‹ Histoire des peuples du NordChapitre 114 sur 206 · CHAPITRE xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE xn

régulariser la négociation. Rollo et ses compagnons s’arrêtèrent sur les bords de la i-ivière, pendant que le Roi et oes barons restèrent du côté opposé. Là, le Roi et Robert, duc des Francs, les comtes et les grands vassaux de la couronne, les évêques et les abbés, confirmèrent par leurs serments la cession faite à Rollo, pendant que le chef Normand prêtait le serment féodal de fidélité, plaçant ses mains dans celles du Roi, en signe de son hommage du duché de Normandie. A la vue de ce chef Normand, de son air martial et distingué, les Francs reconnurent unanimement qu'il était homme à bien tenir cette seigneurie (1). Il refusa de se soumettre à l’humiliante cérémonie de baiser le pied du Roi, et délégua cetto partie de l’hommage à un de ses suivants; mais cet insolent subalterne élev^ si haut le pied que le Roi lui offrait à baiser, que Charles fut renversé par terre au grand amusement des spectateurs, incident qui paraîtrait incroyable s’il n’était attesté par le témoignage unanime de tous les historiens du temps. Francs ou Normands (2). La cérémonie terminée,

(1) « Dirent les Français que bien appartenait à tel homme tenir grande Seigneurie. — Chronique Normande.

(3J Rollo jura > par Dieu, ne se bi Goth, qu'il n’avait jamais tiéchi lo genou devant personne, ni embrassé le pied de quiconque,» ce qui lui Rt donner le nom de Bigot ou Bi^od; et Robert Waee prétend que c'est Rollo Jui-méme qui se rendit coupable de cet acte d'insolence vis-à-vis le Roi : Rou devint hom li Rois , et ses mains li livra ;

Quant baisier du le pié, baisier ne se daingna,

La main tendi aval, le pié au Roiz leva,

A sa bouche le traisi , et le Roiz renversa.

Assez s’en rislrenl tuil, et le Roiz se drescha (é).

(A) Tout le mond en rit assez et le Roi se leva.

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Charles-le-Simple retourna dans ses domaines, et le duc Robert accompagna Rollo jusqu’à Rouen, où il fut baptisé par l’archevêque Francon; Robert lui servit de parrain et lui donna son nom de baptême. Beaucoup de nobles Francs assistèrent à cette cérémonie. Rollo reçut de riches présents du duc, et plusieurs de ses compagnons, imitant son exemple, furent baptisés dans la nouvelle religion. Ils se firent bientôt remarquer par une libéralité sans bornes et une obéissance aveugle pour les exigences du clergé qu’ils avaient naguère dépouillé et massacré. Ceux qui refusèrent le baptême reçurent^ des présents d’armes, d’argent et de chevaux, et quittèrent le royaume, les uns pour retourner au-delà des mers, dans leur pati-ie, les autres pour continuer leur vie d’aventures et de pillage. Rollo répudia la fille du comte Bérenger, qu’en fait il n’avait jamais épousé (du moins selon les rites chrétiens), et prit pour femme, Gisèle, la fille naturelle de Charles, qui espérait, par cette alliance, cimenter runioii des deux nations. 11 distribua à ses compagnons les terres qu’il possédait dans la contrée jusque alors appelée Neustrie, sous la condition de relever de lui, comme leur seigneur et maître féodal. Ainsi s’établirent en Normandie les premiers éléments du système féodal qui fut con)plété sous les successeurs de Rollo , et transplanté plus tard avec succès en Angleterre par le Conquérant (1).

Charles, en démembrant ainsi son royaume, a été

(l) Dnpping, l. U, pp. 101-llt. — Sulim, llisl. af Dan., l. Il, pp. i9i- 497. '

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