CHAPITRE XI
tingeiit en hommes et sa part en barques pour les expéditions maritimes entreprises eu commun, ou pour la défense générale de la conti'ée. Harald descendait de l’ancienne race des Ynglings de Suède, et son influence sur les autres petits rois de la Norwége avait été préparée depuis longtemgs par son j)ère Halfdan, roi de Westfold. Harald les subjugua tous successivement, et réduisit sous sa domination toute la contrée depuis Finnmark jusqu’au cap Lindesjiœs. La dernière tentative faite par les ennemis d’IIarald pour s’opposer à son influence progressive, fiit une confédération générale de tous les chefs Norwégiens indépendants. La lutte se termina en faveur d’Harald dans une bataille navale livrée à Hafursfjord, baie de Norwége, appelée aujourd’hui Stavengerljord. Cette bataille est célébrée dans les Sagas et les complaintes du Nord comme ayant décidé du sort de la Norwége. Les deux partis furent secourus par des bandes nombreuses de Bersoerker et de Vikingar, ]>ar de vaillants champions et écumeurs de mer, pirates qui sillonnaient les mers du Nord, et profitaient de celte circonstance, féconde en événements, pour suivre tel ou tel étendard, selon qu’ils y étaient poussés par la vengeance, l’amour du pillage ou l’espérance d’une forte récompense. Le combat fut acharné, la victoire restait indécise; mais Harald, dont le naviie élevé portant bannière royale et dragon en pouj»e, restait au centre de sa flotte, envoya contre l’ennemi son corps d’élite, composé de gardes-du-corps et de champions. Deux des rois confédérés périrent dans ce combat, le reste se sauva. Les uns se soumirent plus tard à
l’autorité du victorieux Harald, les autres furent exilés (1),
Suorre cite la complainte historique composée à celte occasion par un des Skalds Islandais d’Hai'ald, nommé Thornbjôrn Hornkloft.
« Entendez-vous retentir dans la baie d’Harfur, à l’écho H sonore , le bruit de la bataille entre Kiôtve-le-Riche et « Harald-le-Brave? À l’Est voguent les vaisseaux de « guerre ; les boucliers ciselés éclipsent les rayons du « soleil , et le dragon de sa tête dorée oiiie les proues des « navires.
« Les boucliers brillent de l’éclat le plus pur ; les épées, <1 les cimeterres Celtiques étincellent au loin, et les chefs « de l’Ouest amènent leurs vaisseaux (2).
« Entendez-vous le bruit de la cohorte, et ses mugisse- « ments semblables à ceux d’un loup (3) ? entendez - vous « les cris sauvages des Champions (4) et le son retentissant « de leurs cottes- mailles entrelacées?
« Guerriers redoutables et audacieux, ils veulent lutter « avec lui , les orgueilleux ! Lui , qu’ils veulent essayer de a faire fuir; lui, le Roi conquérant des Rois de l’Est (5)1... (c Dès qu’il eut l’espoir de livrer la bataille, il fit avancer « sa flotte belliqueuse ; combien de boucliers furent brisés « avant qu’IIaklàngr ne soit blessé (6) !
(1) Snorre , Haralds Saga ens Haarfagra, cap. XIX. — Scliéening, Norgci Riges Historié, t II, p. 91.
(2) Ciinelerrcs d<! l'Ouest, c’est-à-dire de Bretagne et d'Irlande. — Épées de Vallaiid, c'est à dire de France.
(3) Ulhéduar, guerriers revêtus de peaux de loups. ‘
(4) Rerscerker.
(5) Harald , < le roi des hommes de l'Est qui demeurait à Utslcin , > serait la traduction littérale de l’original. Les Islandais appelaient les Norvrégiens hommes de l'Est (^ustmonna), et c’est le nom que leur donnait aussi le peuple de Bretagne et d'Irbnde.
(6) Harald aborda le navire d'HakIàngr, fils de Kiôtvc, un des confédérés les plus importants , et sa défaite décida de la bataille.