CHAPITRE XII
qu’une autre partie de ses compagnons se retirait et occupait une forte position sur une montagne voisine (1).
Rollo se remit bientôt des suites de sa défaite, et recommença ses ravages dans l’intérieur du royaume. l.,e duc Richard marcha contre lui , accompagné du courageux évéque d’Auxerre, qui se dbtinguait par sa bravoure. Mais ces élans partiels de patriotisme ne pouvaient galvaniser l’énergie éteinte de la nation, surtout parmi les grands vassaux de la couronne, qui faisaient exception au milieu de ce besoin général d’esprit public et d’union. Le peuple , qui avait supporté jusqu’ici avec une patience admirable les lourdes charges dont l’accablaient les Grands; — le peuple , victime des cruautés et des pillages exercés siu* lui par les Barbares , se réveilla enfin de sa torpeur, et se répudit en plaintes bruyantes et amères conti’e la conduite de ses chefs. Charles avait reçu les représentations solennelles des Prélats et des Barons assemblés dans un Parlement ou Plaid , qui l’engageaient à prendre en pitié les souffrances du peuple mallieureux, c dans une contrée désolée où la terre ne pouvait plus pyerla rente au Seigneur, où les champs et les vignes étaient dévastés, les paysans dispersés au dehors et les grandes routes abandonnées pai’ les pèlerins et les mai'chands. » A ces représentations, le Roi répondit : « Vous auriez mieux fait de me conseiller et dé m’aider à repousser les Normands; mais que puis-je
(1) Depping, t. II, pp. 91-98. — Capeflgue, ch. IV , pp. 178-179. — Suhm , Historié af Damn.'irk , I. II , pp. 487-491.
feire, seul contre ces féroces ennemis (1)? » Charles envoya l’archevêque Francon faire des ouvertures à Rollo, lui offrant la cession de la Neustrie, et sa fille naturelle Gisèle en mariage, s’il voulait devenir Chrétien et vivre en paix avec les Francs. Rollo accepta ces conditions, objectant seulement, quant aux terres qu’on lui offrait, que la contrée déjà ruinée et désolée était incapable de nourrir son armée. Le Roi lui offrit alors les Flandres, et sur son refus, parce qu’elles étaient trop marécageuses , il ajouta la Bretagne, province dont la souveraineté n’appartenait pas à Charles, c Ainsi, le Roi, > dit un historien Breton , t transmit à Rollo la vieille querelle au sujet de la souveraineté de la Bretagne, non pas qu’il crût que Rollo pût réussir là où tous ses prédécesseurs de la race Carlovingieune et lui-même avaient échoué; mais il pouvait peut-être reconquérir ainsi, sans coût ni charge, cette domination et cet arrière fief; et si son nouveau gendre succombait dans cette lutte , ses vœux se trouveraient exaucés ; car il aurait alors réclamé la Normandie et l’hommage de la Bretagne ; sinon , et c’est ce qui n’arriva pas, les choses restant au même point qu’auparavant , il n’y avait ni pei*du ni gagné (2). *
Les bases du traité ainsi arrêtées , le roi Charles et Rollo, chef des Normands, eurentune entrevue au village Saint-Clair, sur l’Epte, afin de terminer et de
(1) OuÊ pciU faire un seul homme? cl que peut euploilier ?
Si li homme li faillent qui li doivent aidler?
Bonne geni fait roi fort, cl cil fait esirc lier. {Homan de Itou.)
Ci; Dargeutre, llisloitc de Bretagne.