‹ Histoire des peuples du NordChapitre 163 sur 206 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

leur promeltant la dépouille des Saxons comme récompense. Une flotte composée de quatre cciits grands vaisseaux et de plus de mille bateaux se réunit à l’embouchure de la Dive. L’armée s’embarqua à Saint -Valéry- sur -Somme; le vaisseau que montait Guillaume marchait en avant, portant au haut du grand mât la bannière déployée qui avait été consacrée parle Pape, les voiles aux mille couleurs rehaussées de la devise des lions de Normandie, et la proue représentant un jeune archer, tenant son arc bandé et prêt à lancer sa flèche (1).

Pendant ce temps , Tostig, le comte fugitif de la Norlhumbrie, conjurait son cousin, Svend-Estrithson, roi de Danemark, d’essayer de rétablir la domination Danoise en Angleterre. Sur le refus de Svend, Tostig se rendit à la cour d’Harald , fils de Sigurdr, roi de Norwége, et chercha à engager ce monaïque turbulent dans de nouvelles entreprises qui s’accordaient avec son ambition : « Tout le monde sait, » lui disait le Comte, < que le Nord n’a pas un guerrier qui puisse l’être comparé, et ma surprise est grande que tu aies perdu tant d’années en de vains efforts contre le Danemark, lorsque l.\ngleterre, sans défense, était une proie si facile pour toi. » Harald, dont ces discours flattaient l’orgueil et l’amour-propre, se décida à entreprendre une expédition sur les côtes de Northumbrie. A cet effet, il réunit toutes les forces de son royaume et rassembla une flotte de plusieurs centaines de vaisseaux. Avant son départ, il fit ouvrir la châsse où était déposé le corps de son frère utérin,

(I) Thierry, I. 1 , pp. 233-271.

454 IIISTOIltE DKS HOMMES DU NORD.

saint OJaf, et découpa ses ongles et ses cheveux pour les emporter avec lui comme des reliques qui pourraient contribuer au succès de son entreprise ; après quoi il refermala châsse et jeta lesclefsdans la rivière de Nid, afin qu’elle ne soit plus violée désormais. Mais rembarquement de ses troupes fut signalé par de mauvais présages. A bord du vaisseau royal, un guerrier réva qu’il avait vu toute la flotte couverte de corbeaux, de vautoura, et d’autres oiseaux de proie, perchés sur les mâts et sur les proues des vaisseaux, et qu’une fimme gigantesque (Troll-kona), debout sur un rocher, une épée nue à la main, comptait les voiles, et répétait aux oiseaux :

H Oui I le Roi qui se hâte ainsi d’aller de l’Est à l’Ouest. « est entrainé par le Destin ; il court à sa perte. Allons ! « allons, accourez tous, oiseaux de proie , la tahic est mise, « le festin est préparé, je vous y convie; choisissez votre « place à ce banquet splendide, car je vais avec eux ! — Je « va.s avec eux ! «

Un autre soldat rêva que la flotte approchait des côtes d'Angleterre, et qu’il voyait l’armée Saxonne rangée en bataille sur le rivage, la bannière flottant au gré des vents. Devant les rangs, passait et repassait une femme gigantesque (Trôll-kona), montée sur un loup, tenant dans sa gueule une carcasse humaine, qu’il dévorait; il voyait un sang lourd et caillé s’échapper de sa mâchoire ; alors la géante lui jetait une autre carcasse qu’il dévorait encore, puis une troisième , et toujours il dévorait!

Iæ courage d’Harald ne s’arrêta pas à de si funestes

CnAPITUE XVf.

augures, qui firent cependant une grande impression sur ses compagnons. Il s’embarqua avec la reine Elisabeth, sa femme, qu’il laissa avec ses deux filles aux Orkneys, et fut rejoint à l'embouchure de la Tyne par Tostig, qui lui amenait quelques vaisseaux. Ils entrèrent dans l’Humber, remontèrent l’Ouse pour attaquer York, défendu par les comtes Edwin et Morcar. Une grande bataille eut lieu, dans laquelle les Saxons furent vaincus. Les Comtes se retirèrent dans la ville. Harold, fils de Godwin, qui avait concentré toutes les forces de son royaume sur la côte méridionale , pour repousser l’invasion des Normands, se porta rapidement avec une troupe choisie vers York, où il arriva quatre jours après la bataille (25 septembre). L’homme du Nord fut attaqué par surprise. Les soldats s’étaient dépouillés de leurs cottes-mailles, à cause de la chaleur de la saison, et n’avaient d’autres armes défensives que leurs boucliere et leurs casques. La vue soudaine de l’ennem» ne découragea pas lïarald-Hardrâde; il déploya l’étendard royal appelé le ravageur du monde; les soldats se rangèrent autour sur une ligne longue, peu profonde, et courbée vers les extrémités. Ils se tenaient serrés les uns contre les autres, et leurs lances étaient plantées en terre, la pointe inclinée vers.l’ennemi (1). Il entonna alors un chant de guerre, engageant ses compagnons à combattre , bien qu’exposés , sans leurs cottes-mailles, au tranchant des épées, et bien qu’ayant laissé lui-même à bord de son vaisseau sa

(I) Cola formail coque les hommes du Noid appelaici.t • Skjoldborij , ou rempart do boucliers.

43(5 msToinE des hommes du nord.

cuirasse splendide et invulnéiable appelée Emma. Revêtu d’une tunique bleue et la têle couverte d’un casque étincelant, Harald parcourait les rangs, monté sur son cheval noir. Mais il se cûbra et tomba, t Quel est ce chef, s’éci'ia Harold le Saxon ?» — « C’est le roi des hommes du Nord, » lui répondit-on. — c Malheur à lui ! car bien que ce soit un guerrier fameux, sa sentence est prononcée. > Avant le choc des deux armées, vingt cavaliers Saxons, hommes et chevaux couverts d’acier , s’approchèrent des lignes des hommes du Nord, et l’un d’eux, d’une voix forte, appela Tostig, fils de Godwin. — « Le voici, » répondit Tostig. — « Si lu es le fils de Godwin , » reprit le héraut, « apprends que ton royal frèrete fait offrir « par ma bouche la paix et la possession de la Nor- « thumbrie ; et si cela ne te satisfait pas, le tiers du € royaume. » — « Ce sont là de belles promesses, » répliqua le Comte, « et si elles avaient été faites il y a quelques mois, bien du sang eût été épargné, et la condition derAnglcterre seraitdifférenle de ce qu’elle est aujourd’hui. Mais si j’accepte ces offres, qu’y « auia-t-il pour le noble Harald, fils de Sigurdr, mon € fidèle allié? » — « Sept pieds de terre pour une « tombe, ou peut-être plus, car sa taille dépasse « celle des autres hommes, > fut l’insolente réponse du messager. — t Va donc dire à mon frère, » répondit € Tostig, « qu’il se prépare au combat; car il ne sera « pas dit que le fils de Godwin aura été assez déloyal « pour abandonner le fils de Sigurdr. » Le monarque Norwégien s’informa alors quel était ce héraut. — < Le l’oi Harold lui-même, » répondit le Jarl. — « Si

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