CHAPITRE XI
ques sacrées et leurs effets les plus précieux, s’enfuirent dans la ville fortifiée par un mur redoutable, et par de hautes tours placées à l’extrémité de deux ponts, par lesquels l’îlc communiquait avec les bords de la rivière. Les habitants arrêtèrent la navigation par un pont plus large construit exprès , et qui est aujourd’hui le Pont-au-Change. Les Normands se trouvant ainsi arrêtés par une ville fortifiée et une rivière innavigable pour eux, demandèrent à traverser librement la Seine, promettant à cette condition d’épargner la ville. Le comte Eudes, fils du vaillant et patriote Robert-le-Fort , et Gauzelin, évêque de Paris, homme distingué par son courage et son patriotisme, répondirent à l’arrogante demande de Sigefrid que l’Empereur leur avait confié ce poste, qu’ils voulaient non-seulement le défendre, mais encore mettre la contrée voisine à l’abri de leurs invasions. Le lendemain matin , les Normands commencèrent à attaquer la tour qui défendait le pont jirincipal. Dans une sortie des Francs pour repousser l’ennemi, Gauzelin fut blessé par une flèche; la bataille cessa au soleil couchant, la garnison rentra dans les murs de la ville et les Normands se retirèrent dans leurs barques, emmenant avec eux leurs morts et leurs blessés. Les Chrétiens passèrent la nuit à compléter la défense de la grande tour ; les paiens à préparer leurs machines pour en saper les fondements. Le jour suivant ils recommencèrent l’attaque, mais avec le même insuccès ; ils furent en butte aux sarcasmes et aux quolibets non-seulement des assiégés, mais de leurs femmes , qui les raillaient sur leurs efforts
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inutiles, et excitaient leur colère jusqu’à la frénésie; ils cherchèrent à saper avec leurs haches d’armes les appuis de la tour, et à mettre le feu aux ouvrages en hois. Mais le courage et l’activité des assiégés déjouèrent cette nouvelle tentative ; enfin , fatigué d’une résistance obstinée, l’ennemi se dispersa dans la contrée voisine , se vengeant de son échec en portant le fer et la flamme sur tout ce qu’il rencontra.
Au moisde janvier de l’année suivantc(886), les Normands recommencèrent un siège en règle à l’aide de machines construites avec plus d’art et de génie que l’on ne l’aurait supposé chez un peuple barbare. Mais les moyens de destruction sont conservés et transmis précieusement d’âge en âge, tandis que souvent la chaîne de ces inventions utiles qui contribuent au bonheur de l’humanité est rompue par une barbarie qui les méconnaît ou les oublie. Parmi la quantité de machines militaires employées djms l’attaque et la défense de Paris, il y en eut plusieurs dont l’invention remontait aux anciens Romains, et que les Normands recueillirent par suite de leurs rapports avec les nations du sud de l’Europe. Parmi elles étaient ces tours mouvantes couvertes de toits en bois ou en cuir, et remplies d’hommes armés ; les Balistes qui vomissaient une grêle de traits et de pièces de bois , et les Capitules, qui lançaient d’énormes pierres et des matières inflammables. Les assiégés opposaient à ces puissants moyens d’attaque, des javelots enflammés, d’énormes blocs de bois, de l’eau bouillante et du plomb fondu, qu’ils répandaient sur la tête des