‹ Histoire des peuples du NordChapitre 127 sur 206 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

« contraindre par la violence, sache bien, d Roi ! que « nous sommes résolus à t’abandonner , et à choisir « un autre chef qui nous laissera tranquillement jouir

de notre liberté, et suivre cette religion si chère à <( nos cœurs. »

Des applaudissements frénétiques accueillirent ces paroles qui s’accordaient si bien avec les sentiments du peuple. Aussitôt que le silence fut rétabli , le Jarl Sigurdr se leva et déclam formellement que le Roi n’avait ni l’intention ni le désir d’imposer à la nation une religion nouvelle , et qu’il ne voulait pas briser les liens d’affection dont il avait reçu de si grandes preuves. L’assemblée répondit d’une seule voix, que comme gage de la sincérité de ces protestations, il fallait que le Roi offrît, au nom de tous , les sacrifices accoutumés, pour obtenir la paix et les saisons fi-uctueuses, ainsi qu’eu agissaient leurs pères. Sigurdr conseilla au l oi d’ajourner son projet , et l’assemblée se sépara tranquillement. Mais l’iiiver approchait, et avec lui l’époque du sacrifice annuel ; le peuple était sourdement agité; il demanda que le Roi présidât dans cette occasion solennelle, selon l’ancienne coutume, ou qu’il abdiquât la couronne. Sigurdr essaya de calmer sa eolère , et promit , au nom du Roi , qu’il assistemit à la fête qui suivait toujoui-s le sacrifice. A cette fête , Sigurdr , qui remplissait les fonctions de Pontife à la place d’Harald, prit la corne à boire qu’il venait de consacrer à Odin et l’offrit au Roi ; c’était le moment critique, car il devait ouvertement proclamer le choix qu’il faisait entre les deux religions. Il essaya d’éluder la difficulté en employant, pour con-

sacrer la corne, une manière nouvelle , — le signe de la Croix ; — puis il la vida, selon le mode accoutumé. Ce changement fut remarqué par le peuple, qui commençait à murmurer, lorsque Sigurdr s’écria : que le Roi n’avait fait que suivre son exemple, depuis qu’il avait consacré la corne h Thor , en employant le signe du Maillet , attribut de cette divinité, et que le peuple se trompait en croyant qu’il avait employé le signe de la Croix. Au moyen de cette explication ingénieuse et tant soit peu Jésuitique , le peuple fut satisfait, et Sigurdr fut regardé comme « l’homme le plus sage de la Norwége , > réputation bien méritée, du reste , par la modéi ation et la prudence qu’il déploya dans sa médiation entre le peuple et le Roi , et, chose bien rare, il sut conserver la confiance des deux partis ; bien qu’il fût encore sincèrementattaché à la religion nationale , il ne manifesta aucune hostilité contre la nouvelle religion, qu’Hakon avait à cœur d’introduire.

Une alliance secrète se forma bientôt après entre huit des chefs les plus distingués de la Norwége contre le roi Hakon et ses innovations religieuses ; ils convinrent de détruire les églises Catholiques qu’il avait fait construire dans les parties septentrionales de la contrée, et de le forcer à renoncer entièrement à son projet d’introduire le Christianisme dans le royaume. A cet effet, quatre des confédérés firent voile vers la province de Mœre , où était un gi-and temple de Thor, et brûlèrent les églises élevées dans son voisinage. Us massacrèrent en outre les prêtres .Anglo-Saxons qu’Hakon avait amenés d’Angleterre.

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