CHAPITRE XV
copiés sur des originaux semblables. La tyrannie et la faiblesse du gouvernement, — la lapacité et l’ambition du clergé, — la superstition gi-ossière, — la dégi-adatiou et l’esclavage du peuple, tout conspirait à ce décün rapide, qui se termina par la conquête étrangère. Mais cette conquête, la plus grande de toutes les calamités nationales , apportait cependant avec elle un nouveau principe de vie, un germe qui développa peu à peu chez les deux nations les plus distinguées de l’Europe cette supériorité et cette prépondérance qu’elles acquirent depuis par les progrès de la civilisation et de l’esprit humain (1).
En 1016, Canut dirigea ses premières attaques vers Londres, défendu par Edmund , assisté lui-même
(1) Le Dane-Getd (rançon) impo;é par les conqu<^raMs du Kord pcmlanl les sept années du icgnc d’EtlicIred (de 999 h 1 ,(107), sans compter les vols e( les exactions sur les habilanis, se moulait à 80,000 livres pesant d'argent. Chaque livre de cette époque équivalait, en poids d'argent, à un peu plus de 5 livres sterling actuelles. Mais M. Talgrave , prenant le prix ordinaire de la (erre h 5 livres il'argent par hjdc (A), compte que le total du tribut prélevé aurait acheté l,9iO,(XK) acres de terres labourables, en outre des privilèges sur les bois cl des apanages sur les terres communes, qui peuvent être considérées comme triplant la superlicic. (Ilist. ol England, vol. I,pp. 287-291.)
(A) Hyde, un nom de mesure, indi<)uanl la quantité de terres labourables, à l'aide d'une seule charrue, et suflisante pour faire subsister une famille pcm'ant un an. Les anciens écrivains cl les anciens litres ne sont pas d'accord sur la quantité de terres nécessaires pour constituer un Hyde. Crompton, dans sa jurisd. f* 222, dit qu'un Hyde de terre contenait 100 acres, et que 8 bydes formaient le fief d'un chevalier. Guillaume-le Conquérant lit mesurer toutes les terres de son royaume, et en fit compter toutes les Vydes.
Les Normands changèrent le nom de hyde en celui de ploughland ou ferme, cl assignaient ordinairement 2 fermes ou 2 hydesà un fief de chevalier {Spelmam, cap. 27, p. 45; Ducauge , Glosnary). {IS'oIe du Trad.)
d’une bande d’hommes du Nord, sous la conduite d’Olaf. A cette époque la ville était fortifiée du côté de la rivière. Les Danois s’étaient emparés du fauhoui’g de Southwark , que Snorre appelle « uu grand entrepôt, » y avaient fait de grands travaux, et creusé un canal sur la rive droite, dans lequel ils mirent leurs vaisseaux au-dessus des ponts, de manière à couper toute communication par eau avec la métropole. Le but des Anglo-Saxons était de détruire les ponts fortifiés par lesquels l’ennemi pouvait enti’er dans la ville par le côté méridional de la rivière. Ils y réussirent, grâce à la valeur et au courage d’Olaf et des autres alliés du Nord, et les habitants rendirent Londres imprenable (1).
Pendant ce temps-là, Edmund livrait dans les environs deux batailles à Canut; dans la dernière les Danois furent vauiqueurs , mais ne tirèrent d’autre profit de leur victoire que de retournei* à leur station navale delà Tamise et de bloquer de nouveau Londres. Le siège fut bientôt levé, et une bataille décisive se livra à .\ssandun, dans le comté d’Essex ; Canut fut victorieux, par la trahison de l’Anglo-Saxon Edric. Edmund se relira dans l’Ouest pour exciter les citoyens à de nouveaux efforts, et Canut fut forcé d’accepter un traité de partage, par lequel le Wessex, l’Essex, l’Est-Anglie et Londres, furent assignés à Edmund , et l’ancien royaume Danois de Northumberlaud, avec
(1) Knjllingasaga , cap. XII, p. m. EH. Rafii. — Snorre, Saga ai Olafi hinom Helgn , cop. XI-Xlï. — Snorre se Irompc en siipposant que le siège eut lieu sous le règne d*Ethc!rc(l ou Ad.'ilrad, ainsi qu’il appelle le monarque Saxon.
