‹ Histoire des peuples du NordChapitre 184 sur 206 · DÉCOUVERTE DE VINL.\ND-LA-BONNE · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE DE VINL.\ND-LA-BONNE

Dans ce même hiver (1) , Leif, le fils d’Erik-le-Rougc, étant en grande estime auprès du roi Olaf , embrassa le Christianisme. Mais l’été où Gissiir alla en Islande, le roi Olaf envoya Leif en Greenland , afin d’y faire connaître le Christianisme; à l’été il mit à la voile pour Greenland. Il trouva dans son voyage quelques personnes naufragées et les secourut; en même temps il découvrit Vinland-la-Bonne et vint en Greenland à l’époque de la moisson. 11 avait avec lui un prêtre et d’autres clercs , et alla habiter Brattahlid avec Erü son père. Les hommes l’appelèrent plus tard Leif-le- Fortuné ; mais Erik, son père, disait que deux choses se contredisaient : car Leif avait sauvé l’équipage d’un navire et avait cependant transporté en Greenland des hommes méchants (2) , c’est-à-dire des prêtres.

(1) A. D. 999-1000. Aotiq. Amer. , p. 191 , noie A.

(2) Skmmanninn.

■ l«HTON .

'/fc dfi R/xiej A. D. lS3û.

«OTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.

(F) page 43. NTote.

INSCRIPTION TROUVEE SUR LE ROCHER DE DIGHTON, et SOU interprëtation.

( Vojcz la planche ci -contre. )

Plusieurs monuments et inscriptions lapidaires ont été trouvés, non-seulement sur les côtes occidentales du Groënlaiid, mais aussi sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre, qui confirment les Sagas relatifs aux découvertes faites par les Scandinaves dans le continent de l’Amérique du Nord pendant les lo® et II® siècles. Les plus curieux sont, sans contredit , le rocher situé sur les bords de la rivière Coliannet, ou Taunton river, dans le comté de Bristol, Etat de Massachusetts, sous les 41° 45' 50 " latitude au Nord, et l’inscription qu’on y trouve. Ce monument remarquable a été examiné avec soin en 1830, par une commission de la société bistoriquo établie h Providence, ville natale de l’auteur de cet ouvrage, dans l’Etat avoisinant de Rhode-lsland. D’après le rapport fait par cette commission à la société, ce rocher estsitué à six milles et demi au midi de la ville de Taunton, quelques pieds à l’est de la rivière de ce nom. 11 se trouve dans la commune de Berkeley ; mais, comme on est presque toujours venu le visiter de la commune de Dighton , située de l’autre côté de la rivière, il a porté le nom de Dighton Writing Rock. 11 fait face au Nord-Ouest vers le lit du fleuve , et est couvert de deux ou trois pieds d’eau à la haute marée, tandis

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qu’à la basse mer l’eau descend à dix à douze pieds du rocher. Le rocher ne se présente pas in situ, mais il porte des preuves irrécusables qu’il occupe le lieu où il se trouve aujourd’hui depuis ce bouleversement général, qui eut pour résultat de déplacer ces roches immenses que la mer roulait dans son sein, pour les transporter dans des lieux très-éloignés de leurs lits primitifs. C’est une masse de greywaclce d’un grain très-fin et bien caractérisé. Sa couleur, déterminée par une rmeture récente, est d'un bleu grisâtre. La base du côté principal est de huit pieds et demi, et sa hauteur de cinq pieds. La surface d’en haut forme avec l’horizon un plan incliné d’à peu près soixante degrés. Toute la face est couverte jusqu’à quelques pouces de terre de hiéroglyphes inconnus. La profondeur des caractères n’excède nulle part un tiers de pouce, et leur largeur un demi-pouce. A les juger d’après les élévations arrondies qui les entourent, ils i ne furent point ciselés avec un instrument pointu. j Cette inscription porte des traces indélébiles de la j puissance humaine et d’un travail fait à la main ; mais on ne peut l’attribuer aux aborigènes qui n’orit jamais conservé les faits de leur histoire par des inscriptions i lapidaires.

