‹ Histoire des peuples du NordChapitre 171 sur 206 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

relit leur colère; la tyruiinic des Grecs avait tout préparé poiu- le succès des cnneiois qui les combattraient. Tous les Normands se réunirent donc pour tenter la conquête de l’Âpulie. Deux batailles , qui se succédèrent, apprirent d’une manière terrible aux généraux Byzantins, quelle était leur force et leur bravoure. Les Orientaux s’enfuirent devant les aventuriers de la Neustrie au milieu des plaines ensanglantées de Cannes. Les habitants de l’Apulie se soumirent à une nouvelle domination, et l’empereur Grec ne conserva que les quatre places de Baiâ, U’Otrante, de Brinde et de Tarente. A cette époque commença la république des Normands, qui éclipsa bientôt la petite colonie d’Averse. Le peuple élut douze Comtes ; l’âge, la naissance et le mérite obtinrent les sufli-ages. Chacun des Comtes éleva une forteresse au milieu de ses terres et de ses vassaux. L’un d’eux devait être le chef de cette confédération aristocratique : une assemblée nationale fut convoquée en 1045, dans Matera, ville célèbre par le séjour d’Annibal ; les chefs de l’armée proposèrent, et les soldats élurent, par d’unanimes acclamations, Guillaume de Hauteville, comte d’ Apulie ; et, pour nous servir des expi’essions de la charti’e Normande, « droit lui fut conféré de gouverner le pays par la verge de justice et de finir tous contends par loyauté. > Ils l’élevèrent sur le pavois, à la manière des Francs et des autres Germains, et, pour se conformer en même tem|>s aux usages du pays conquis, on lui remit en main le gonfalon de commandement. I.,es terres des vaincus furent partagées entre les Normands, et les

relations féodales furent établies comme en Neuslrie, avec moins do dépendance du chef suprême. Les Normands de l’Apulie se trouvaient aux confins des deux empires d’Occident et d’Orient : comme suzerains, ils recevaient l’investiture de l’empereur d’Allemagne ; mais le droit de la conquête était le meilleur titre de ces aventuriers. Les princes de l’Italie ne voyaient en eux que des barbares, et la crainte qu’ils inspiraient aux naturels du pays était mêlée de haine et de ressentiment. DésiraienUls un cheval , une femme, un jardin, ils s’en emparaient sans scrupule ; et les chefs ne coloraient leur cupidité qu’en lui donnant le nom spécieux d’ambition et d’amour de la gloire ; dans leurs querelles domestiques , les douze Comtes se disputaient les dépouilles du peuple ; en un mot, les vertus de Guillaume disparurent avec lui, et Drogon, son frère et son successeur, était plus propre à diriger la valeur qu’à l’éformer la violence de ses égaux (1).

Guillaume mourut en 1046, et dans la même année une troupe de pèlerins parut tout à coup dans la capitale de la nouvelle république, le bourdon à la main et la besace sur le dos (2), A leur tête marchait un jeune homme, âgé d’environ vingt-cinq ans, d’une taille élevée et d’une beauté remarquable ; le son de sa voix, sa contenance noble et hère, tout annonçait en lui un homme extraordinaire; Drogon reconnut

(1) Gibbon, ch. 56. — Gaullier d'Arc , Liv. 1 , ch. 5, 6. — Sismondi, Républiques llalienncs, t. I, ch. 4, pp. 385-287.

(2) Sub spscic perigrinorum peras et baculos portantes ne caparentur Rom.anis. (Ord. Vital., lib. VIII.)

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un de ses frères, Robert de Hauteville, que retendue de sou esprit ruse et astucieux devait faire surnommer Guiscard (1). ü était accompagné d’une suite de cinq chevaliers et de trente hommes d’armes, mais son génie était destiné à suppléer par ses ressources inépuisables au peu de forces qu’il emmenait avec lui. Ses frères et ses compatriotes .avaient déjà partagé les fertiles terres de l’Apulie, et chacun gardait son lot avec la jalousie de la cupidité. Le jeune aventurier, ambitieux lui-même, gagna les montagnes de la Calabre; dans ses premiers exploits contre les Grecs et les naturels du pays, il n’est pas facile de distinguer le héros du brigand. Surprendre un château ou un couvent, attirer un riche bourgeois dans un piège, enlever des vivres dans les villages de ses environs; telsfurent les obscurs faits d’armes qui exercèrent ses facultés , et par lesquels il se préparait à de plus nobles exploits. Les aventuriers de l’Apulie se r-angèrent sous ses drapeaux comme volontaires, et les paysans de la Calabre, commarrdés par lui, prireirt le nom de Normands.

L’emper-eur d’Allemagne, Henri 111, surnommé le Noir, arriva en Italie en 1016 ; il confir-ma les investitures accordées précédemment par son père aux chefs

(I) Guiscard ou Wiscard, de rV'm, rrMse» , savoir ; la racine Wiie et l’ancien mot Wiseacre sont familières aux oreilles anglaises. Les aulcurs Normands, qui connaissaient mieux leur langue, traduisaient le mut Guis-

card par Callidtu « Ubi viribus dcatiluabatur ingenio callebal. » (Gugl.

Malmsb. , lib. III. Et le poêle Guillaume l'Apulien le loue d'avoir surpassé l’asluc e d’üljssc et l’éloquence de Cicéron :

'■ Cogiiomen Guiscardus eral quia callidatis Non Cicero laulœ fuit , nec vcrsulus Ulv sses. »

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Normands, et conféra à Drogon le titre de Duc, ainsi que le lerritoire de Bénévent. Ces investitures avaient vivement déplu à la cour d’Orient. Elle voulut reconquérir ses possessions en Italie, et dans ce but, elle offrit d’abord à la colonie Normande de la transplanter sur le théâtre de la guerre de Perse. Mais le bon sens des vainqueurs de l’Apulie déjoua ses artifices : ils déclarèrent d’une voix unanime qu’ils n’abandonneraient pas leurs possessions actuelles pour des espérances incertaines d’une fortune éloignée qu’on leur offrait au fond de l’Asie. Les moyens de persuasion ayant échoués, Argyne, duc de Bari et fils de Mélo , résolut d’employer d’autres moyens dignes de la cour qu’il servait. En 1051, une vaste conspiration fut organisée par lui dans les différentes villes voisines de sa province ; le même jour, à la même heure, tous les chevaliers Normands devaient succomber sous le poignard des conjurés. Drogon de Haute ville fut assassiné dans l’église de Saint-Laui-ent à Montoglio ; au même moment, la même scène se passait dans les différents villes de l’Apulie , et le massacre fit éprouver aux chevaliers des jMîrtes plus nombreuses que dans toutes les batailles précédentes. Cependant, Onfroy trouva les moyens de venger la mort de son frère, auquel il succéda par droit d’hérédité. Désappointé dans les résultats de cette tentative, Argy'i'c réclama contre l’ennemi commun le secoura des puissances latines ; l’empereur d’Orient, l’empereur d’Occident et le Pape, formèrent une ligue offensive pour expulser les Barbares de l’Italie. Léon IX, qui occupait alors le siège de saint Pierre, écouta les

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