‹ Histoire des peuples du NordChapitre 154 sur 206 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

— je sais courir sur des patins, lancer un javelot ou manier une rame ; et cependant une fille de Russie , à la bague d’or , me dédaigne !

Il n’est ni veuve ni jeune fille qui ne sache que dans les régions du Midi les premiers rayons du matin nous trouvaient sur le champ de bataille et que nous nous sommes emparé de la ville (1) ; je me suis servi bravement de mon épée, il reste des témoignages de mes exploits ; et cependant une fille de Russie, à la bague d’or , me dédaigne !

Je suis né dans les montagnes, là où retentissent les arcs ; mes vaisseaux sont l’effroi des bergers paisibles; j’ai fait craquer leurs quilles sur les cimes cachées des écueils, loin de la dernière habitation des hommes; j'ai creusé de larges sillons dans les mers autour des Iles : un lâche n’eût pas suivi un sentier si dangereux; et cependant une fille de Russie, à la bague d'or, me dédaigne!

A son retour en Russie, Harald trouva le trésor qu’il y avait envoyé, déposé dans les mains fidèles de Jaroslaf; celui-ci donna sa fille Elisabeth à l’aventurier du Nord , qui revenait de l’Orient chargé de richesses et d’honneurs. Harald vint en Suède , y trouva Svend Estrithson, le prince Danois exilé avec lequel il forma une alliance contre Magnus. Mais abandonnant bientôt les intérêts de Svend, il fit un traité avec le Roi, aux termes duquel il fut stipulé que le royaume de Norwége serait partagé entre eux, à la condition que le riche trésor d’Harald serait aussi divisé en parties

(!) Miklagârd ou Conslanlinoplc.

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égales. Ce trésor était chose d’une grande impoilau ce, car il contenait non-seulement tout le butin ramassé parllarald pendant ses guerres , mais encore sa part dans le pillage du palais impérial de Constantinople, qui, suivant la coutume, était distribué aux Vœringjar à l’avénement de chaque nouvel Empereur, et Harald avait été témoin de trois révolutions successives dans cette cour si mobile et si orageuse ! Magnus mourut bientôt après (1047), ayant reçu de ses concitoyens le surnom de Bon, titrerarenient accordé par le peuple aux souverains lorsqu’il n’est pas mérité. Il laissait Harald jouir tranquillement de tout le royaume de Norwége, exprimant seulement le désir que Svend Estrithson, dont il avait si opiniâtrement repoussé les prétentions , soit appelé de son côté à porter sans obstacle le sceptre du Danemark (1).

Harald ne fut pas le seul prince du Nord qui visita les régions de l’Oiient pendant le moyen âge, comme pèlerin ou comme aventurier militaire. Depuis que la lumière bienfaisante du Christianisme échauffait la Scandinavie de ses rayons vivifiants , ses habitants étaient dévorés du désir ardent de visiter la terre qui avait été le berceau de cette religion. Déjà plusieurs Rois et chefs de la Norwége avaient entrepris des pèlerinages au Saint- Sépulcre lorsqu’il était au pouvoir des Infidèles, ou avaient pris part aux Croisades prêchées pour sa délivrance; déjà, sous le règne de Magnus Barfœd, un Jarl distingué, nommé Skopte, à la tête d’une escadrille de cinq vaisseaux, et accompagné de ses trois fils, avait mis à la voile pour aller

(I) SnoiTC, S;iga af liaraldi Hardràda , cap. XVII-XXIX.

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