‹ Histoire des peuples du NordChapitre 19 sur 206 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

qui se serait écarté des antécédents liistoriques , et qui n’eût pas été en rapport avec ses préjugés et ses usages. Thorleif-le-Sage , qu’UIfljot consulta pour la compilation de ses lois, fut, plus tard, chargé par le roi Hakon-le-Bon de former lu Code Norwégien , appelé le Gula-thing làg. Mais nous ne pouvons comparer ces deux systèmes de jurisprudence; car le dernier perdit bientôt sa forme primitive, et nous ne possédons malheureusement que des fragments détachés et insignifiants des lois d’Ulfljot; tous deux furent sans doute une compilation des usages et des coutumes immémoriales , sanctionnés depuis longtemps par l’approbation du peuple, et non des codes systématiques de jurisprudence civile et criminelle.

portion politique des institutions d’Ulfljot forma la base du gouvernement de l’Islande pendant les trois siècles de la république , et si elles n’assurèrent qu’impaifaitement le bonheur de l’ordre social, elles eurent cela de commun avec les codes constitutionnels des autres contrées de l’Europe pendant le moyen âge. La république d’Islande était déchirée par des dissentions civiles du caractère le plus menaçant, qui ressemblaient à la fois et aux factions des républiques italiennes du moyen ôge et à l’anarchie de la loi féodale. Mais le grand corps appelé le Peuple ne fut jamais réduit à la condition de serf féodal.

Il nourrissait un esprit d’orgueil et d’indépendance personnelle , qui , bien qu’entaché par le caractère barbare de l’époque, n’en devint pas moins la source de grandes et belles entreprises qui se traduisirent

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d’abord en brillants faits d’armes, pour engendrer plus tard les arts destinés à orner et à embellir la vie humaine.

L’introduction du Christianisme en Islande est le fait le plus remarquable de son histoire. Quelques Islandais avaient toujours refusé d’adorer les nouveaux Dieux venus de l’Orient dans la mère-patrie ; d’autres refusaient de sacrifier aux Divinités particulières à la nation ; chaque famille avait sa foi privée, son culte, son Dieu. Thorkill, le petit-fils d’Ingolf, fondateur de la colonie, sentant approcher le moment de sa mort, se fit transporter en dehors de sa demeure, au grand air, d’où il pouvait apercevoir la lumière chérie du soleil, et recommanda son âme, prête à quitter la terre, au Dieu qui avait créé le soleil et les étoiles. Il avait deviné le Christianisme ! Beaucoup d’entio eux, dans leurs excursions en Danemark et en Angleterre, dans le cours de leur service militaire avec les Vœringjar à Constantinople, avaient eu occasion de se familiariser avec les rites qui les initiaient au Christianisme, tels qu’on les célébrait dans ces contrées ; mais ils ne se faisaient aucun scrupule, de retour en Islande, de sacrifier à Thor, comme à la Divinité tutélaire de l’île. Le premier missionnaire Chrétien fut amené en Islande en 981, par Thorvald, fils de Kodran, un écumeur de mer, qui, ayant été baptisé sur les bords de l’Elbe par im prêtre allemand, nommé Frédéric, persuada à ce missionnaire de l’accompagner dans sa patrie cent ans après l’établissement de la colonie, et Thor-

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kel Mani étant investi de la magistratui'e siiprôme de Lagmann(l). Ses efforts, d’abord malheureux, furent plus tard secondes par d’autres missionnaires envoyés par Olaf Tryggvason, roi de Norwége, qui, ayant établi cette religion nouvelle dans ses Etats, désirait en propager la foi parmi les nombreuses colonies Norwégicnnes des mers de l’ouest. Au nombre de ces missionnaires étaient Gissur-le-Blanc et Hjâlti , tous deux Islandais convertis, que leur zèle pour le Christianisme avait fait jadis exiler de leur patrie par le parti Païen (E). Hjâlti, dans le but de ridiculiser les Divinités de l’ile, avait composé une chanson satirique dont une strophe finissait par ces mots : < Je ne « veux point adorer comme une idole un informe € bloc de pierre, ou plutôt qui représente Odin comme « un chien, et Freya comme une chienne (2), »

En débarquant dans l’ile, les exilés trouvèrent l’assemblée nationale de l'Al-thing en session à Thingvalle, et commencèrent immédiatement à rallier le parti Chrétien: leurs amis les rejoignant bientôt, ils se dirigèrent tous hardiment en processien vers le Ix^-berg ou Montagne de la Loi, portant des croix dans leurs mains, pendant que toute l’assemblée restait saisie de crainte et de respect à la vue de cette scène extraordinaire. Hjâlti offritl’encensoir, etGissur expliqua à la foule les vérités du Christianisme, avec une ferveur et une éloquence telles , qu’une grande

(l)Mùnler, Kirchengescliichle von Danemark iind Norwegen , l. I, Pp. 523, an.

(î) Sir Waller Scoll, Eyrbyggja-Saga, Jamiefon'» Xorllinrn Antiquilics, P- SOI, noie.

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partie de l’auditoire quitte l’assemblée , avouant hautement l’intention d’embrasser la religion nouvelle. Mais tout à coup circule la nouvelle qu’une éruption du volcan vient d’éclater avec fracas sur la montagne voisine : « C’est l’effet de la colère de nos Dieux incités, » s’écrièrent les adorateurs de Thor et d’Odin. — « Et qui donc excita leur colère, » répondit Snorre Gode, pontife et guerrier distingué, « qui donc excita leur colère lorsque ces blocs de lave que nous avons foulés de nos propres pieds étaient eux-mêmes un torrent de feu ? » Cette réponse réduisit momentanément au silence les partisans de l’ancienne religion, car on savait généralement que ces rochers de lave existaient bien avant que la contrée ne soit habitée ; mais le génie du Paganisme s’appliqua à résister à cette dangereuse innovation. Aussi pour apaiser le courroux des Dieux, et arrêter les progrès futurs de ce qu’il appelait « une peste morale, » le parti Païen, déterminé à frapper un grand coup, se décida à leur offrir en sacrifice expiatoire deux êtres humains par chaque quartier de l’île; de leur côté, les missionnaires, ne voulant pas se laisser surpasser en zèle religieux, réunirent leurs néophytes et proposèrent qu’un nombre égal de martyrs Chrétiens scellât de son sang la vérité de cette religion pour laquelle ils combattaient si énergiquement (1).

Le Lîigmann Thorgeir, justement effrayé de la gravité des circonstances, et désirant empêcher une collision qu’il jugeait imminente , convoqua le lende-

(l)Mûiiler, Kinchcngescbichie von Danemark und Norwegen , t. I, pp. 53i-54<).

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