CHAPITRE XVI
gration dans ses honneurs, et sa mémoire a été flétrie de l’épithète de traître, ou ennohlie du titre de patriote, selon que son histoire est écrite par des chroniqueurs Normands ou Saxons (t).
La mort de Godwin fut suivie de celle de Siward, comte de Northumhrie, ' que sa taille élevée et sa force prodigieuse Ai ent surnommer le Géant. Sa sœur avait épousée, en 1054, Duncan,roi d’Écosse, et pendant que MacdulT, seigneur de Fife, levait l’étendard de la révolte en Écosse , Siward opposait ses braves Northumbriens à Macbeth le tyran et l’usurpateur. Il revint triomphant de son expédition , après avoir réussi à faire nommer Malcom roi. Mais il était malade, et, sentant sa lin approcher, il ordonna à ses serviteurs de le tenir levé , afin de mourir de la mort d’un brave. < Donnez-moi mou casque et ma cotte- « maille, » leur dit-il, » ceignez-moi de mon épée, « aidez-moi à soutenir mon bouclier, que je meure « en soldat qui a survécu à tant de désastres (2). > Le comté, vacant par la minorité de Waltheoff, fils de Siward, fut conféré à Toslig, troisième fils de Godwin. Harold-le-Vieux succéda à son père comme seigneur de toute la contrée au sud de la Tamise, pendant que son propre comté de l’Est-Anglie était donné à Âlfgar, fils de Leofric. Harold gagna promptement les affections de ses compatriotes Saxons, auprès desquels il se recommandait par ses qualités héro'iqueset la popularité de son père. D’un autre côté, son frère Tostig, loin de se concilier l’affection de ses va.s-
(1) Lingard, vol. I, p AÏS.
(â) Turner, vol III, p. S53. — Thierry, t. I, p. 234.
saux Anglo-Danois de la Northumbrie, provoqua une révolte justifiée par ses cruaulésetses injustices, et fut honteusement chassé de son comté. Le peuple choisit pour son successeur Morcar (1065), fils d’Alfgar. II poursuivit le tyian fugitif jusqu’en Mercie, où il fut rejoint par son frère Edwiu, qui avait un commandement sur les frontières du pays de Galles. Le roi Edouard ordonna à Harold de lever ses troupes et de marcher contre l’usurpateur ; l’occasion était belle pour Harold , s’il eût écouté son ambition personnelle, d’éciaser une famille jalouse, orgueilleuse, et rivale de la sienne. Mais il fit preuA'e d’une grandeur d’âme bien rare à celte époque, et par sa noble conduite s’éleva au-dessus des hommes ordinaires; il accepta donc un tiaité avec les Normands, aux termes duquel son frère Tostig fut exclu du comté, l’élection de Morcar confirmée , et les lois de Canut mises en vigueur dans cette partie de l’Angleterre (1), Edouard-le-Confesseur avait rappelé de Germanie son neveu qui portait sou nom, le fils exilé de son frère Edmond; le jeune prince étant mort aussitôt son retour en Angleterre , Edgar l’Atheling était désormais le seul survivant de la race de Cerdic. Mais ou ne pensa même pas à faire valoir ses prétentions légitimes au trône de ses pères, et tous les Anglo-Saxons avaient jeté les yeux sur leur compatriote et héros, Harold, comme le seul digne et capable de tenir le sceptre national, lorsqu’une circonstance imprévue vint donner à Guillaume de Nor-
(1) Thierry, l. I, pp, 237-240.