‹ Histoire des peuples du NordChapitre 170 sur 206 · CHAPITRE XVI t · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI t

et leur chef lui-même, Osmond, succombe. L’infortuiié Mélo mourut à la cour de l’Empereur II, en Allemagne, où il était allé demander des secours. Ses alliés Normands, ayant abandonné leur patrie pour une contrée dont ils n’avaient pu s’emparer, errèrent dans les collines et les vallées de l’Italie, et furent réduits à conquérir, à la pointe de l’épée, leur subsistance journalière. Les princes du midi de l’Italie, engagés dans des querelles domestiques, et même l’empereur d’Allemagne , Henri II , qui faisait la guerre dans ce pays contre les Grecs, réclamèrent l’appui de ces guerriers redoutables; la valeur et la discipline des Normands déterminèrent la victoire en faveur du parti qu’ils adoptaient ; ils se proclamèrent donc indépendants de tous, ayant soin de maintenir l’équilibre des forces, de peur que la prépondérance d’une des puissances rivales ne rendît leur secours moins nécessaire. Ils occupèrent d’abord un camp fortifié au milieu des marais de la Campagna; mais la politique libérale de Sergie, duc de Naples, leur procura bientôt un établissement plus fertile et plus agréable. Désirant avoir sur les frontières de son territoire une garnison formée de braves chevaliers prêts à le défendre, il les plaça, en 1029, dans la ville d’ Averse, qu’il venait de fonder; pour les y fixer à jamais, il donna la main de sa nièce, veuve du duc de Gaëte, à Rainolfe, leur chef, qui reçut le titre de Comte : de ce jour, date la première suzeraineté des Normands en Italie. La nouvelle de leurs succès y amenait chaqueanuée de nouvelles troupes de pèlerins-soldats ; la nécessité déterminait les pauvres, l’espérance

DiniCtôd by Guogle

•fô2 HISTOIRE DES HOMMES DU NORD.

altiiflit les riclies; l’iietivitc et la valeur île la peuplade fixée en Neuslrie étaient telles, que chaque individu désirait passer les Alpes et les Apennins pour vivre dans l’aisance et acquérir de la gloire. La ville d’Averse offrait un asile aux habitants des pays voisins qui se trouvaient hors la loi , ii quiconque était parvenu à se soustraire à la justice ou à l’injustice de ses supérieurs ; et ces réfugiés Italiens adoptèrent bientôt lés mœurs et la langue de la colonie Normande (1).

La nouvelle de l’établissement définitif des Normands dans la Gampagna détermina l’émigration des fils de Tancrède de Hauteville, qui, sortis d’un modeste château du Cotentin , eurent une puissante influence sur les destinées du midi de l’Italie (2). Le père de cette famille de héros descendait d’une race de Vavasseurs ou Bannerets ; il eut douze fils de deux

(1) Gibbon, ch. 56. — G.iullier d'Arc, liv. < , ch. S , 3. ■ — Sismoodi , Républiques Italiconcs, t. I, ch. 4, pp. 279-383. — Gianiionc , Sloria iJi Mapuli, liv. 1 , ch. 1 .

(2) M. Gaultier d'Arc a visité, en 1827, les environs de Hauteville, à 26 mjriamèires uuest de Paris , dans la Manche , arrondissemeut de Coulanccs. Periere ciiam ruinœ! « On n'y retrouve pins maintenant, » dit-il,

« que quelques mouvements de terrain , de fortes pierres granitiques

• éparses çà et là, et les noms que je rappelle ici ; mais le témoignage des

• antiquaires et la tradition du pays y placent le château de Tancrède. Ue

• vieux Jean Brunei, qui habite ce vallon, nous dit qu'il avait trouvé

• encore, il y a quelques années, les restes de très-fortes murailles, pla- « cées sous une haie de ronces, à vingt pas en avaut de son habitation. Mats

• ce paysan nous frappa d'étonnement en ajoutant dans son naïf langage :

