‹ Histoire des peuples du NordChapitre 140 sur 206 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

bat était trop inégal, et Olaf étant lui-méme blessé, et la plus grande partie de ses champions tués, il se jeta dans les flots et y périt avec le reste de ses amis fidèles (1).

Ainsi périt OlatTryggvason, qui, au dire deSnorre, fut le prince le plus distingué de cette époque , et possédait toutes ces qualités qui , à cette époque, attiraient l’estime et l’admiration des hommes. Sa force corporelle dépassait de beaucoup celle de la plupart des hommes de son temps , et il était profondément expert dans les exercices de la natation et de la rame, la chasse et l’emploi des armes ; le fond de son caractère était doux, modéré, courtois, débonnaire, et porté à la tolérance des plaisirs du monde ; son goût pour le bien-être et la toilette allait jusqu’à la magnificence; son éloquence, son courage remarquable, et sa science dans l’art de la guerre, surtout dans les expéditions navales, éclipsèrent la réputaiiou des plus illustres héros de l’ancien Nord; sa bonté etsa générosité pour ses amis étaient égales à sa cruauté pour ses ennemis, et ceux de la religion chrétienne, qu’il persécuta par le fer et le feu, les mutilant par d’horribles tortures et livrant leurs membres déchirés à la voracité des oiseaux de proie. Aussi fiit-il autant redouté et haï de ses ennemis qu’aimé et estimé de ses amis, et le succès de ses entreprises fut proportionné au zèle

(1) Snorre, Saga af Olafi-Tiyggva Syni , cap. LXVI, XCIV, XCV , Cil, CXXXI. Quelques auteurs prétendent cependant qu'il s'échappa à la nage, et qu'il alla en pèlerinage à la Terre sainte, où il mourut dans un monastère. I.ÆS Dilférentcs relations qui autorisent cette assertion sont soigneusement consignées dans OlarsTiyggvasonnr Saga, publié récemment par la Société des Antiquaires du Nord ù Copenhague.

avec lequel ceux-ci le secondèrent de leur active coopéintion, tandis que les premiers furent intimidés par la crainte de résister ouvertement à ses volontés (1).

Le goût d’Olaf pour les arts libéraux et utiles provenait de ses excursions et de ses longs voyages en Orient et dans les pays Occidentaux de l’Europe. Il admirait en connaisseur, récompensait libéralement les poésies des Skalds, qui, par leur rapport avec la religion Païenne, avaient d’abord excité ses préjugés contre cet art national favori. Olaf encouragea efficacement l’art de la construction navale, et juste appréciateur des avantages et des bienfaits que retiraient du commerce et de la civilisation les contrées de l’Orient qu’il avait visitées pendant sa jeunesse, il fut le fondateur d’une cité à l’emboucbure de la rivière du Nid, appelé à cause de la position Nidarôs, qui servait d’entrepôt commercial et de grenier pour cette partie de la Norwége si souvent exposée aux horreurs de la famine. Cette cité fut plus tard appelée Drontheim, du nom de la province dont elle est encore la capitale (2).

Les incidents romanesques qui marquèrent la vie aventureuse de ce monarque donnèrent lieu à une tradition longtemps chère à ses compatriotes, semblable à la fameuse légende Portugaise de don Sébastien. Comme le roi de Portugal, Olaf disparut, dit-on, au

(1) Snorre, cap XCII.

(î) Snorre, cap. LXXVIl.

Page 1