‹ Histoire des peuples du NordChapitre 172 sur 206 · CHAPITRE XYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYII

plaintes d’un peuple opprimé par les Normands, qui pillaient les biens de l’église et empêchaient le paiement des dîmes. Il leva une armée d’auxiliaires Allemands, et marcha en personne contre l’ennemi. Les chevaliers, qui avaient triomphé des troupes Lombardes, Grecques et Sarrazins, furent frappés de teri’eur et de consternation, lorsqu’ils apprirent que le chef de l’Eglise, dont ils professaient la foi, venait leur déclarer la guerre. Ces mêmes hommes, qui avaient répondu si fièrement aux offres de l’empereur d’Orient, envoyèrent vers le Pape des messagers chargés des plus humbles propositions. Ils lui promettaient l’obéissance la plus absolue, le respect le plus entier pour les biens du clergé ; ils se contenleraient,di- «aient-ils, des posses.sions conquises par eux , ets’cngageaient à ne rien faire pour agi'andir leur territoire(l). Tant de concessions ne purent satisfaire le Pontife ; il crut que cette démarche était le fruit de la terreur inspirée par ses gens d’armes Teutoniques, à la longue chevelure et à la stature colossale, qui l’assui-aient , en souriant de pitié, qu’ils le débarrasseraient bientôt de ces chétifs hommes de Normandie. On ne voulait donc accorder la paix aux chevaliers qu’à la condition qu’ils mettraient bas les armes et qu’ils évacueraient l’Italie. Indignés d’une telle conduite, ils ne virent dès lors dans le Pontife qu'un homme passionné et un ennemi acharné à leur perte ; le combat fut résolu. Il eut lieu le 12 juin 1053, dans une vaste plaine près de Civitade, et la victoire des Normands fut décidée

(1) M;ind(Tcnl mc^^aigc à lo Pape, cl ccrchoienl paiz cl concorde, et prometoient cliascuii an de donner incense cl tribut à la rainle Eglise. ( Chron. ined. d'Aimé, liv. ch. 26.')

160 niSTOIRE DES HOMMES DU NORD.

parles efforts héroïques de Robert Guiscavd ; trois fois désarçonné, trois fois il retourne au combat avec une nouvelle ardeur, e Pareil à un lion rugissant que les c obstacles irritent, il semble se multiplier pour « culbuter et détruire tout ce qui ose lui opposer de « la résistance (1). » Le Pape chercha un asile dans les murs de Civitade ; mais, pour éviter la vengeance des Normands, les bourgeois le conduisirent près des murailles , entr’ouvrirent leurs portes et le poussèrent hors des remparts. A l’aspect d’un vieillard sans armes, d’un Pontife réduit à cette humiliation, les chevaliers Chrétiens ont tout oublié : les épées s’abaissent, ils tombent à genoux, en implorant sa bénédiction et son pardon. Léon se repentit d’avoir causé la mort de tant d’hommes braves, et son entreprise n’ayant pas réussi, tout le monde le blâma d’avoir fait la guerre. D’après ces dispositions, il ne refusîi point un traité avantageux qu’on lui proposait; il abandonna son alliance avec les deux Empereurs, et ratifia les conquêtes passées et futures des Normands. Les provinces de l’Apulie et de la Calabre faisaient partie de la prétendue donation de Constantinople à l’Eglise, et celte faveur du Pape, agréée des conquérants, confirmait les prétentions du Pontife et des Normands. Ils promirent de payer à la cour de Rome une redevance de douze deniers par charrue ; et depuis cette transaction mémorable, c’est-à-diredepuis huit siècles, le royaume de Naples est un fief du Saint-Siège (2).

(I) Ut Ico cum rrcndens .'iniinalia forlc minora, etc. ( Giigl. Appui , lib. II.)

(S) Gibbon, ch. .'>6. — Sismoiidi , Répiihliqiics Italiennes, t. I, cli. IV , pp. 288 293. — Giannonc, Storia di Nupoli, lib. IX, ch. 3.

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