CHAPITRE XIV
qu’il fut baptisé solcimcllement à Londres et à Rouen. Semblable à beaucoup d’aveuUiriers de son temps, il ne recula pas devant l’idée de donner à des époques et dans des contrées différentes, des preuves réitérées de sa renonciation aux erreurs du Paganisme (1).
La renommée des exploits d'Olaf-ïryggvason parvint jusqu’aux oreilles du tyran de la Norwége, qui apprit avec terreui- qu’il existait encore un jeune héros de la race d’Harald-Haarfager, qui pourrait réclamer ses droits à la couronne. Hakon envoya à sa recherche un de ses agents adroits et intelligents, nommé Thorer-Klacka, afin de le circonvenir à l’aide de ruses et de mensonges. Il se rendit à Dublin , ou Olaf s’était marié. Thorer, qui avait déjà visité l’Irlande en qualité de marchand et de pirate, se présenta à Olaf comme une victime de la tyrannie d’Hakon, et lui fit entrevoir que ses concitoyens recevraient à bras ouverts le descendant de leurs anciens princes , qu’ils considéreraient comme le libérateur d’un joug qui leur était devenu insupportable. Encouragé par ces conseils, qui du reste flattaient ses desseins secrets, Olaf, accompagné de son faux ami , fit voile pour la Norwége. A leur arrivée dans cette contrée , ils trouvèrent la plus grande partie des chefs et du peuple en révolte ouverte contre Hakon. Thorer, déconcerté de voir que ses suppositions s’étaient réalisées pendant sou absence, chercha, mais en vain, à rejoindre Hakon, qui,
(1) Snorre, Saga af Olaf Tiyggva Syni, cap. I-VII. XXl-XXVI. XXX-
fuyant devant la tempête , s’était réfugié dans une partie éloignée de la contrée : une de ses anciennes concubines, Thora, issue d’une naissance illustre, l’avait caché dans une gintte secrète, où il échappa à la recherche de ses ennemis. Thorer retourna ii bord, et conseilla à Olaf de débarquer et de profiter des dispositions du peuple en sa faveur; mais son intention était de le faire tomber dans une embuscade et de consommer ainsi sa trahison, en assassinant le jeune prince. Olaf, devinant enfin ses perfides desseins, le fit mettre à mort avant qu’il ait pu les exécuter. Il y eut alors une levée générale deNoi*wégiens contre Hakon, qui fut assassiné par un de ses propres esclaves. La tête sanglante de son ennemi fut apportée a Olaf, qui fit mettre à mort l’assassin. Les deux têtes furent attachées sur le lieu de l’exécution des malfaiteurs ordinaires, et restèrent exposées aux regards de la multitude, qui manifesta sa haine en les lapidant (1).
Le peuple de la Norwége appela immédiatement Olaf pour occuper le trône vacant. Ce qui le recommandait aux yeux de la multitude, ce n’était pas seulement sa naissance, car il descendait directement d’IIarald ni sa beauté, considération importante cependant pour les nations du Nord; mais c'était son esprit héroïque, sa valeur, sa réputation de sagesse , et ses connaissances acquises en terres éti'angèi'es. Le premier soin du jeune monarque fut d’établir le Christianisme en Norwége. A cet effet.
(1) Snone, ia|i. LM.VI.
CIIAPITHE XIV.
il prit pour conseiller et guide de sa conscience un nommé Sigurdr, nouveau converti, peu scrupuleux sur les moyens à employer pour accomplir ses projets de conversion. Olaf traversa la contrée, accompagné de ses prêtres et de ses Bersaerker, promettant largesses et récompenses à ceux qui consentiraient à se Élire baptiser, effrayant la superstition du vulgaire, par de faux miracles et de prétendues visions, et menaçant les i-ebelles d’un châtiment terrible. Dans la partie méridionale de la Norwége, le peuple, que ces menaces épouvantèrent, accepta la nouvelle religion dans l’assemblée nationale et publique de l’Al-Thing; mais, dans le Nord, le peuple résista, tant étaient enracinés tes anciens préjugés. Plusieurs chefs Paiens fui-ent exilés, d’autres mis à mort pour crime d’idolâtrie. Les temples Païens et les idoles furent partout détruits par le zèle furieux du Roi, qui montra autant de courage dans cette croisade que dans les incidents l omanesques de sa vie aventureuse. Ayant assemblée le peuple dans un Thing de province à Froshi , il lui proposa l’abolition de l’ancienne religion. Cette offre fut accueilli avec indignation. La nation eut recours aux armes, et menaça Olaf de mort s’il persévérait dans ses intentions. Mais sa présence d’esprit ne l’abandonna pas, et s’étant assuré de la personne des chefs de la révolte, il ajourna l’assemblée dans l’ile de Mœre, où s’élevait le fameux temple de Thor, Divinité tutélaire de la Norwége. Le chef Pontife de ce district, Jai nskegg, dans une discussion religieuse avec Olaf, parla légèrement de la religion Chrétienne ; Olaf,
iriilé , lança sa lance sur la statue de Tlior , qui s’écroula avec fracas, pendant que ses Champions et scs Bersærker, enveloppant de toutes parts le chef Pontife, l’assassinèrent. Le peuple, fi-appé de terreur à la vue de l’idole renversée, se rendit au désir du Roi. Afin d'expier le meurtre de Jarnskegg, Olaf consentit à épouser sa fille Gudruna; mais il s’en sépara le lendemain des noces, parce qu’elle avait essayé de le poignarder pendant la nuit !
Poussé par un zèle aveugle , Olaf joignit la trahison à la cruauté, comme un moyen puissant de propager la vraie foi. 11 invita à une fête un des descendants d’Hai-ald-Haarfager, nommé Eyvind-Kelda, et ses frères, chefs d’une association de magiciens (peut-être adorateurs des Jotnar ou divinités Finnoises) , et ne pouvant vaincre les résistances et les scrupules de ces Païens obstinés, il fit mettre le feu à la maison où ils étaient assemblés. Ils périrent tous dans les flammes, excepté Eyvind qui eut le bonheur de s’échapper ; mais, bientôt repris, il fut attaché sur un rocher , placé à fleur d’eau, et il se noya à la marée montante. D’autres Païens furent livrés aux plus horribles tortui-es, et cette persécution produisit les effets ordinaires d’une conversion arrachée par la violence. Beaucoup de ces convertis par la force reprirent leurs pratiques idolâtres, et se retirèrent au fond des retraites impénétrables des montagnes de la Norwége, pour adorer les Dieux de leurs pères < dans des temples non construits par la main des hommes. » On trouve même encore aujourd’hui dans ces forêts et ces vallées du Nord, des traces de