CHAPITRE XVil
le désir qu’ils avaient d’engager quelques Normands à s’expatrier. Osmond de Quarrel, un riche seigneur des environs d’Alençon, avait assassiné le favori de Richard pour venger l’honneur de sa fille, et se trouvait dans la nécessité de quitter le pays avec ses trois frères. Ils .se rendirent en Italie, en 1017, au moyen des facilités qui leur furent offertes par les envoyés du prince de Salcrne. Leur premier soin, en arrivant dans le midi de l’Italie, fut de visiter en pèlerins la caverne de Gargaiius, montagne de l'Apulie située sur les bords de l’Adriatique, où l’archange saint Michel, objet de la vénéi ation de leur pays, avait fait, suivant les légendes populaires, de fréquentes apparitions. En gravissant les flancs boisés de la montagne sur laquelle s’élève le sanctuaire, ils devisèrent avec un éti-anger qui portait l’habit Grec, et qui leur avoua bientôt êü-e rebelle, fugitif, et ennemi mortel de l’empire de Byzance. Ce noble citoyen de Bari, Lombard de nation , qui se nommait Mélo , avait suscité une révolte, et ses projets ayant échoué, il venait chercher dans son pays des alliés et des vengeurs. L’apparence guerrière et le maintien superbe des chevaliers Normands avait ranimé son espoir et déterminé sa confiance; ceux-ci prêtèrent l’oreille à ses plaintes et surtout à ses promesses. Les richesses qu’il leur ofliait en perspective démontraient la justice de sa cause, et la terre fertile, qu’opprimaient des tyrans efféminés, leur parut devoir être la récompense de leur valeur. Des émissaires sont donc envoyés en Normandie ; ils parcourent cette province en appelant les chevaliers au combat. Ils peignent la fertilité des
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belles contrées de l’Italie (i), la lâcheté de ceux qui les occupent; ils exaltent l’habileté du chef qui doit commander, et partout ils excitent l’enthousiasme. Le génie aventureux des hommes du Nord, qui avaient enlevé la Neustrie à Charles-le-Simple, no s’était point encore éteint chez leurs descendants. Une troupe d’aventuriers peu nombreuse , mais intrépide, répond à l’appel d’Osmoiul. Les uns, déguisés sous l’habit du pèlerin, traversent les Alpes séparément; les autres les franchissent en culbutant les habitants encore idolâtres du mont Jou (2), qui veulent exiger d’eux un péage (3), et viennent planter le terrible drapeau rouge des enfants de Rollo, vis-àvis les aigles de l’empire d’Orient, que tant de défaites ont rendu peu redoutables. Ils trouvent, aux environs de Rome, Mclo qui fournit des armes et des chevaux aux plus pauvres, et les réunissant aux bandes des Lombards recrutés dans toute l’Italie, les mène au eombat. Leur bravoure triomphe dans la première action ; mais, dans les batailles successives, accablés par les Grecs, supérieurs eu nombre et bien pourvus de machines de guerre, ils vendent chèrement leur vie, et ne tombent qu’après avoir immolé un grand nombre de leurs ennemis. Neuf chevaliers trouvent la mort dans cette lutte tei'rible, livrée sur le champ de bataille sanglant de Cannes (4),
(1) La terrequiinètielail, cl miel, et tant belles coses.(Chr,inid.d’Aimi.)
(2) Aujourd'hui le mont Saint-Bernard.
(3) Confraclis seris custodibusque cœsis per angusiissimas semitas monlis Jovit in Alpibus.
(i) Il campo di Sangiie. C'est ainsi que les paysans de l'ApuIie nomment le champ de bataille île Cannes.