Cette inscription avait attiré l’attention des antiquaires de l’Amérique du Nord depuis l’année 1680, mais sans résultat satisfaisant, jusqu’à l’époque où ^ elle fut soumise à l’examen des professeurs Finu Magniisen et Rafn de Copenhague. Ces savants archéologues démontrèrent que c’était une inscription Runique, contenant divers cryptographes et quelques

grossières combinaisons de figures , gi-avées par les Scandinaves pour conserver la mémoire de leurs découvertes et de leurs aventures dans ce pays.

Pour bien comprendre l’inscription de ce monument, il faut avoir recours au Saga de Thorfinu, surnommé Karlsefne, c’est-à-dire * appelé à de hautes destinées;» Saga que Torfœus supposait perdu, mais qui a été édité pour la première fois , en 1857 , par M. le professeur Rafii, dans V Aniiquitates Americanœ ( pages 84 - 167 ) , depuis la publication de l’ouvrage de M. Wheaton. Ce Saga raconte que, dans un de ses voyages enVinland, Thorfinn Karlsefne, accompagné de cent trente-un de ses gens, après avoir dépassé le promontoire de Kjalerness (Cap Cod), fit voile en l’année 1008 vers le Midi en longeant les côtes, jusqu’à ce qu’il eût découvert l’embouchure d’une rivière qui formait une baie.

« Karlsefne et ses compagnons, Snorre et Bjarné, naviguèrent jusqu’à un fleuve qui formait un lac et se jetait dans la mer. Il avait peu de profondeur, et l’on ne pouvaity naviguer qu’à la marée haute. Karlsefne entra dans cette rivière avec ses gens ; ils nommèrent l’endroit Ilôp (1). Ils trouvèrent dans les parties basses des champs de maïs poussé naturellement (2), et des

(1) Ok Kôlludu i Hûpi. llôp , Ici. rccessus vel derivalio fluminis , vel maris conjlitens, item refugium. (Rafü, Aniiq. Amer., p. 147, noie.) Celle dercriplioQ correspond exaclçmeot avec les localilfs acluelles de Sloioit UopE Day, à l'embouchure de la livicre de Taunlon, el avec son passage h la mer à l’est de l'Ilc de libode Jsland. Voilà pourquoi les hommes du Nord donnèrent le nom de Hôp à cet établissement , qui était vraisemblablement situé sur un terrain élevé des bords de la baie qui a été appelée depuis par les I ndiens iloml haup , qu'on prononce hope.

(i) Sjâlfsâna Hveiliakaar. Celait sans duulc le m.'üs ou bled indien (In-

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vignes (1) dans les terres plus élevées. Tous les fleuves étaient pleins de poissons à la marée basse. Ils creusèrent des trous que remplirent les hautes eaux, et quand la marée redescendit, ils trouvèrent des poissons sacrés dans ces ti'ous (2) . Il y avait dans les bois un nombre immense de bêtes fauves de toute espèce. Ils y passèrent quinze jours ; ils s’y divertirent et ne virent rien de nouveau ; leur bétail les entourait. Un matin, en regardant autour d’eux, ils virent beaucoup de bateaux, et entendirent murmurer comme lorsque le vent siffle dans les meules , et les hommes qui étaient dans les bateaux brandissaient des perches qu’ils tournaient vers le soleil. Alors Karlsefne s’écria: « Que veut dire ceci? » Snorre Thorbrandson lui répondit : « II sc peut que ce soit un signe de paix ; prenons un bouclier blanc , et faisons en sorte qu’ils le voient. » Ce qu’ils firent. Sur cela les in-

dian corn ), les frugti non setninatas d'Adam de Brime qui furent trouves dans la Nouvelle-Angleterre lors de la première esploratioo par les colons Anglais.

