CHAPITRE XVI
« honimes d’une naissance illustre qui vivent comme « les patriarches d’autrefois, du produit de leurs a troupeaux. Ils sont tous Chrétiens, excepté ceux « qui habitent les bords de la mer près du cercle « arctique ; ceux-là s’adonnent encore à l’art de la < magie, à l’aide de laquelle ils prétendent accom- « plir les miracles les plus étonnants et connaître c ce qui se passe dans chaque partie du monde. J’ai « ouï dire que les hautes montagnes de ces contrées « sont habitées par des femmes cruelles et des hom- « mes féroces, qui fuient le monde, se vêtissent de « peaux de bêtes sauvages , et parlent un idiôme « complètement inintelligible pour le peuple voisin, c Dans ces montagnes, il y a tant de gibier que les « habitants ne vivent que de chasse (!)• »
Telle était la condition de la contrée qui fut le berceau des hommes du Nord, à l'époque où la colonie qu’ils avaient implantée en Fiance était devenue un état puissant et prospère. Le duc Richard II, beau-frère d'Ethelred et de Canut -le- Grand , rois d’Angleterre, laissa la Normandie à son fils, Richard 111, qui mourut en 1026, après un règne de deux ans. Il eut pour successeur au trône du duché son frère Robert, que le peuple appela Robert-le- Diable, surnom qu’il mérita par sa violence et son caractère féroce. Mais, il faut le dire, il possédait plusieurs de ces qualités spéciales aux chefs du Nord de l’àge héroïque , — courage indomptable , — libé-
(1) Cap. CCXXXlX. K’auleur parle ici de» Lapons (Finnois el Cweuas), qui conservaient encore leur foi primitive et leurs mœurs barbares. Voyex chapitre P- *8, et ch. VI , p. 157.
ralité excessive pour ses compagnons , — amoui* des entreprises hasai'deuses et romanesques. Robert avait eu de la bile d’un tanneur de Falaise, en Normandie, un fils illégitime, et, décidé à entreprendre un pèlerinage en Terre-Sainte, il fit reconnaître ce fils par les grands vassaux de la couronne comme sou successeur légal et naturel. Les barons de Normandie voulurent détourner Robert de son projet, en lui représentant qu’il serait mal pour eux de demeurer sans chef: — «Par ma foi,» répondit Robert, «je ne
< vous laisserai point sans seigneur. J’ai un petit « bâtard qui grandira, s’il plaît à Dieu ; choisissez-Ie
< dès à présent, je le saisirai de ce duché devant « vous, comme mon successeur. » Les barons Normands firent ce que proposait le Duc, < parce que cela
< leur convenait, > dit la vieille chronique ; ils jurèrent fidélité à l’enfant, en plaçant leurs mains entre les siennes, suivant l’usage féodal (1). Mais aussitôt qu’on apprit en Normandie la nouvelle que Robert était mort à Nice, en Béthyiiie, une faction puissante, composée de seigneurs Normands, refusa de reconnaître le Bâtard pour duc de Normandie (1055). La prétention de Guillaume ( plus tard le conquérant de l’Angleterre ) fut contestée par Guy, fils du comte de Bourgogne, et Alix, fille du duc Richard II, dont les titres étaient au moins aussi valables que ceux de Guillaume, puisqu’il n’y avait pas dans le duché de règle fixe de succession établie par l’usage ou la loi.
(1) Maiiibus iilorum maiiibus ejus, vice cordis, datis. Uudoii de Sainl- Quentin, Hisl., p. 157. — Thierry, i. I, pp. 26i-ï6j.