CHAPITRE XVI
Les talents et l’activité supérieure de Guillaume décidèrent bientôt la querelle; il punit d’une manière sanglante les railleries que lui attirait la tache de sa naissance. Un jour qu’il attaquait la ville d’Alençon qui s’était déclarée contre lui, les assiégés s’avisèrent de lui crier : la peau ! la peau ! et jetèrent par-dessus les murs la peau de différentes bétes pour faire allusion au métier de tanneur qu’exerçait le grand-père de Guillaume. Le Duc, par des cruelles représailles, fit mutiler trente prisonniers et jeter leurs membres par-dessus les mure de la ville. Il confirma son droit au duché de Normandie en épousant Mathilde, fille du comte de Flandre, qui descendait en ligne maternelle du duc Richard III. Il réunit à la Normandie le duché du Maine, qui lui avait été légué par le dernier duc de cette province, et préparait ainsi une force suffisante pour lui permettre d’aspirer à la couronne d’Angleterre (1).
Le roi Edouard-le-Confesseur avait contracté, dans son long exil en Normandie, une grande sympathie pour les manières, les coutumes et le langage de cette contrée, ce qui blessa l’amour-propre des Saxons ses concitoyens. Le royaume était rempli de favoris Normands, qui insultaient à la misère du peuple par le déploiement pompeux de leurs richesses et l’étalage vaniteux de leurs faveurs à la cour, et soufflaient aux oreilles du Roi de perfides insinuations contre le comte Godwin et ses enfants , dont la popularité était un obstacle sérieux à leurs prétentions rapaces.
( I ) Roman de Rou i t. I, pp. 370 ad fiuem ; l. 11 , pp. 1-59. Ed. Pluquet.
4l26 HISTOIRE DES HOMMES DE ?IORD.
Parmi les hôtes étrangei-s du Roi était Eustache, comte de Boulogne , qui avait épousé la sœur d’Edouard. Eustache, à son retour en France, s’arrêta à Douvres , où l’insolence de ses partisans occasionna une rixe sanglante avec les bourgeois, dans laquelle environ vingt Anglais et autant de Français furent tués. Le Comte ne dut la fuite qu’à la vitesse de son cheval ; il se rendit auprès du Roi pour se plaindre de cette injure et demander justice. Godwiu reçut l’ordre de châtier l’insolence de ses hommes. Celui-ci essaya d’apaiser la colère du Roi , et demanda à être entendu , avant de juger et de condamner ses compatriotes. Edouard refusa de faire droit à celte requête raisonnable et, influencé par les intrigues des étrangers, cita le Comte devant un grand conseil à Gloucester pour répondre à l’accusation de désobéissance et de rébellion. Mais Godwin, sachant qu’il était condamné d’avance, résolut d’op- ])o.ser sa popularité à l’iniluence du Roi , qu’il avait aidé à monter sur le trône. Les trois grands comtés de Godwin et de ses fils, Harold et Svend fournirent chacun une armée. Les insurgés marchèrent contre Gloucester pour châtier les déprédations commises sur les leires d’Harold par la garnison Franco-Normande dans le château de Hereford, et, en même temps, pour demander à Edouard qu’il livi-ât les favoris étrangers à la justice du pays. Pour toute réponse, Edouard ordonna aux comtes Danois, Leofric et Siward , qui commandaient en Mercie et eu Noi thumbrie, de venir l’assister avec les forces de leurs comtés. Les Anglo-Danois et Anglo-Saxons