’été suivant, il envoya en Angleterre Hakon, le fils d’une esclave , sa concubine , sous la garde d’un officier; l’enfant se jetant aux pieds d’Athelstane , lui dit : a Harald vous ordonne de « nourrir son fils illégitime. » Justes représailles de l’insulte première , « car, » dit Snorre , « celui qui « élève l’enfant d’un autre se reconnaît son inférieur e en dignité. » Le premier mouvement d’Athelstane fut de tuer l’enfant ; mais, revenu à des sentiments plus calmes et plus dignes de lui, il éleva le fils d’Harald , qu’il avait reçu d’un manière si étrange , l'initia dans la foi chrétienne, et l’honora plus tard de plusieurs marques de faveur (1).

Quoi qu’il en soit , nous préférons , comme plus

(1) Snorre, Haraids Saga ens Haarfugra , cap. XLI XLHI,

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probable, le récit simple et naïf donné par Thiodrek, chroniqueur Norvégien : qu’Hakon ne fut envoyé par son père Harald à Athelstane, roi d’Angleterre, que pour y être initié aux habitudes et à la langue de la nation (1).

Haiald eut plusieurs femmes et une nombreuse postérité. Avant sa mort il partagea son royaume, léguant la principale portion de ses État à son fils Erik, et le reste à ses autres enfants. Mais la tyrannie d’Erik , qui devait être bientôt fratricide , poussa le peuple de Norwége à secouer son joug odieux. L’espérance de la nation reposait désormais sur le jeune prince Hakon, qui seul pouvait cicatriser toutes les souffrances, ranimer tous les cœurs, et qui revenait d’Angleterre avec des forces nombreuses fournies par Athelstane , son père adoptif. Une tempête força la flotte de dériver jusque sur les côtes au sud de la Norwége , où Hakon débarqua ; il fut aussitôt choisi par le peuple, qui, ayant chassé son frère Erik le tyran, l’appela pour occuper le trône (2).

Quelque temps avant cet événement, Athelstane avait subjugué le royaume Danois établi en Northumbrie, et l’avait ajouté .à sa monarchie. En 934, le successeur d’ivar s’étant enfui en Écosse, où il avait été reçu par Constantin , alors roi des Scots, Athelstane poursuivit le fugitif, et ravagea les frontières et les côtes de l’Ecosse. Une ligue générale se forma contre le roi Anglo-Saxon, à la tête de laquelle figurait Olaf, le même prince qui prétendait au trône

(i) Theodoricus, de Reg. Vetust. Norvagic. , cap. II, p. 7. '

(t) Seorre, Saga Hakonar Goda , cap. 1-111.

f.HAPITHE XI.

de Deira , et qui descendait en ligne maternelle de Ragnar Lodbrok. Bien que les annales Anglo-Saxonnes le représentent sous le nom à'Onlauf, comme un prince fugitif, il parait avoir été un Roi des (ffistmen ou de la dynastie Ostman, d’Irlande. Quelques princes de la principauté de Galles , de la race originaire Bretonne de Kymri , et les Danois établis en Northumbrie et dans l’Est-Anglie, se joignirent à Olaf. Athelstane se vit donc forcé , pour défendre sa couronne, de combattre cette ligue formidable, grossie des Vikingar et d'autres aventuriers du Nord , guettant toujours les occasions de pillage. Il se prépara à résister aux attaques des confédérés en engageant à son service Thorolf et Egill , deux héros Islandais dont nous avons déjà parlé. La querelle se vida , en 958, dans un lieu de la Northumbrie appelé Brunanburh , dont on ne peut préciser exactement la position. On trouve de nombreux détails des diverses circonstances de cette bataille dans les vieux chants composés par les Anglo-Saxons pour célébrer leur victoire, et dans les Sagas d’Islande racontés dans le style particulier à ces différentes compositions : en comparant les principaux faits provenant de ces deux sources, et les rapprochant des autres récits généraux , le savant historien des Anglo-Saxons a donné à ses lecteurs un récit pittoresque et intéressant de cette bataille (J), qui eut une influence décisive sur les destinées de l’AngleteiTe (1) .

(1) Turner, vol. Ill, pp. 23-54. — Voyez aussi PaJgrave, Historj of England, vol. 1, pp. 207-211. — Langebeok, Script. Rer. Danio., i. II,

Toutes les nations du Nord, — les Saxons, les Danois, les Norwégiens , le Scols , les Pietés et les Irlandais — se rencontrèrent dans cette bataille meurtrière, et assouvirent leuis haines héréditaires dans le sang les unes des autres.

Le Saga d’Egill s’étend avec plus de complaisance que la chronique Anglo-Saxonne sur le courage et les exploits de cet aventurier et de sou fi’ère Thorolf, qui fut tué dans le combat, mais dont Egill vengea de suite la mort par celle du prince Anglais Adels (l). Quelles que soient du reste les légères différences.qui existent dans les récits de ce combat fameux, tous les historiens de ce temps-là sont d’accord sur ses conséquences importantes. Cette victoire éleva Athelstane au niveau des premiers souverains de l’époque, et agrandit sensiblement l’influence de la nation Anglo-Saxonne. En fait, on peut considérer Athelstaue comme le fondateur réel de la monarchie Anglaise telle qu’elle existait avant la conquête ; car Egbert n'eut aucune prétention à ce titre, et Alfred, à l’époque où il régna sur la nation Anglo-Saxonne, ne possédait qu’une portion du territoire , et non le royaume d’Angleterre dans son étendue actuelle. Athelstane , en subjuguant les royaumes Danois , de

p. 421. — Sulim , Htsloric af Danmark , t. II , ]i. 589. — Geijer , Svea Rikos Uâfder, l. 1, p. 570, noie 4.

La clironiquc Angle-Saxonne a conserve le chanl compose en rhonnenr <lc celle vicioirc mémorable. Voyez le chanl loui cnlicr ( Noies el ICclaircissements, noie J ) cmpiuiilé à M. Du Méril, Ilisloirc de la poésie Scandinave, pp. 414-iI8. (iS’ote du Traducteur.)

(!) Egills Saga , pp. 269-299. — Havniæ, Sumpl. Legati Arna-Magnceani ,

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