‹ Histoire des peuples du NordChapitre 168 sur 206 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Normaruls se présentent devant lui , et Drogon , leur chef, prend la parole: « Eh quoi, Seigneur, » lui ditil, « les Sulertinains comptent-ils rester comme des * veuves sans défense, et subir un tel outrage de la « part des Musulmans ? Non, l’espoir de ces Barbares « sera déçu ! Donnez-nous des armes et des chevaux, « et bieotôtnous aurons châtié leur orgueil. > Tandis que, dans leur camp, les Sarrazins se livrent sans défiance à tous les excès de la débauche, et qu’ils célèbrent d’avance un triomphe qu’ils croient certain , les pèlerins s’arment en silence ; ranimée tout à coup par cette poignée de braves, l’élite des habitants de Salerne se joint à eux ; ainsi réunis, ils tombent subitement sur les Infidèles qui, par l’énergie de cette attaque inopinée , peuvent à peine se défendre. Un grand nombre d’entre eux est égorgé sans pitié. Quelques uns seulement, assez heureux pour gagner le rivage , se jettent à la mer et vont porter à lenr flotte la nouvelle du désastre de leurs compagnons, pendant que les vainqueurs, chargés de riches dépouilles, rentrent dans la ville au milieu du peuple qui célèbre leur victoire.

Le prince de Salerne, reconnaissant du service que ces étrangers viennent de lui rendre, et désirant s’attacher d’aussi courageux défenseurs , les conjure de ne point l’abandonner, et leur offre les plus brillantes récompenses, c C’est pour notre foi que nous t avons combattu, » répondent ces nobles chevaliers, « et non pour mérite de deniers. » Ils ajoutent qu’ils accepteraient volontiers les propositions des Salernitains; mais qu’après une longue absence, ils sont

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impatients de regagner les champs de la Neustrie, qui les ont vu naître ; ils promettent d’ailleurs qu’aussitôt arrivés, ils enverront des hommes d’armes dont le coui age sera égal au leur, « car l’on en trouve facilement dans leur pays. »

Gaimar donne des ordres pour que des bâtiments, chargés de provisions et des fruits les plus exquis du Midi, soient préparés (1). Plusieure officiers Salemitains s’embarquent avec de riches présents d’étoffes et d’armes , destinés au duc de Normandie ; ils doivent l’engager à laisser venir quelques jeunes chevaliers à la cour de Gaimar (2).

Richard II, qui régnait alors en Normandie, n’était pas disposé à accorder à un prince étranger, qu’il ne connaissait pas, les secours qu’il venait de refuser à son beau-frère Ethelred , roi d’Angleterre. Les envoyés de Gaimar eurent donc le déplaisir d’échouer dans leur mission, et se disposaient à retourner en Italie, loi’squ’un événement malheureux, en jetant la cour ducale dans la consternation, favorisa

(1) Les fruils du Midi excilaienl les désirs ardents des Iiommes du Nord. C'était en vantant leur saveur que l'on attirait les Vœringjar, du fond de la Scandinavie , à Constantinople , pour y former la garde des empereurs Grecs ; et dans la langue Islandaise on dit encore aujourd'hui Figiakasia , désirer des figues, pour dire désirer quelque chose avec passion.

(2) Gibbon , Décliné and fall. , etc. , ch. 56. — Sismondi , Républiques Italiennes , t. I, ch. 4, pp. 275-279.— Histoire des conquêtes des Normands en Italie, par Gaultier d'Arc, Liv. 1 , ch. I, pp. 17-26.

la chronologie de cet événement est fixée à 1016 , d'après les observations de Pagi, qui démontre dans ses notes sur Baronius (t. XVI, p. lOlj , que ce dernier s'est trompé en reportant la date de cette première ap|>arilion des Normands en Italie à l'an 1002. Mais M. Gaultier d'Arc remarque que Pagi de son cété a commis une erreur en confondant ces premiers pèlerins revenant de Jérusalem , avec ceux qui rencontrèrent plus lard Mélo au mont G argano.

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