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CHAPITRE XI

assiégeants. Trompés dans leur espoir, ces derniers cherchèrent à combler les fossés de la tour avec de la terre, des arbres et les cadavres qui en jonchaient la base. Enfin ils essayèrent d’y mettre le feu au moyen de bateaux remplis de matières inflammables, qu’ils dirigèrent à l’aide du courant contre les piles du pont. La vue de ce nouveau péril frappa de panique une partie des habitants ; ils implorèrent le secours des reliques de saint Germain, devant lesquels ils restèrent prosternés dans une terreur silencieuse ; le reste de la garnison conserva son courage, et coula bas les bateaux incendiaires en les remplissant de pierres détachées des murs.

Mais la ville se trouva tout à coup exposée au danger auquel elle venait d’échapper. Le (i février, la rivière déborda subitement et emporta une partie du plus petit pont, laissant ainsi isolée la tour qui défendait la tête du pont du côté de la terre. La troupe se hâta de réparer le pont, et l’ennemi d’attaquer la faible garnison de la tour. Cette bande de héros, composée seulement de douze soldats , se défendit avec un courage digne d’un meilleur sort. Placés sur les ruines du pont, ces guerriers résistèrent toute la journée à l’attaque des païens , et ne se rendirent qu’épuisés de fatigues. Impitoyablement massacrés, leura corps furent jetés dans la rivière , où ils périrent tous, à l’exception d’un seul qui s’échappa à la nage.

Les habitants de Paris, réduits alors au plus affreux désespoir, sentirent cependant ranimer leurs espérances en apercevant, sur les hauteurs voisines, un

corps (le troupes impiîrialessousle commandement du comte Henri de Saxonie et de Lorraine. La garnison fit une sortie, et opérant une jonction avec les troupes auxiliaires, attaqua le camp retranché des Normands. Cette attaque eut peu de succès, et les troupes impériales se retirèrent à la fin de mai, laissant la Capitale livrée à ses propres forces. La famine et la peste avaient décimé les rangs de ses défenseurs, et plusieurs chefs militaires avaient secrètement quitté la ville. Parmi eux était un chevalier qui retournait dans sa patrie par suite d’un rêve, dans lequel il vit üieu lui-même défendant les murs et protégeant la ville de Paris. Cette vision fut acceptée eomme un gage do l’assistance divine, et le clergé porta processionnellement les reliques de saint Germain autour des murs. Sigefrid, fatigué de la résistance prolongée de la ville, offrit de lever le si(*ge moyennant une somme de 60 livres d’argent ; cette proposition fut acceptée, et suivant sa promesse, il se retira avec son corps d’armée. Mais il avait traité seul et sans le consentement des autres chefs, qui refusèrent d’ahandonner l’cntrejirise.

Charles-le-Gros entendit enfin les supplications de ses sujets, implorant une protection que son titre de souverain lui faisait un devoir sacré d’offrir de lui-même. Au mois de juillet, il envoya un corps d’armée sous le commandement du comte Henri; mais pendant qu’il était allé reconnaitre le camp ennemi , il tomba dans une embuscade , fut tué et dépouillé de ses armes avant que ses soldats aient pu le secourir. La mort de Godefrid ainsi vengée sur un

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de se ^ assassins, les Normands reprirent l’offensive. Ils attaquèrent tout à coup l’île de la Cité du côté de l’Est, où est aujourd’hui la cathédrale de Notre-Dame. Cette partie de l’île était défendue [>ar une petite troupe de Francs qui soutint le choc de l’ennemi jusqu’à ce (|ue le coi ps principal de la gai'iiison pût lui prêter assistance ; en même temps les Normands se préparaient à attaquer la ville d’un autre côté : une nouvelle panique s’empara des bourgeois ; ils eurent encore recours aux reliques sacrées qui devaient les protéger. Les Normands pénétrèrent par le pont du Nord, escaladèrent les mui-s, et mirent le feu à la tour qui défendait la ville de ce côté. Mais il furent encore repoussés par l’intrépidité de la garnison et forcés d’abandonner la tour enflammée.

Le corps principal de l’armée impériale arriva dans le voisinage de Paris en octohi e ; mais, au lieu d’attaquer l’ennemi et de le forcer à lever le siège, Charles campa sur les hauteurs de Moiitmai tre. Sigefrid, de son côté, avait rejoint scs compatriotes en leur amenant des renforts , et Charles conclut un tiaité honteux avec les Normands, par lequel il s’engageait à leur payer 700 livres (probablement d’or), avec la permission de ravager et de piller les bords de la Seine et l’intérieur de la Bourgogne. Tel fut le résultat des efforts et des sacrifices faits par les habitants de Paris après un siège de dix mois , pendant lesquels ils furent lâchement abandonnés parleur souverain, l’empereur titulaire de l’Ouest, qui à son tour fut délaissé par les gi-ands vassaux de la couronne. Le royaume fut donc livré de toutes parts à la merci de

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ses cruels envahisseurs. Un moine bénédictin, auquel la postérité est redevable de presque tout le récit du siège de Paris, écrit en vers hexamètres latins, dans le style barbare de cette époque, adressa au peuple un sermon dans lequel, associant sa cause à celle du clergé, il présenta ces deux corps comme également victimes de l’injustice et de l’oppression des grands.

