‹ Histoire des peuples du NordChapitre 102 sur 206 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

otages athi que Sigefi'id pût visiter en sûreté le camp impérial. Dans son entrevue avec Charles, ce chef Normand promit, en retour d’un paiement d’une forte somme d’or et d’argent, de se retirer avec toutes ses forces, et de ne plus envahir les territoires de l’empereur, et même d’embrasser la religion catholique. On déguisa ce tribut honteux sous le titre de présent volontaire , et pour réunir la somme demandée, on leva une contribution .sur les églises et les couvents. Godefrid reçut en donation les fiefs de la Frise qu’avait jadis possédé Rurick. Les Normands partirent, emmenant leure barques chargées de butin, et n’en continuèrent pas moins leurs ravages habituels en France ; leurs hostilités cessèrent encore de la même manière, et un armistice de douze ans fut conclu au prix énorme de douze mille livres d’argent. En 884, quelque temps après la conclusion de ce traité déshonorant, Carloman mourut des suites d’une blessure reçue à la chasse. Il ne restait plus de tous les descendants de Charlemagne que Charles, enfant, appelé plus tard Charles-le-Simple; mais la situation gi’ave du royaume , affaibli et ouvert de toutes parts, réclamait un souverain d’un âge mûr, et la noblesse des Francs offrit la couronne à Charlesle-Gros, dans l’espoir de s’attirer sa puissante protection. L’Empereur était en Germanie, surveillant les projets ambitieux de Godefrid , son vassal Normand, qui avait épousé Gisèle, fille naturelle de Lothaire II et sœur d’Hugues, qui réclamait les possessions de son père comme son héritage légitime. L’empereur, soupçonnant GodefHd et Hugues de

conspirer pour se partager les domaines de Lothaire, et voulant déjouer leurs projets, eut recours à la plus lâche trahison. Sur son ordre Godefrid fut assassiné dans une entrevue négociée par ses ambassadeurs pour traiter de leurs différends. Hugues, fait prisonnier quelque temps après, eut les yeux crevés et fut enfermé dans un cloître (1).

Les Normands, irrités du massacre de leurs concitoyens de la Frise, encouragés d’ailleurs par la position de la France affaiblie, sans défense, abandonnée par son empereur et déchirée par la division de scs grands vassaux, se déterminèrent à pénétrer dans le cœur du royaume (885). Â cet effet, Sigefrid rassembla les bandes de ses concitoyens épars sur les côtes et les bords des fleuves , et enrôla d’autres aventuriers d’Angleterre et de Frise , au nombre de 40,000; A la tête de cette armée formidable, il entra dans la Seine, remonta la rivière avec 700 barques, ne rencontra aucune résistance jusqu’à Paris, vis-àvis duquel il arriva le 25 novembre. Cette cité, ville principale des Francs au ix« siècle, ne peut être en rien comparée à la capiUde actuelle du royaume de France. Paris était alors borné aux limites de l’île de la Cité, à l’exception de deux faubourgs, l’un au Nord et l’autre au Sud de la Seine ; les riches monastères de Saint-Germain, de Sainte-Geneviève, Saint- Martin et Saint-Laurent, s’élevaient au milieu des champs et des prairies, parmi les cabanes éparses des pauvres paysans. Les moines, emportant les reli-

(I) Depping, l. I, pp. 217-260. — C.ipefigiie, pp. 275-281. — Sismondi, l. iri, p. 258. — Sulim, Hisl. af Dan. , l. II, pp. 3.74-561. 377-381.

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