‹ Histoire des peuples du NordChapitre 175 sur 206 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

moment de l’action , la jalousie des deux frères ne fut plus qu’une émulation généreuse qui tourna au profit de la cause commune. Après une guerre de trente ans , Roger acquit, avec le titre de Grand-Comte , la suzeraineté, comme fief, du duché d’Apulie, c’est-àdire de la plus gi-ande et de la plus fertile des îles de la Méditerranée; son administration annonce un esprit libéral et éclairé bien supérieur à son éducation et à son siècle. Il accorda aux Musulmans la liberté de religion et la jouissance de leurs propriétés. Un philosophe et un médecin de Mazara, de la race Arabe, qui avait félicité le vainqueur dans une harangue, fut appelé à la cour ; on traduisit en latin sa géographie des sept climats ; et Roger , après l’avoir lue avec attention, préféra le livre de l’Arabe aux écrits de Ptolomée. La Sicile rentra sous la juridiction du pontife de Rome : on établit de nouveaux évêchés, on fonda des églises et des monastères que l’on dota richement. Le héros catholique revendiqua néanmoins les droits du magistrat civil. Loin de renoncer à l’investiture des bénéfices, il eut l’adresse de tourner à son profit les prétentions des Papes, et la singulière bulle qui déclara les princes de Sicile légats héréditaires et perpétuels du Saint-Siège, consolida et étendit la suprématie de la puissance temporelle (1).

Mais l’ambition de son frère Robert Guiscard n’était pas encore satisfaite; elle ne s’élevait à rien moins qu’à la conquête de l’empire d’Orient. Sa fille

(1) G.'iullier d’Arc, liv. I , ch. 9; liv. 2. cli. 1-5. — Gibbon, ch. 46. — Si»mondi, Républiques Italiennes, l. I, ch. 4, p. Î95.

Hélùncavait été fiancée en bas âge à Constantin, fils et héritier de l’empereur Michel Ducas; mais une révolution de palais ébranla le trône de Constantinople ; la famille régnante de Ducas fut emprisonnée; et Robert, qui s’intéressait au sort de sa fille et à celui de son allié, fortifia ses projets d’ambition par des motifs de vengeance. Un imposteur Grec, qui se disait frère de Constantin, parut bientôt à Salerne, et raconta Thistoire de son détrôncment et des malheurs de sa race. Il fut découvert par le Duc, qui en fit son instrument, et lui donna le cortège et les titres de la dignité impériale. Le faux Michel parcourut en triomphe l’Apulie et la Calabre ; le peuple le reçut avec des larmes de joie et des acclamations, et le pape Grégoire Vil exhorta les Catholiques à concourir, par le secours de leurs bras, au rétablissement de ce prince Grec. Après deux années de préparatifs , l’armée de terre et les forces navales s’assemblèrent au mois de mai de l’année 1081, à Otrante, dernier promontoire de l’Italie ; Robert s’y rendit, accompagné de sa jeune femme, fille des princes de Salerne , qui combattait à ses côtés, de son fils Boëmond, et de l’imposteur, qu’on donnait pour l’Empereur légitime de l’Orient. Treize cents chevaliers Normands étaient le nerf de cette armée, composée d’environ trente mille hommes des divers peuples d’Italie. Cent cinquante navires reçurent les troupes, les munitions et les machines de guerre, et la république de Raguse, devenue l’alliée de Robert, fournit les galères. Il fit la traversée de l’embouchure du golfe Adriatique, opéra son débarquement sans apercevoir d’ennemis, s’empara de

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