‹ Histoire des peuples du NordChapitre 18 sur 206 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

fameux par ses counaissauces eu législation , et , de retour dans Hle , aidé d’un autre chef guerrier, nommé GrimGeitskor, homme d’une grande influence et d’une sagacité l'emarquable, Ulfljot composa un code qui fut adopté par le peuple dans une assemblée générale (928) (1).

Les législateurs Islandais, obéissant aux indications tracées par la nature, divisèrent l’île en quatre grands quartiers ou Viertel, appelés en Islandais jp}'erdtnÿar; à la tête de chacun d’eux, ils placèrent un chef magis> trat, nommé par l’élection libre du peuple, et dont les fonctions ressemblaient beaucoup à celles des Godi, dont nous parlions tout à l’heure. Cesquartiers étaient

ver la justice, le résultat dépendait plus souvent de la force et de l'influence respective que du mérite personnel. Dans les cours du district (Uerredsthinget), l’influence du chef était considérable, mais non souveraine; beaucoup de riches fermiers pouvaient offrir une résistance effective ; son influence à la cour supérieure (Althinget) dépendait de sa réputation personnelle, du pouvoir de ses amis et du nombre de ses suivants.

Le revenu du chef se composait principalement de la terre , plus ou moins étendue, dont il avait pris possession h son arrivée; il était aussi, dans beaucoup de cas, le prêtre du temple ou Hof-godar, et pour les devoirs de cette charge, dans lesquels entrait l’entretien de l'autel ou des sacrifices, il recevait une petite contribution (Hoftollr) de chaque fermier du voisinage. Il avait, en outre, une compensation pour les voltages aux Al-Thing; il recevait aussi des honoraires de ceux dont il conduisait les causes , et un léger droit des navires qui déchargeaient leurs cargaisons. Mais tous ces revenus, bien qn’embrassant plusieurs branches, ne lui fournissaient pus de grands revenus, et sa terre restait sa principale ressource. L'office était héréditaire,

comme en Norwége ; Malgré cette position élevée du chef, il arrivait

souvent qu’un individu puissant dans la province acquérait une réputation plus élevée et obtenait plus de clients que son supérieur. Ainsi, au retour <f01af Paa de sa célèbre expédition en Islande, il épousa la fille du puissant Erik Skallagrim, et devint propriétaire des terres de son beau-père : beaucoup de partisans s'assemblèrent autour de lui, il devint un grand chef, sans être pontife. {Noie du Traducteur.)

(1) J. -F. -G. Schlegel, Comment, de Cod. Grégàs, J 9.

i'i'l HISTOIRE UES HOMMES DU NORD.

encore subdivisés en districts, et dans l’assemblée qui s’y tenait , tous les hommes libres , possesseui*s de propiiétés foncières, avaient voix délibérative. La grande assemblée nationale , ou assises de l’île , à laquelle tous les propriétaires de franc fief avaient le droit d’assister par eux ou leui’s représentants , se tenait tous les ans, et s’appelait Al-tliing. Tout ce faisceau réuni formait une famille puissante qui ressemblait aux assemblées nationales de la mère-patrie et des autres nations Scandinaves, et avait quelque rapport avec le Vitenagemot des Anglo-Saxons (1), et les Champs -de -Mars et de Mai des premiers Francs. L’assemblée se tenait sur un terrain consacré aux abords du lac de Thing valle , et s’appelait Lôg-bergit ou Montagne-de-la-Loi. On regardait comme un déshonneur de ne pas y assister. C’est aujourd'hui un lieu d’aspect terrible et pittoresque ; car toute la contrée a souvent été déchirée parles convul-