« Chest ichin, mes bons messciis, qu’est né l'incomparable Tancrède, et € Robert Guiscard, qui veut dire prudent ; ils ont baillé des trésors imf menses d'or au bienheureux Geoffroy pour bâtir notre cathédrale, et pour

• remercier Dieu des grâces qu'il leur avait faites d'avoir si bien réussi « dans leurs guerres île Sicile et d'Égypte. - ( Conquête des Normands en Italie, rtc. , [i. t4. Note. )

CHAPITIIE XVII.

in;u‘iagcs; son modeste patrimoine ne suffisant pas à nue si nombreuse progéniture, deux de ses fils se chargèrent du soin de jierpétuer leur race et de soigner la vieillesse de leui' père, tandis que les dix autres /j’éres quittèrent le château à mesure qu'ils arrivaient ii l’âge de viiilité, traversèrent les Alpes et rejoignirent leurs compatriotes ! Guillaume, Drogon et Onfroy furent les premiers à quitter le toit paternel ; ils prirent la route de l’Italie, et trouvèrent un accueil hieuveillant auprès de Gaimar IV, prince de Salerne, qui, en succédant à son père, avait hérité de ses sentiments pour la nation Normande. Une occasion favorable se présenta bientôt pour profiter de leuis cou.seils et de leur valeur.

Deux siècles s’étaient écoulés depuis la conquête de la Sicile par les Arabes; pendant ce temps, les empereurs Gi-ecs avaient fait de vains efforts pour rentrer eu possession de cette belle province. Les Musulmans se perdirent enfin par leurs dissensions intestines et l’anarchie qui eu fut la suite ; la plus faible des divisions qui entretenait ainsi la guerre civile, implora le secours des Chrétiens , et la cour de Constantinople trouva le moment favorable pour renouveler ses tentatives. Les Grecs connaissaient la bravoure des Normands ; ils envoyèrent une ambassade en 1038, à Gaimar, pour le prier de céder, pendant un certain temps, leurs services à l’empire. Le Prince de Salerne leur accorda ce secours avec empressement. Guillaume de Hauteville partit donc avec ses deux frères, et trois cents Normands pour rallier l’armée impériale commandée par le général Grec,

Maniakis, et destinée à l’invasion de la Sicile (1). Lorsqu’ils débarquèrent dans TUe, les Arabes avaient mis terme à leurs discordes civiles, pour se réunir contre l’ennemi commun. Les bords de la mer étaient garnis de troupes ; les Normands menaient l’avant-garde , et les Musulmans éprouvèrent leur valeur. Guillaume, surnommé firas-de- Fer, désarçonna et transperça de sa lance l’Émir de Syracuse. Ses intrépides chevaliers ne tardèrent pas à mettre en déroute une armée de soixante mille Sarrazins, et ne laissèrent aux Grecs d’autre fatigue que celle de poursuivre les troupes vaincues. Les historiens de Bysance se bornent à dire que la lance des Normands eut part à cette belle victoire ; il est certain, néanmoins, que Maniakis, qui soumit à l’empire la plus grande partie de l’île, leur dut tous ses succès. Il se déshonora par son ingratitude et son injustice dans le ])artagc du butin ; il oublia le mérite de ses braves auxiliaires. Il ne satisfit point leur avarice et blessa leur orgueil. Ils se plaignirent par la bouche de leur interprète; ou dédaigna leurs plaintes, et ou fustigea l’interprète : les chevaliers furent indignés ; mais ils retardèrent leur vengeance jusqu’à ce qu’ils se soient ménagé, par la ruse, un libre passage sur les côtes d’Italie. A leur arrivée sur le continent, ils trouvèrent les esprits entièrement disposés en leur faveur. Leui‘s compatriotes de la colonie d’ Averse partagè-

(t) El Gsi capiUiine Guillenne, lils de Tancrede, liquel nouvellement était venu des parties de Normandie avec deux frères , Drogon et Unfroide, avec liquel il manda trois cents Normants, et dire la vérité, plus valut la hardiesse et la prouesse de ce petit nombre de Normants qui la multitude de li Grex. ( Chron. inéd. d'Aimé. )

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