‹ Histoire des peuples du NordChapitre 176 sur 206 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Corfou et des autres îles et villes maritimes de l’Épire, et mena son escadre et son armée au siège de Durazzo. Cette ville, qui était la clef de l’empire du côté de l’Occident, se trouvait gardée par une garnison d’Albanais et de Macédoniens, dont la valeur était renommée dès les temps les plus reculés, et commandée par le fameux patricien George Palélogue, qui avait gagné maintes batailles en Orient contre les Turks et les Persans. Des dangers et des accidents de toute espèce assaillirent Guiscard. Sa flotte, qui longeait la côte, fut assaillie par une tempête et jetée sur les infâmes rochers Acrocérauniens (1). Les voiles, la mâture et les rames furent mises en pièces; les débris de vaisseaux et des cadavres couvrirent les rivages , et la mer engloutit ou avaria la plus grande partie des munitions. On eut peine à sauver la galère ducale, et Robert s’arrêta sept jours sur le cap voisin , pour rallier les restes de ses navires et ranimer le courage de ses troupes. Les Normands n’étaient plus ces audacieux marins qui avaient reconuu l’Océan du cap Nord au détroit de Gibraltar, et des Hébrides à la Vinland , et qu’on avait vu se moquer des faibles périls de la Méditerranée. Ils pleurèrent durant la tempête! et l’approche des Vénitiens, séduits par les promesses de la cour de Byzance, les alarma! Un combat naval s’en suivit. Les galères de la république, par l’habileté de leurs évolutions, l’activité des archers, le poids des javelines, et le feu Grégois, décidèrent la victoire. Les vaisseaux de l’Apnlie

(1) Infamot scopulos Acroceraunia. Hor. Carm. III.

et do Raguso se réfugièrent à la céte d’Italio ; plusieurs virent couper leurs cables et tombèrent au pouvoir du vainqueur. Une sortie de la garnison de Durazzo porta le carnage et l’épouvante au milieu du camp de Robert : on jeta des renforts dans la place ; et dès que les assiégeants ne furent plus maîtres de la mer, les îles et villes du littoral cessèrent de leur envoyer des ti'ibuts et des provisions. Pour comble de malheur, une peste meurtrière ravagea le camp des Normands ; une foule de chevaliers périrent de cette manière, et Guiscàrd perdit dix mille hommes de ses troupes. Il fut seul inébranlable au milieu de tant de calamités; et, taudis qu’il faisait venir des renforts de l’Apulie et de la Sicile, il foudroyait avee ses machines de siège, escaladait ou sapait les murs de Durazzo !

Pendant que l’armée de Guiscàrd fondait sur l’empire Romain du côté de l'Occident , et les Turks du côté de l’Orient , un prince âgé , le successeur de Michel, remettait le sceptre aux mains d’Alexis, illustre général, et fondateur de la dynastie de Comnènes. Le nouvel Empereur se hâta de conclure une paix avec les Musulmans, et leva des troupes dans les diverees provinces de la Grèce et del’Asie-Mineure. Il n’avait pas dédaigné le secours des Serbes, des hordes de Turks Seljonkèdes et des hérétiques Pauliciens et Manichéens , non moins impies aux yeux des Grecs que les Musulmans eux-mêmes. Le nombre de ces auxiliaires était augmenté par la garde étrangère des Vœringjar, dont une troupe était recrutée des Danois et des Anglo-Saxons cpii avaient quitté

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l’AiigleteiTC i>ar suite de la conquête. Ces jeunes aventurière résolurent d’abandonner leur pays natal pluU)t que de subir le joug éti-anger ; la mer leur oflrit un moyen de se sauver, et, dans leur long pèlerinage, il parcoururent toutes les côtes qui présentaient quelque espoir de liberté et de vengeance. Alexis les appela à la garde de sa personne et de son palais. Se rappelant avec indignation ce qu’ils avaient souffert de la part des Normands, ils marchèrent avec joie contre l’ennemi de leurs compatriotes, et brûlèrent de recouvrer en Épirelagloire qu’ils avaient perdue à la bataille de Hastings. De cette manière, l’Empereur Grec rassembla une armée de soixantedix mille hommes, et vint lui-même au secours de Durazzo. Robert, voyant tous ces corps formidables prêts à tomber sur lui, prit la résolution désespérée de brûler-ses vaisseaux et ses bagages, et sortit de ses lignes pour attendre l’ennemi. Une rivière de peu de largeur couvrait ses derrières; son aile droite se prolongeait jusqu’à la mer, et sa gauche s’appuyait sur des collines. Alexis marcha sur deux colonnes pour surprendre les Normands à la pointe du jour ; sa cavalerie légère se répandit au milieu de la plaine; les archers formaient la seconde ligue , et les Vœringjar se réservèrent l’honneur de combattre au front. L’armée Greco-Turque venait ensuite : au centre était l’Empereur. Robert Guiscard, à la tête de quelques chevaliers armés à la légère, parcourait le front de la ligne ennemie attaquant ceux que le désir du combat poussait en avant; l’Empereur, qui s’en aperçut, fit faire halte, afin que l'entraînement des siens ne troublât

pas l’ordre du combat. La cavalerie et l’infanterie Normandes qui suivaient leur chef, ayant franchi la distance qui séparait les deux armées, vinrent charger l’avant-garde des Vœringjar ; ceux-ci soutinrent courageusement le choc : les haches à deux tranchants, dont ils se servirent avec beaucoup d’adresse, firent un carnage effroyable parmi les assaillants (1), qui s’enfuirent en courant vers le bord d’une petite rivière , dont Robert avait fait couper le pont afin d’arrôter les soldats de la garnison sortant de la place. Les Anglo-Saxons, sans examiner s’ils étaient soutenus par les Grecs, poursuivirent les fuyards avec ardeur. Robert s’aperçut bientôt de cette foute, et profitant habilement de l’échec qu’il venait d’éprouver , pendant que Sikelgayte , son épouse , € une seconde Pallas, moins habile dans les arts, c mais à la guerre non moins terrible que la Déesse < des Athéniens (2), » cherchait à rallier les fuyards, il donna l’ordre à plusieurs corps d'infanterie d’attaquer l’ennemi en flanc, et lui-même les chargea avec la cavalerie, au milieu de laquelle flottait l’étendard de Grégoire VIL Fatigués déjà par un premier combat et par la marche qu’ils avaient faite, les Vœringjar ne peuvent résister aux troupes fraîches qui les

(1) Les Anglo-Saxons combatlaieiU de préférence h pied et avec des^ haches à deux tranchants.

Engleiz ne saveicnt joster Ne h cheval armes porter Hach è gisarmes leneient Od tais armes se cumbaieient.

Homan de Bon.

(2) îla//a£ sLA/vj KV.I pyj ABr.vr,, Anna Comii. Alex., lib. I.

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