< Chaque jour», dit-il, « les monastères et les églises « sont dépouillés de leurs terres et de leurs biens par € les rois, comtes et vicomtes, consuls et proconsuls, « par les vassaux et les délégués des rois, et par des « juges prévaricateurs qui , à l’aide d’artifices et de c mensonges, par fraude ou par trahison, détruisent

< les sièges épiscopaux, ces boulevards de notre « sainte religion ; chaque jour ne voit-on pas le pau- « vre, victime de ces oppresseurs , se réfugiant sur « les tombes des saints, implorer protection contre « les favoris et les satellites de ces tyrans? Oh! * qu’ils sont mille fois plus redoutables que les Moa- « bites, les Amelikites ou même les Normaiids, car « ils se disent Chrétiens, et ne cessent de dépouiller € le peuple de Dieu! » Les princes et les grands méritaient sans doute les épithètes sévères et injurieuses dont les qualifiait cette philippique ; mais n’oublions pas cependant que le clergé catholique avait reçu des rois de France les plus belles possessions foncières ; que les églises et les couvents avaient amassé d’immenses richesses ; le peuple, bien que superstitieux, mais appauvri et humilié sous le joug pesant d’une double oppression , vit donc avec indifférence les princes Normands et nationaux les dépouiller de

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tous ces trésors. Uoit-oii s’étonner alors qye le peu qui restait de cette population libre de France, malheureuse et opprimée désormais, n’ait opposé qu’une si faible résistance aux incursions des aventuriers Normands (1) !

Quelque temps après la levée du siège de Paris , son héroïque évêque mourut des suites de ses blessures. Il eut pour successeur Aiischeric, prélat digne à tous égards d’occuper le siège épiscopal de Gauzelin. Les Normands ayant essayé de traverser la ville pour remonter la rivière et ravager l’intérieur, autorisés d’ailleurs par le traité honteux arraché à l’empereur, le nouvel évêque s’opposa à leur dessein, et ils furent obligés de traîner leurs bateaux par terre, pour aller rejoindre la haute Seine (2), qu’ils ravagèrent des deux côtés suivant leur habitude. Le paysan fiiyait de son hameau, le moine de son couvent, et se réfugiait dans les villes fortifiées, emportant avec lui ses reliques sacrées.

A cette époque de détresse et de consternation universelle, on introduisit dans la Liturgie une prière nouvelle, que le peuple devait réciter pour êti-e délivré des fureurs des Normands, t la plus grande des mille calamités dont ils étaient affligés (5). > LesGer-

(1) Depping, l. Il, pp. 1-18. — Capeligue, pp. 151-168. — Sismonüi , t. III , pp. 36Ï-26I. — Suhm , Hist. af Dan. , pp. 381-395.

(2) Voyez la description d'un bateau retiré de la Seine prés du Cliampdc-Mars en 18U6 ( Mémoire de l'Académie des Inscriptions eu 1821 , I. V), et que l'on suppose être une barque normande. C'était un simple canot creusé dans une seule pièce de bois, et capable de contenir huit hommes avec bagages et provisions.

(3) A Furore Normannorum , Libéra nos , o Domine !

IlISTOlUE DES HOMMES DE NORD.

mains, sujets de Charles-le-Gros, se révoltèrent enfin contre lui, et plusieurs descendants du fameux Charlemagne SC dis[Hitèrent les lambeaux de ses possessions. Les Francs de la Neustrie tournèrent alors les yeux vers le vaillant défenseur de Paris, le comte Eudes, fils de Robcrt-le-Fort, le héros national que l’on croyait nn descendant de Charles-Martel , et que la voix populaire déclarait digne de porter son sceptre. Déclaré Roi de France dans un parlement tenu à Compiègne , il déguisa ses projets par uue modération réelle ou affectée, tout eu protestant qu’il ne se considérait que comme administrant les affaires du royaume en qualité de tuteur du jeune Chai'les, héritier légitime de la race Carlo vingienne. Mais toute l’énergie que l’opinion populaire prêtait au caractère du comte de Paris ne sullit pas pour arrêter le torrent d’invasion qui se répandait sur cette terre dévouée au malheur. Il fut aussi obligé d’acheter la retraite des Normands; mais le clergé et les boui'geois de Paris refusèi ent à l’ennemi le passage à travers la ville imprenable, et les Normands furent encore une fois obligés de tirer leurs bai(jues par teri-e , et de les remettre à flot dans la rivière au-dessous de la ville, afin d’effectuer leur retiaite vers la mer.

Eudes ternit bientôt sa réputation par un acte de perfidie indigne de son courage. Un Roi Danois, nommé Osketil , qui au siégé de Paris commandait une bande de Normands, et avait obtenu du comte Eudes la permission de s’établir en France, à la condition de renoncer à ses habitudes de piraterie et

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