(I) On sait que la vigne sauvage croit en abondance dans celle partie de l’Amérique, d'oü vient le nom de Vinland donné au pajis par Leif, Cls d'Erik-le-Rouge, comme nous avons déjà vu au cbapilre II, p. 54. La lcrre découverte par les Scandinaves a été désignée sous ce nom par Svend Estrithsoo , roi de Danemark , dans ses entretiens avec Adam de Brème. « Prcterca unam adliuc regionem recitavit à mullis in eo repertam Oceano , quœ dicilur Winland, eo qnod ibi viles sponli nascantur , vinum optimum ferentes ; nam et fruges ibi non seminalas abundare , non fabulosà opinione. sed certâ comperimus relalione Danorum. • ( De situ Dan., cap. 3(6.)

(3) Helgar fiska, poissons sacrés, dénomination qu'ils ont encore en Islande. Ce même nom a été donné par les anciens à ces espèces de poissons dont la présence indiquait des eaux qui n'élaient pas fréquentées par des poissons venimeux. ( Plin., Uist. Nat. , lib. IX.) Il s'applique plus particulièrement à cette espèce de poisson plat appelé HoUibut (Pleuronecies hippoglossus, Linn. — Hippoglossus vulgaris, Cuvier ) , qui abonde dans les eaux de Rbode Island.

^OTES ET ÉCLAinCISSEMENTS. 495

connus ramèrent vers eux en les regardant avec étonnement , puis ils débarquèrent. Ces hommes étaient noirs, d’un aspect sauvage; ils avaient de vilains cheveux, de grands yeux et des figures larges. Ils restèrent quelque temps à s’émerveiller de ce qu’ils voyaient, et se dirigèrent vers le Midi, en doublant le Naze.

« Karlsefne et ses hommes avaient établi leurs demeures vis-à-vis le lac ; quelques unes étaient près de l’eau, d’autres en étaient plus éloignées. Ils y passèrent tout l’hiver ; il n’y eut point de neige, et leur bétail se noumt de l’herbe. Cependant, quand vint le printemps (1009), ils virent un matin de bonne heure s’approcher un grand nombre de bateaux qui venaient du Midi et qui doublèrent le Naze; il y en avait tant que la mer paiaissait couverte de charbons : on balançait des perches sur chaque bateau. Alors Karlsefne et ses gens levèrent leurs boucliers dans l’air, et quand les Skrœlingar et les hommes du Nord se rencontrèrent, ils échangèrent divers objets; les premiers préféraient le drap rouge à tout autre chose , et offi-aient en retour des peaux de bétes et des fourrures. Ils désiraient aussi acheter des épées et des lances ; mais Karlsefne et Snorre en défendirent prudemment la vente. Ils échangeaient volontiers une fournire grise entière contre une pièce de drap rouge, qu'ils s’attachaient autour de la tête. Ce commerce continua tant que Karlsefne et ses compagnons eurent du drap rouge ; mais il commençait à manquer : alors ils partagèrent ce qui leur restait en de petits morceaux, pas plus

496 niSTOIRE DES HOMMES DU NORD.

larges que le doigt, que les Skrœlingar achetaient le même prix et quelquefois même plus cher.

< Or il arriva qu’un taureau appartenant à Karlsefne sortit du bois et se mit à mugir avec violence; les Skrœlingar s’en effrayèrent , et , s’élançant dans leurs bateaux, ramèrent vers le Midi, sans s’éloigner des côtes, et on ne les revit plus pendant trois semaines. Mais , à cette époque, on vit une multitude de bateaux venant du Sund , semblablës à un torrent bouillonnant ; les perches n’étaient plus tournées vers le soleil , et les Skrœlingar poussaient des hurlements affreux. Les gens de Karlsefne prirent un bouclier rouge et l’élevèrent vers eux. Les Skrœlingar descendirent de leurs bateaux, s’approchèrent et en vinrent aux mains. Il y eut une gi'êle de pieires, car les Skrœlingar avaient des frondes (1). Les gens de Karlsefne virent qu’ils élevèrent sur une poutre une grosse boule bleue semblable à une poitrine de mouton ; ils la lancèrent avec force, et passant sur les têtes des hommes de Karlsefne , elle vint tomber sur la terre avec un bruit épouvantable. Karlsefne et ses compagnons en furent vivement alarmés et songèrent à la fuite ; ils remontèrent les bords du fleuve , car il leur semblait que les Skrœlingar les enveloppaient de tous côtés , et ne s’arrêtèrent que lorsqu’ils furent arrivés près de quelques rochers, où ils offrirent à leurs ennemis une vive résistance . F reydisa , voyant que les gens de Karlsefne s’enfuiaient, leur cria : < hommes forts! où fuyez-vous.