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le reste de la contrée fui laissé à Canut : de liches présents d’armures et de vêtements furent échangés entre les deux Rois rivaux.
Mais le Roi patriote, dont le courage héroïque et la conduite prudente méritaient un meilleur sort, ne survécut pas longtemps à cette pacification hypocrite et apparente. Edmond tomba sous le fer du traître Edric, qui avait été soudoyé par le monarque Danois pour le délivrer d’un rival redoutable (1).
En 1016, Canut fut salué roi d’Angleterre, d’abord par les Jarls et les autres chefs Danois , ses compagnons militaires,' et plus tard par le peuple Anglo- Saxon, qui, frappé de stupeur et d’effroi par les menaces du vainqueur, se soumit sans murmures (2). Il fit mourir Edwy, frère du roi Edmond , et envoya les enfants de ce Roi au monarque Suédois, avec ordre de les mettre à mort secrètement. Le Suédois refusa de souscrire aux ordres criminels de Canut, et les conduisit à Etienne, roi de Hongrie, à la cour duquel ils furent élevés. Le survivant des deux épousa plus tard la fille de l’empereur Henri 111, d’où descendirent Edgard Atheling (3) et Marguerite, reine d’Ecosse.
(t) Sulim, af D,in. , t. III, pp. 4S8-48I. — Knytlingasaga , cap. XVI, p. 178. Ecl. Rafri. — Turner, l. III, pp. 260-268.
(2) A celli! occasion les liaLilanIs pa}'rrenl In Oane-Grld, qui monta il 72,000 livret pesant d'argent , qui furent distribués aux Thinginamialid ou troupes particulières de Canut.
(3) Le mot Atheling, du Savon Œtlicl ou Ethel, signifiait originairement une personne de noble naissance, le fils d'un Œihel ou noble, et était cmplo}ié en ce sens par les Lombards, les Bavarois, les Angles et les Werins, et par les Saxons du continent, jusqu’au ix* siècle (.\). Chez les
(A) Paul Üiacon, liv. I", ch. 21. Canciani, II, 295; III, 51. Nithard , t. 1, IV, c. 2; apud Dom. Bouquet, VU, 29.
Canut entoura son trône d’une rivière de sang, par le massacre de plusieurs nobles Saxons, au mépris du traité solennel qu’il avait stipulé avec la nation. Les aventuriers militaires, auxquels il devait une si belle prise, reçurent en récompense les dépouilles des Saxons vaincus. Le comté de Northumbrie fut eonféréàErik, fils d’Hakon ; l’Est-Âiiglie à Thorkill, un de ses plus braves Jarls , et la Mercie au traître Saxon Edric ; mais ce dernier ne jouit pas longtemps du fruit de son crime. Il vanta imprudemment ses services au tyran Danois : < J’ai trahi mon roi pour te servir ; pour toi, j’ai tué Edmund. » — « Il est donc juste que tu meures,» répliqua Canut, cpour ta double trahison envers Dieu et envers moi. Tu as tué ton propre Seigneur! lui, qui était mon frère, et par un traité solennel et par l’affection ; que son sang retombe sur ta tête pour avoii* tué l’oint du Seigneur. » — II le tua d’un coup de hache , et son corps fut jeté par une fenêtre du palais dans la Tamise (1).
Thorkill lui-même , Thorkill , au courage duquel Canut devait la conquête d’Angleterre, fut traité par lui de la manière la plus ingrate ; il fut même accusé, non sans quelque fondement, de ne pas être étranger à la mort de ce héros (2).
Pour mieux assurer entre ses mains le sceptre d’Angleterre, Canut épousa Emma, veuve d’Ethelred,
Anglo-Snxoïis , il parait avoir clé restreint aux personnes de lignée royale , en comprenant cependant sous cette acception les familles de petits rois , aussi bien que celles des principaux rois, chefs de la nation.
(Note du Traducteur.)
(1) I.ingard, vol. I, p. 3"l. — Turner, vol. III, pp. 28Ü-S85.
(2) Suhm, llist. af Dan. , I. III , p. 541.
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