CHAPITRE XII
armes contre Gudrôd et le chassa des possessions qu’il avait usurpées. Il conféra le fief vacant de Moere à Thorer, un des fils de Rôgnvald , et lui donna en mariage sa propre fille , comme une marque d’attachement et d’affection pour la mémoire de son père. Mais un événement tragique, qui jeta la désolation dans sa famille, vint détourner pour un moment le cours de la colère d’Harald. Einar, fils du Jarl de Moere, qui, chassé de son fief des Orcades, avait cherché un rel'uge eu Écosse, préparait en secret ses moyens de vengeance, qu’il exécuta bientôt d’une manière terrible. Ayant équiqué une flotte composée de petites barques, il attaqua par surprise l’usurpateur de son fief, et le battit dans un combat naval à la suite duquel Ilalfdan s’échappa à la nage. Le lendemain, trouvé nu sur un rocher désert, il fut amené dans cet état en présence du vainqueur. Einar lui infligea une mort cruelle, et perçant lui-même de son épée les flancs de sa victime, offrit ses entrailles fumantes en sacrifice à Odin, le dieu de la guerre et le dispensateur de la victoire (1).
Aussitôt que la mort tragique d’Halfdan parvint en Norwége (894-895), elle excita le ressentiment d’Harald et de sa famille. Le frère du prince assassiné voulait marcher de suite vers les îles pour châtier le cruel Einar qui , devinant les projets du Roi, s’était réfugié à Caithness en Écosse. Harald l’y poursuivit , mais renonça bientôt à sa vengeance et accepta « le prix du sang (2) » sous la forme de 60 marcs
(1) Schœning, t. Il, pp. 159-169.
(2) Vcr’gild, Veregild ( Vergildus ), est un mol saxon composé de Fer,
d’or payés par les habitants de Caithness, qui avaient prêté assistance et protection à Einar. Mais le peuple était trop pauvre pouracquitter cette sommeénorme; Einar la paya, à condition qu’il aurait en retour certains droits féodaux sur la contrée dans laquelle il avait déjà établi une sorte de juridiction. Ainsi, par un incident bizarre, cette expédition destinée à tirer d’Einar une vengeance signalée, lui donna au contraire le? moyens d’assurer et d’augmenter sa puissance (1).
Pendant que ces querelles sanglantes divisaient les familles du roi Harald et de Rôgnvald, Jarl de Mœre, Rollo, fils de ce dernier, de retour de son expédition lointaine, se trouva bientôt exposé lui-même au ressentiment du roi de Norwége. Comme beaucoup de jeunes Scandinaves d’une maison illustre, il avait de bonne heure abandonné sa famille et ses foyers pour roder sur les mers , cherchant les aventures et les moyens de subsister. Entre autres coutumes des
homniR, cl de Gild, geld, argent; c’était d'abord la télé d’un homme et plus tard le prix de l’homicide pa^é par le meurtrier, partie au Roi pour la perte d’un sujet, partie au seigneur dont il était le vassal, et partie au plus proche parent de la victime.
Chez les Anglo-Saxons , toute espèce d’homicide était racheté par le Veregild , ou composition légale; mais le chiffre variait suivant la qualité de la personne tuée; ainsi, par exemple, le Veregild pour l’homicide d’un Twelfhynd, Seigneur, était plus fort que celui d’un Si:rliynd, cl celui d’un Sixhynd plus considérable que celui d’un Ceorl. Le seigneur ou propriétaire foncier était appelé Twelfhynd , parce que son Veregild était de 1,200 sot/!. Le Veregild d’un Sixhynd était de 600 tous, et celui d’un Ceorl ou Twyhynd était de 200 sous. Pour bien comprendre ceci , il faut savoir que les Hynd ou Hindeni, bomines, dont se composent les mots Twelfhynd, Sixhynd, etc., en saxon, llindene, Socielas, signifient une société d'hommes. {fiole du Traducteur.)
(1) Schœniug, t. II, pp. 169-170.