(1) Valslângur, Instrumrota lignea ad conjicirndoa ingéniés lapides,

« devant ces misérables que je pensais vous voir « abattre comme un vil bétail? Si J’aA^ais des armes, « je combattrais, je crois, mieux qu’aucun de vous. » Ils furent sourds à ses paroles. Freydisa voulut les accompagner ; mais sa grossesse retardait sa marche; cependant elle les suivit dans les bois. Les Skroeliugar la poursuivirent ; elle aperçut un homme mort : c’était Thorbrand Snorreson ; une pierre plate était entrée dans son cerveau; son épée nue était à ses côtés; elle la releva et se prépara à se défendre. Les Skrœlingar s’avancèrent vers elle; elle découvrit son sein et se heurta contre l’épée nue ; les Skrœlingar s’en effrayèrent, regagnèrent leurs bateaux et disparurent. Karlsefne et ses hommes revinrent sur leurs pas et exaltèrent son courage. Deux hommes seulement avaient été tués .du côté de Karlsefne , tandis que les Skrœlingar avaient perdu beaucoup des leurs. Les compagnons de Karlsefne retournèrent à leurs habitations, et pansèrent leurs blessures ; ils se demandèrent quelle pouvait être cette foule qui les avait refoulés du côté de la terre , et il leur sembla que c’était véritablement des hommes qui étaient débarqués des bateaux ; mais que les autres avaient dû être des illusions d’optique (1). Les Ski œlingar trouvèrent un cadavre ayant une hache à ses côtés ; un d’eux releva la hache et coupa du bois; d’autres l’imitèrent : ils trouvèrent que c’était une bonne chose, et qu’elle coupait bien; mais un d’eux la prit et voulut couper de la pierre; la hache se bi’isa, et

(l) Sjônliverfiog.ir.

498 insToiBC des hommes dv nord.

alors ils pensèrent qu’elle était inutile, puisqu’elle ne pouvait résister à une pierre , et ils la jetèrent.

c Karlsefne et ses gens jugèrent avec raison que, bien que le pays possédât de grands avantages, ils y seraient toujours exposés h la crainte des hostilités des indigènes. Ils se décidèrent donc à partir et à retourner dans leur pays. Ils ont fait voile vers le Nord, le long des côtes , etc. (Saga af Thorfinns Karlselhis, cap. IX-XII). »

Tel est le récit du Saga à l’aide duquel l’explication de l’inscription sur le rocher de Dighton devient facile. Les chiffres Romains CXXXI représentent le nombre exact des compagnons de Thovfiun qui l’ont suivi après le départ de Torhall et l’ont accompagné jusqu’à Hôp. La lettre Latine -Gothique fl et le Rune Y {madr) , qui suivent les chiffres Romains, pouiTont être déchiffrés H- M-, c’est-à-dire les lettres initiales àeNorrônir Afe/ui (hommes du Nord). Les lettres Latino-Gothiques en bas , M . sont une abréviation du mot Islandais Nam (prise de possession). Le nom de Thorfin suit, commençant avec la lettre Runique I> (th). Ainsi on peut lire NylM

ajoutant le mol AANcH,

nous avons

(prise de possession de cette terre par Thorfin). On trouve souvent dans les anciens manuscrits Islandais le mot Nâm employé dans le sens de prise de possession d’une terre quelconque.

Les figures gi’avées en haut représentent les boucliers de paix et de guerre dont il est question dans

ALPHABET RUNipUE.

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