CHAPITRE XIII
ordre inférieur, suivirent l’exemple de leur prince ; la nouvelle religion était librement et publiquement professée dans tout le royaume ; les églises et les cloîtres s’élevaient en Jutland. L’arebevéque parcourut les Belts, et étendit ses visites de missionnaire jusqu’aux îles de l’Archipel Danois , la Fionie et la Zélande, — dans ces contrées où le culte de la Déesse de la Terre avait été célébré si longtemps par des cérémonies sanglantes et mystérieuses, puis remplacé plus tard par la dispensation d’Odin, où les feux des sacrifices s’allumaient encore et étaient souillés tous les neuf ans parle sang humain. — De la Zélande le missionnaire Apostolique traversa la mer en 953, se rendit à Birca, en Suède, et retrouva encore quelques traces de la sainte foi qui avait été prêcliée par Ancharius, son illustre prédécesseur (1).
L’affermissement de la monarchie en Danemark et en NorwégesousGorm-le-Vieux et Harald-aux-beauxcheveux , — l’introduction du Christianisme dans ces contrées, — la cessation partielle des expéditions de pirates à des époques irrégulières ; — toutes ces causes produisirent naturellement de grands changements dans les institutions politiques du Nord. Pendant l’âge héroïque , le pouvoir des Rois était extrêmement limité ; et bien qu’ils fussent toujours choisis dans les familles des Ynlings et des Skioldungs, auxquelles la superstition nationale attribuait une origine divine, on était libre toutefois de les prendre parmi les nombreux descendants de la sou-
(1) Miintcr, Kirchcugcscliiditc , etc., I. I. p]'. 316-5.”>5.
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che sacrée ; ce choix était ratifié par la voix du peuple, qui entourait avec enthousiasme la pierre sur laquelle on élevait le monarque au milieu du cliquetis des armes et des clameurs de la foule. Comme dans toutes les communautés Bîirbares, on attachait, dans les contrées du Nord, un grand respect à la naissance, et les familles qui pouvaient invoquer pour ancêtres des héros ou des gens illustres exerçaient une grande influence sur le peuple : mais son consentement , recueilli dans l’assemblée générale (Thiug ou Âl-thiug), était toujours nécessaire pour sanctionner les mesu- !'es qui concernaient la communauté. Quant aux expéditions maritimes lointaines ayant pour but le pillage et la piraterie, elles étaient, pour la plupart, des entreprises privées, formées par des associations volontaires de plusieurs Jarlsavec leurs compagnons, dans lesquelles le chef exerçait l’autorité suprême militaire, tempérée par l’égalité primitive et l’indépendance de ses compagnons. Ainsi nous avons vu que lorsque Sigefrid s’engagea à abandonner le siège de Paris en retour du paiement d’une somme d’argent, ses compagnons refusèrent de le suivre , et continuèrent le siège pour leur propre compte; ainsi, quand les envoyés de Charles-le-Simple se présentèrent pour traiter avec les Normands, commandés par Rollo , et demandèrent à parler à leur chef, ils répondirent : « nous sommes tous égaux. » — A l’intérieur, l’autorité des Rois était balancée, et par l’influence aristocratique des familles de naissance illustre , et par le caractère sauvage , féroce et indépendant du peuple, qui, bien longtemps après cette [>ériode, est
CIIAPITUË Mil.
représenté, par Adam de Brême, eomme préférant le trépas aux flagellations , comme marchant à la mort avec une contenance ferme et joyeuse, méprisant les soupirs , les larmes et les signes extérieurs de chagrin , par lesquels les hommes civilisés trahissent les émotions qu’ils éprouvent (1).
Ce n’était pas une tâche facile, même pour des conquérants puissants et énergiques , comme Gorm et Harald , d’assouplir le caractère d’un tel peuple. Mais leur influence et leur pouvoir s’étaient sensiblement agrandis par l’extinction des petits Rois de Danemark et de Norwége, et par la réunion de différentes tribus sous un chef commun, descendant d’une race de Dieux et de héros, et possédant d’ailleurs les qualités personnelles qui justifiaient l’obéissance des Barbares. Ainsi la monarchie Danoise se maintint compacte et héréditaire chez les successeurs de Gorm-le-Vieux, jusqu’à l’époque de Svenon II, ou Svend Estrithson, le fondateur de ce que l’on appelle la seconde dynastie des Rois Danois. L’unité du royaume et l’hérédité à la couronne, étant bien établies en principe, permirent à un monarque comme Knud II, ou Canut-le-Grand, d’accomplir ce que les efforts passagers et mal soutenus de tant d’aventuriers avaient tenté vainement jusques alors: — la soumission des Anglo-Saxons et la conquête de l’Angleterre. Mais l’autorité des Rois , bien qu’exer-
(1) Regis vis peiidct ex scnlciilia populi. Quod in communionc tiuduvorintomnes, ilium eonfirmarc opportel. Domi pares gaudent. Dccollarc maluni , quam veiberari. — Lacrimas et planctum coeleraquc compunclionis gênera, abominaulur Dani , etc.
IIISTOlUE DES HOMMES DU ^ORD.
cée despotiquement en principe par ces puissants souverains militaires, était loin cependant d’être illimitée et par la loi et par l’esprit national ; la voix populaire avait encore de l’écho dans l’Assemblée nationale des Adet-ihing, otiDannhof, ou dans les Assemblées provinciales des districts locaux, appelées Lands-thing. L’introduction du Christianisme avait créé) diins l’État une classe nouvelle et puissante ; et s’il renforça, jusqu’à un certain degré , le pouvoir et l’influence de la couronne , en y ajoutant la sanction de l’Église , il servit en même temps à tempérer son autorité et à empêcher qu’elle ne dégénérât en despotisme illimité (l).
Pendant qu’Harald-Blaatand succédait paisiblement au trône du royaume uni de Danemark (940), le peuple de la Norwége secouait le joug sanglant d’une tyi'annie sous laquelle il gémissait depuis cinq années. Hakon, bien qu’élevé sur une terre étrangère et dans une religion inconnue à ses pères, fut reçu à bras ouverts , comme un libérateur de l’odieuse tyrannie de son frère Erik. I.es principaux Jails, et surtout Sigurdr, oncle maternel d’Hakon , qui avait été son parrain lorsque , jeune encore , il fut ondoyé d’après la mode Païenne, épousèrent sa cause, tandis que sa jeunesse et sa beauté , sa taille élevée , robuste et virile, et les qualités personnelles que la renommée populaire attribuait à son caractère héroïque,le recommandaient à la sympathie de la multitude.
(1) Schlegel , Slaals - Rccht, clc., t. I, pp. -HW, t>3, Noie. — Kuldcrup liusenviiige, Grundris af dmi Danske Lovhisloiic, I. I> pp. 10,