(1) Le mol vitenagemot ou vittenagemol , mot saxon composé de vitlan, sages, et du saxon gemot , assemblée ( com’entiis sapientium ) , et qu'on rencontre dans beaucoup de mots composés , comme folcgemot , assemblée du peuple, etc., signifie une assemblée des liommes puissants (/Anne») pour aviser et assister le Roi, et qui, cher les Saxons, représentait le parlement anglais de nos jours. D'autres auteurs fort du vitenagemot l'assemblée de toute la nation. (Squire's ai.glo saxon govcrr.ment, 165, etc.; Cowcll, BlounI, Leg. Ed. Conf , cap. 55.) Les (Aunes (du saxon thenian , minislrare, ou du subst. thegn, thcegn, minisier; en danois, liener; en suédois, liena holl.; en allemand, dfcncn, avec la même signification) étaient anciennement des personnes revêtues de quelques dignités. Il y en avait deux classes: les thanesdu Roi, qui assistaient les rois anglo-saxons et danois dans leurs cours, et qui tenaient leurs terres immédiatement d'eux ; et les ihanes ordinaires, qui étaient possesseurs et propriétaires de certains manoirs, et qui exerçaient une juridiction particulière sur leurs possessions. Après la conquête , le mot thane 'omba en désuétude, et fut remplacé par celui de baron. (.\o/e du Trad.)

CilAVITRE III.

sions de la nature et les éruptions volcaniques; mais il U toujours présenté un coup d’œil saisissant et majestueux en harmonie avec la solennité qui rassemblait tout le peuple de l’Islande (1). Pendant huit siècles, ce fut là le siège de l’assemblée nationale jusqu’à l’époque assez récente où il fut transporté dans un lieu plus convenable peut-être , mais assurément moins sacré dans l’opinion publique que le siège primitif, dont la mémoire était chère au peuple qui respectait son antiquité et scs souvenirs historiques. Le président de cette assemblée était choisi pour la vie, et s’appelait Lôgsogômadr ou Promulgateur de la loi (2). Ses fonctions tenaient à la fois du législateur et du juge , et , sous ce dernier titre , ressemblaient à celles du Litgmnnn des Goths, dont plus tard il prit le nom. Après l’introduction de l’écriture, le livre de la loi fut déposé entre ses mains, et il en devint naturellement l’interprète le plus influentetle plus considéré. Environ deux siècles après, les lois d’Ulfljot n’étaient encore conservées que par la tradition ; car le Lôgsogomadr les récitait annuellement dans l’assemblée nationale ; nous pouvons donc en conclure qu’elles devaient être d’une grande simplicité de détail , et qu’on laissait à ce magistrat une immense latitude d’interprétation. On accordait, comme à tous les autres systèmes de droit non écrit , et celui-ci était liitéralement tel, la déférence la plus grande à l’autorité des précédents, qui étaicntconser-

(1) Mackcntie's Travelt iu Iccland, p. SIS.

(2) C'«sl-ii-dirc la loi vivaaie!

vés de la même manière que les lois originales, — par la tradition orale. Les formes de procédure et de plaidoirie, déjà si scrupuleusement observées par les Normands de cette époque reculée, étaient aussi développées dans l’assemblée publique par le Promulgateur de la loi, afin que, femilières au peuple tout entier , elles soient strictement appliquées dans les assises des districts locaux. Lorsque plus tard les lois lurent consignées dans un texte écrit, ces précédents, qui avaient acquis eux-mêmes force de loi, furent incorporés dans le Code (1).

Ulfljot fut le premier homme élevé par la reconnaissance de ses concitoyens à la haute dignité de Lôgsogomadr. Plus tard, le célèbre Snorre Slurleson en fut revêtu; et ce qui prouve l’importance que les Islandais attachaient à cette charge distinguée, c’est qu’ils comptaient le temps d’après les périodes où des individus différents remplirent cette fonction. L’anniversaire de leur élection servait à marquer une époque bien distincte dans les annales nationales.

Comme les lois d’Ulfljot n’existent aujourd’hui nulle part sous une forme complète, il est impossible d’avoir, sur la nature de ces institutions, une idée suffisante. Mais, en général, on peut dire qu’elles étaient copiées sur les lois coutumières de la mère-patrie , avec les modifications nécessaires aux exigences qui résultaient de la position particulière de l’Islande; et c’est en cela que le législateur fit preuve d’adresse et de discernement ; le peuple eût rejeté, dès le principe, tout système de législation

(I) J. F. G. Scfalegel, Comment, de Cod. Gràgàs, § â, p. 60, note.

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