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CHAPITRE XVII

par suite de la défection des Comtes, et de se rendre en Italie, où il fut très-bien reçu par son père, qui connaissait son mérite, et qui ne lui imputait pas les malheurs de la guerre. Robert s’embarqua de nouveau avec des troupes destinées à achever la conquête de l’empire d’Orient. Il débarqua son armée en Épire, et livra un combat naval avec les flottes réunies des Grecs et des Vénitiens, en vue de l’ile de Corfou. Les Normands remportèrent une victoire complète et décisive ; l’hiver suspendit les opérations militaires de Robert ; mais au printemps il voulait les résumer en attaquant l’empire par les îles de l’Archipel, au lieu de traverser les montagnes de l’Épire, lorsque la mort le surprit le 17 juin 1085, dans l’île de Céphalonie. Les conquêtes des Normands dans le Levant furent arrêtées par la perte de leur grand chef. A peine Guiscard a-t-il fermé les yeux, que déjà son armée n’existe plus. Chaque soldat, sans écouter la voix de son officier, court vers la flotte qui était stationnée à une assez grande distance du rivage ; et, sans attendre les moyens de transport, les uns entrent dans la mer avec leurs chevaux , les autres gagnent à la nage les rivières qu’ils veulent atteindre, abandonnant derrière eux leurs provisions et leurs bagages. Au milieu de ce désordre, on sala le corps du Duc à la hâte; il fut placé sur une nef, et l’escadre appareilla aussitôt ; mais une tempête survint, et le navire qui portait le corps de Robei-t fut submergé ; on parvint cependant à sauver le cercueil de la fureur des flots; il fut embaumé à Otrante, où le cœur et les entrailles fiirent déposés ; ou le transporta de suite au

mouastère de Véimsiiia, lieu célèbre par la naissance d’Horace. C’était là que reposaient déjà les restes de ses frères, Guillaume, Drogon et Onfroy, et de Frassende sa mère (1). Anna Comnena, qui se réjouit de la mort de Guiscard, comme le plus redoutable ennemi de son père, jette néanmoins des fleurs sur le tombeau de ce prince (2) ; et l’estime et la jalousie de Guillaume-le-Conquérant prouvent bien mieux encore le mérite de Robert (3).

Les successeurs immédiats de Robert Guiscard conservèrent avec peine une monarchie que lui seul avait su fonder. Il eut pour successeur son fils cadet , Roger I®’’, comme duc de l’Apulie. Son fils aîné, Roëmond, depuis prince d’Antioche, avait été privé de ses droits héréditaires en Italie par le jugement de l’Eglise et le testament de sou père. Roëmond réclama sans cesse contre la décision injuste qui l’excluait de l’héritage de son père, et chercha à faire valoir son droit par les armes, jusqu’au moment où les Croisades , en ouvituit une carrière nouvelle à son ambition, l’entraînèrent en Asie avec l’armée Chrétienne. Il partit donc avec son cousin Tancrède, et les Normands déployèrent sur ce nouveau théâtre la même valeur chevaleresque et la même avidité, la même politique et la môme ambition qui les avaient rendus si puissants et si redoutables en Neustrie, en Angleterre, en Italie et en Grèce. L’absence de

(1) Crbs Venusiana nilat tanlis decorala sepulcliris.

Guill. Appui., lib. V, p. 278.

(2) Alexiailc, lib. V, pp. 162-166.

(5) Gibbon, cb. 56. — Gaultier d’Are, liv. 5, tli. 1-5.

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