CHAPITRE XVI
furent donc encore une fois en présence ; mais les principaux chefs des Anglo - Danois reconnurent qu’il y avait honte et folie à servir d’instruments pour combattre ceux qui étaient devenus leurs concitoyens, afin d’encourager la rapacité des Franco- Normands qui, par la faiblesse d’Edouard, avaient pris un pied solide dans le royaume. Ils appuyèrent donc vivement la proposition d’armistice, et les points en discussion furent soumis à la décision du Vitenagemot à Londres. Les deux parties arrivèrent au lieu du rassemblement avec une force imposante , et Godwin, avant de paraître dans l’assemblée nationale, demanda des étages pour sa sûreté personnelle; sa demande fut refusée, et les comtes Anglo-Saxons furent condamnés à se justifier dans le délai de cinq jours, par les serments de douze compurgatores des accusations qui pesaient sur eux, ou de quitter le royaume. Le comte Godwin fit sagement de préférer la dernière alternative, et se réfugia avec sa femme et ses trois enfants, Sweyn, Tostig et Gurth, auprès du comte de Flandre, auquel il demanda aide^et protection. La reine Edith, soeur de Godwin, fut emprisonnée dans un monastère (1).
Après la fuite de Godwin et de ses enfants, l’Angleterre se remplit d’aventuriers Normands, qui supplantèrent les indigènes dans la laveur d’Edouard et occupèrent, dans l’Église et l’État, les places d’honneur et'de profit. Ils furent accompagnés d’un aventurier bien plus considérable , qui venait , non pour occu-
(1) Thierry, pp. 210-218.
428 IIISTOIIIE DES HOMMES DU NOUD.
jjer les comtés et les sièges é|)iscopaux, mais qui visait au sceptre du royaume qu’il voyait décliner et échapper aux mains chancelantes d’un monarque, un des deux survivants mâles de la race de Cerdic. Le duc Guillaume de Normandie visita l’Angleterre en 1051 avec une suite nombreuse, et trouva ses compatriotes honorés, non-seulement de la faveur du roi Anglo-Saxon , mais de beaucoup de seigneui-s du royaume. Edouard reçut le duc avec des honneui-s dus à son rang, et s’il n’encouragea pas ouvertement ses prétentions à sa succession, il luidonna, du moins, toutes les facilités possibles de concerter avec les Normands favoris du Roi, les mesures nécessaires pour assurer l’exécution de son projet (1).
L'année suivante (1052), le comte Godwin partit des ports de Flandre avec une flotte qui se grossit de celle d’Irlande , sous le commandement de son fils Harold ; tous deux entrèrent dans la Tamise , et envoyèrent un message respectueux à Edouard , réclamant une révision de la sentence d’exil prononcée contre eux. Cette demande fut accordée à contrecœur par le Roi, cédant aux avis du prélat Stigand, qui agissait comme médiateur entre les deux partis, tous deux ses concitoyens. Les usurpateurs étrangers s’enfuirent précipitamment du royaume, et Godwin remit à Edouard , comme otages de sa loyauté, son fils Wulfnoth et son neveu Uakon, qui furent envoyés en Normandie pour être plus sûrement gardés. Le comte Godwin ne survécut pas longtemps à son retour dans son pays et à sa réinté-
(1) Turner, vol. III, p. 3i3. — Thiciry, I. I, p. 223.